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Biographie

Mastodon

Mastodon se forme en 1999 à l’initiative de Brann Dailor (batterie) et Bill Kelliher (guitare). Après un déménagement vers la ville d’Atlanta, ils font la rencontre de Troy Sanders (basse/chant) et de Brent Hinds durant un concert. Le quatuor dispose déjà de quelques années d’expérience scénique facilitant ainsi le processus d’écriture, ce qui aboutit à la parution d’une première démo en 2000. Le groupe part ensuite sur la route aux côtés de Eyehategod et Burnt By The Sun, puis enregistre son premier album Remission en 2002. Le succès étant au rendez-vous, leur deuxième opus Leviathan est attendu au tournant. Blood Moutain sort en 2006.

15.5 / 20
4 commentaires (17.63/20).
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Emperor of Sand ( 2017 )

La simplexité est une notion émergente qui se définit comme « l’art de rendre simple, lisible, compréhensible les choses complexes tout en n’altérant pas leur richesse ». Le terme est assez nouveau mais ce concept est l’essence même d’une multitude de domaines : ingénierie, ergonomie, design ou encore marketing. Si l’accessibilité d’Emperor of Sand apparaît rapidement comme une évidence, quelques écoutes sont nécessaires pour apprécier son côté faussement facile. Il est en effet facile de s’arrêter au format des titres ou au chant majoritairement clair. Le premier single, Show Yourself, en est l’illustration parfaite tant il passerait très bien sur un album de Queens of the Stone Age. Sans pourtant le faire passer pour ce qu’il n’est pas et occulter son caractère catchy, assumé par le quartet d’Atlanta, Emperor of Sand va au-delà d’une collection de tubes Rock.

Jouissant de la liberté de ceux qui n’ont plus rien à prouver, le groupe est devenu, pour chacun de ses membres, un espace d’expression artistique sans entrave. A l’exception peut-être de la basse de Troy Sanders qui, discrète, se contente la plupart du temps d’accompagner le mouvement, chaque instrument, chaque voix contribue généreusement à la formation d’une construction polycentrique. A l’image du bonneteau, nos sens sont en permanence sollicités, détournés. Bill Kelliher, revigoré par sa victoire contre l’alcoolisme, semble plus prolifique que jamais tant ses riffs inondent le disque de leur présence. Leur mordant et leur tranchant retrouvés viennent contrebalancer les harmonies si caractéristiques de Brent Hinds. L’enchevêtrement permanent des instruments et des voix forme ainsi un ensemble dont la profondeur est exacerbée par les formats courts. Similaire à un lent cheminement dans une végétation luxuriante, ce n’est qu’après quelques morceaux que l’on se retrouve complètement absorbé par l’album. Arrivé en son cœur, sa dimension Prog apparaît alors comme évidente. Les compositions se font plus longues (Roots Remain), plus lentes (Steambreather) mais aussi plus brutales (Andromeda, Scorpion Breath). Le tout se conclut sur un Jaguard God halluciné, psyché et monumental.

Cette richesse musicale est pourtant à l’opposé même de la fresque décrite : l’errance dans un désert aride d’un condamné à mort et sa quête veine et désespérée pour trouver de l’eau.  Comme toujours très visuelles, les paroles de cette métaphore du combat contre le cancer, du temps qui passe et de l’imminence de la mort, se font parfois littérales : « I wonder who I am. Reflections offer nothing. I wonder where I stand. I'm afraid of myself ». Celles-ci traduisent l’état d’esprit du groupe pendant l’enregistrement : le sentiment d’impuissance face à cette maladie invisible et inéluctable qui atteint la mère de Bill Kelliher et la femme de Troy Sanders. Touchante, la fin voit la mort délivrer le protagoniste central.

Tout le monde n’est pas George Perec. Contrairement à ce qu’il fit avec la lettre « e », occulter la discographie de Mastodon lorsqu’il s’agit de les chroniquer est désormais chose quasi-impossible. Il faut dire que telle est la volonté du groupe lui-même. En confiant la production d’Emperor of Sand à Brendan O’brien, il est limpide que c’est la réminiscence de Crack the Skye qui a été visée. C’est en effet pour sa signature musicale, faite d’une constellation d’effets (cloches, percussions, synthétiseurs…) permettant d’habiller les morceaux les plus immédiats que le groupe est allé le chercher.  Mais au-delà, ce 7ème LP est conçu comme une synthèse de leurs précédents albums : des formats courts à la The Hunter, une touche de Prog à la Crack the Skye, quelques passages plus violents pour rappeler Blood Mountain… Où est alors la sincérité si l’objectif est de sortir un produit couteau-suisse, convenant au plus grand nombre ? Emperor of Sand est loin d’être parfait. On sent une formation en plein contrôle. Aucune place n’est laissée à l’improvisation mais force est de constater qu’au fil des écoutes, le scepticisme cède du terrain et qu’on se laisse emporter malgré l’impression  rémanente de se faire avoir par ce qui ne pourrait être qu’une opération de marketing. Tant pis, il y a d’autres combats à mener.

15 / 20
44 commentaires (15.39/20).
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Once More Round The Sun ( 2014 )

Mes chèr/e/s ami/e/s, le Metal est dans une situation incongrue. La scène de notre genre favori n’a jamais été aussi florissante tandis que ses plus grands représentants (Iron Maiden ou Metallica pour ne citer qu’eux) s’essoufflent et seront certainement bientôt voués à disparaître. Outre les interrogations sur l'avenir des Rock Hard ou Metallian, la véritable question que tout le monde se pose est bien sûr de savoir qui remplacera ces fameuses légendes du Metal. À ce postulat de départ, Mastodon apparaît comme une évidence, tant le groupe a survolé la dernière décennie, autant par sa classe que par sa capacité à se renouveler sans se compromettre. Néanmoins, depuis 2011 et l’album The Hunter, un certain virage vers l’efficacité a été abordé, laissant les fans de leurs prémices rugueux circonspects pour la suite. Sous quel visage le groupe d’Atlanta va t-il apparaître avec ce nouvel opus? 

N’y allons pas par quatre chemins : Once More ‘Round the Sun n’est en aucun cas un retour aux sources. N’en déplaise aux fans de la première heure, ce n’est pas ici qu’ils entendront un chant hurlé ou des rythmiques pachydermiques syncopées fleuretant avec le Hardcore. Trois ans après The Hunter, Mastodon continue à creuser son sillon dans un style bien plus accessible que ce qui a fait sa légende. Je ne vais pas vous le cacher, la première écoute de cet LP fut rugueuse : aucune accroche particulière, des morceaux plats sans envergures ni prises de risques, oscillant entre scepticisme et déception, je décidai donc de laisser l’album de côté pour un certain temps. Décision salutaire tant il m’a fallu d’écoutes pour apprécier pleinement cet album. Non pas qu’il soit difficile d’accès, c’est surtout l’acception de cette nouvelle trajectoire qu’il m’a fallu encaisser et surtout accepter. Une fois ce travail effectué, Once More ‘Round The Sun se révèle. Il possède d’abord une identité propre. Là où The Hunter paraissait être une compilation de morceaux mis bout à bout, ici une certaine régularité se dégage. Dans sa globalité, l’album est imprégné d’une enveloppe psychédélique assez délectable. Que ce soit au niveau de la production, des envolées lyriques accentuées par des soli enlevés ou de ce chant clair habité. 

L’efficacité de certains morceaux est tout bonnement jouissive. Tread Lightly qui ouvre l’album en est l’archétype : difficile de ne pas être naturellement happé au cœur de cette cavalcade infernale, où riffs hargneux, soli épiques et rythmique diablement addictive vous feront irrémédiablement taper du pied. Même s’ils n’atteignent pas la puissance de Tread Lightly, d’autres morceaux font preuve d’une efficacité redoutable. Le premier single, High Road, The Motherload, Chimes at Midnight ou Feast Your Eyes possèdent tous leurs lots de riffs acérés et de refrains imparables. La justesse de certains passages mélodiques (Asleep in the Deep, Helloween) est également délectable. Même si une majorité de bons moments jonchent Once More Round The Sun, quelques moreaux viennent toutefois ternir le tableau. 
Comment ne pas évoquer Aunt Lisa, sans aucun doute le pire morceau que Mastodon ait pu composer. Ce riff d’une platitude désobligeante mais surtout ces chœurs d’enfants ô combien ridicules « Hey ho let’s go ! Hey ho let’s get up and Rock N’Roll » me mettent immanquablement mal à l’aise. La même gêne me parcours d’ailleurs à l’écoute du morceau Everything sur le dernier album de Nine Inch NailsHesitation Marks. Après une telle carrière et tant d’albums cultes, comment peut-on accoucher d’un morceau aussi pénible.
Enfin, et ce malgré toute mon admiration pour Scott Kelly, la conclusion de l’album Diamond in the Witch House est somme toute longue, sans relief et peu inspirée. 


Furieusement Rock’N Roll, à déguster avec des bières fraiches et des amis de qualité, Once More Round The Sun est un bon album estival. Bien loin de la complexité qui faisait la marque de fabrique du groupe, mais doté d’une véritable singularité et une production dantesque, ces onze morceaux seront des compagnons parfaits pour avaler les kilomètres sous un soleil de plomb. La question de l’avenir se pose toutefois pour Mastodon. Dans une récente interview, Bill Kelliher nous résumait lui-même la carrière du groupe d’un geste de la main, traçant un arc de cercle désignant la violence décroissante de chaque nouvelle sortie. Où nous emmènerons Mastodon dans le futur ? C’est avec une impatience certaine que nous attendons la réponse, messieurs. 

A écouter : Au soleil avec une bière
15 / 20
42 commentaires (15.13/20).
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The Hunter ( 2011 )

On ne présente plus Mastodon, le groupe de metal qui a su dès les premiers instants sortir du lot et s'imposer sur la scène mondiale en proposant des albums charismatiques et aussi profonds  visuellement que musicalement. Pour ceux qui découvrent, sachez que jusqu’à maintenant Mastodon s’est attelé à centrer ses albums sur les quatre éléments, chacun d’eux ayant droit à une thématique, un son, un artwork particuliers. Le groupe veillait à rendre le fond aussi singulier que la forme et Leviathan, comme Blood Mountain ou Remission, donneront à manger à ceux qui aiment décortiquer les booklets bourrés à craquer d’illustrations aussi mystérieuses que merveilleuses.

On avait laissé Mastodon avec Crack The Skye, le plus aérien et fantasmagorique des opus des ‘ricains. Qu’allaient-ils pouvoir nous pondre après cette incroyable quadrilogie ?

Autant le dire tout de suite, certains seront déçus. Les fans qui suivent le groupe depuis Leviathan, voire Remission, trouveront cet opus trop facile. Et on les comprend ! Les constructions alambiquées requérant quelques écoutes ont laissé la place à de véritables missiles ultra efficaces, expédiés à la vitesse d’une sulfateuse. Bye bye les pistes progressives d’un quart d’heure, les soli insensés, la thématique caractéristique de l’album etc, voici venu le temps de faire chanter et headbanger la fosse.

Parce que oui, malgré la réluctance, malgré la grimace indignée que je vois sur vos visages lors des vos premières écoutes, vous allez aimer The Hunter. C’est triste à dire, mais c’est comme ça. Pas le choix. Non, j’ai dit non ! Vous ne pourrez pas vous abstenir de chanter les refrains de Curl of the Burl, Octopus has no Friends et de All the Heavy Lifting. Vous ne pourrez pas vous débarrasser des riffs horriblement accrocheurs de Blasteroid, The Creature Lives et autres Octopus has no Friends et l’ultra tube Black Tongue. Cet album est démoniaque vous dis-je !

En réalité, Mastodon n’a pas abandonné ses vieux fans, au contraire. Ils les gâtent, les favorisent en dissimulant dans The Hunter des clins d’œil aux précédents albums, que ce soit via les riffs, les lignes de chants (bien mieux maîtrisées) ou encore les éléments… étranges (Creature Lives, Bedazzled Fingernails). On pense par exemple à Aqua Dementia (Leviathan) à l’ouverture de Octopus has no Friends, à The Czar (Crack The Skye) sur Stargasm, à l’album Remission sur l’excitée et versatile Spectrelight... Je ne vous spoil pas plus, ce n’est pas du jeu.

Bref, The Hunter peut se voir comme le descendant de tous les précédents efforts du groupe, comme s’ils avaient tous salement copulé et donné de leur ADN pour accoucher de cette tête de cerf à la triple mâchoire. A ce titre, The Sparrow semble être l’exception qui confirme la règle. Ambiante, mais toute de même différente de ce que l’on pouvait trouver sur Crack The Skye, elle est la piste la plus « innovante » de l’album, celle à la personnalité la plus forte, celle qui semble avoir échappé à la contamination génétique de ses aînés pour développer ses propres couleurs, textures, sonorités.

C’est vraiment une torture que devoir trancher sur cet album. D’un côté Mastodon fait ce qu’il sait faire de mieux, à savoir nous surprendre avec brio et maîtriser un sujet qu’il vient à peine de découvrir. Ce qui pourrait être des ébauches de titres pour certains groupes deviennent ici des tubes quasiment déjà cultes dans les fosses de concert.
De l’autre côté, on regrette de voir le groupe se travestir, se donner vulgairement aux foules ! C’est très égoïste de dire cela, mais j’assume. Lapidez-moi, faites-moi la morale dans les commentaires, allez-y. Bordel elle est où la magie excentrique de Blood Mountain ? Elles sont où les géniales pistes de 15 minutes qui partent en vrille ? Où est la petite arabesque dorée sous la police du groupe ?! Les artworks sublimes ? 

Tous partis, mais il nous reste des gros tubes qu’on aime, et c’est tant mieux. Ou tant pis. Ou les deux. Ou aucun des deux.

18 / 20
65 commentaires (17.36/20).
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Crack The Skye ( 2009 )

Mastodon fait partie de ces rares groupes à se renouveler à chaque album en enrichissant toujours plus sa musique. En 2006, Blood Mountain avait dès lors exploré avec brio les sphères progressives en montrant une facette plus douce, voire même planante, du groupe. Trois ans plus tard Crack the Skye développe ces traits, et ce bien au delà de ce que l'on pouvait attendre. Les atlantiens sont effet devenus un monstre progressif complètement à part dans le Metal.

Le premier changement radical est le chant, ou plutôt les chants. L'agressivité de ces derniers qui s'était déjà estompée sur le précédent opus a maintenant complètement disparu en laissant la place à un chant clair aux mélodies envoûtantes, très mystiques. Troy Sanders s'efface encore un peu plus avec l'arrivée du batteur Brann Dailor dans ce registre. Celui-ci apporte une dimension incroyable sur Oblivion. Du coup il est beaucoup moins démonstratif avec son instrument, même s'il reste néanmoins épatant de par la richesse de son jeu couplée à une sacré vitesse d'exécution.
La superposition des chants des différents membres offre une palette on ne peut plus variée, contribuant grandement à l'ambiance déjantée et mystique qui se dégage du disque tant ceux-ci semblent parfois venir « d'ailleurs ». Entre complaintes et mélodies « pop » tout y passe, mais plus particulièrement l'ineffable. Cet aspect de la musique de Mastodon est en effet tellement riche qu'il est souvent dur de poser des mots dessus, et c'est mieux comme ça.

Le groupe a fait également énormément évoluer sa musique. Les passages Sludge très lourds de Remission sont beaucoup plus rares qu'auparavant, tout comme les riffs Stoner à tendance Psyché présents dans Blood Mountain, et si l'on retrouve quand bien même les arpèges tordus et infinis propres à Mastodon tout ceci a fait place à une musique extrêmement réfléchie aux structures longues et aux riffs bourrés d'inventivité. Les deux « titans » progressifs que sont The Czar (en cinq parties) et The Last Baron illustrent parfaitement le travail réalisé à ce niveau là.
Qui dit progressif dit parfois chiant, or Mastodon a su bien faire les choses à travers une multitudes de passages accrocheurs disséminés entre de lourdes et oppressantes ambiances. La seconde partie de The Czar (Escape) ou bien le passage dopé aux amphétamines par Dailor sur The Last Baron sont catchy à souhait tandis que leurs thèmes principaux sont tout simplement beaux.
Quelques mots de plus sur The Last Baron qui est d'une folie ahurissante et jouissive. Tout, mais alors vraiment tout, y passe dans cette chanson. Un véritable trip sous champi avec ses montées, descentes, moments tristes, de joie, ou tordus (ce passage mathy ou les voix psychés en stéréo, waouh). Tout bonnement épatant.

Crack the Skye n'est pas qu'un album d'une densité rare mais est aussi un concept pour le moins étrange qui raconte l'histoire d'un paraplégique qui ne voyage qu'au delà de son corps. Il atterrira trop près du soleil et finira ensuite dans le corps de Raspoutine, rien que ça. Très brièvement racontée ici, le récit complet vaut le coup d'œil et rarement un thème n'aura autant collé à l'esprit de sa musique. Bien sûr ce récit peu trivial ne fait renforcer le fait que Crack the Skye est un disque définitivement unique qui fera date dans l'histoire du Rock.

A écouter : et surtout vivre
16.5 / 20
54 commentaires (17.64/20).
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Blood Mountain ( 2006 )

Le moins que l'on puisse dire c'est que ce nouvel album des barbus d'Atlanta était attendu au virage, dans la ligne droite et même dans le mur pour certains. Mais, entre "l'attente" et le "rendu final", entre ce qu'on voudrait que soit un album et ce qu'il est réellement, il y a souvent un long chemin à parcourir (parfois même à contresens). Le rôle du chroniqueur, dans ce cas là, est d'être votre chauffeur. Alors attachez vos ceintures et en voiture si vous le voulez bien.

Blood Mountain déboule d'entrée sur une courte ligne droite (oubliez les préliminaires, ici on cause de baises sauvages) ou l'on retrouve la musique du groupe telle qu'on l'a connu auparavant, directe (The Wolf Is Loose), efficace (Crystal Skull), mais plus ambitieuse que jamais (The Sleeping Giant). On retrouve aussi, comme sur le précédent opus du groupe, un concept (ici l'histoire d'un homme gravissant une montagne à la recherche du Crystal Skull) qui donne cette dimension épique aux compositions du groupe.

On freine à l'entrée du virage, parler d'épingle serait d'ailleurs plus juste. Oh, je vous connais, vous attendiez tous LA suite de Leviathan, ce Blood Mountain ce devait d'être un album de power métal plus burné qu'un yak de Mongolie… Raté! Tout (ou presque) dans cet album transpire l'originalité, l'inventivité, l'audace et l'envie surtout. Alors le Mastodon cuvée 2006 c'est quoi? En réalité le choix des intervenants (Scott Kelly de Neurosis, Josh Homme (Queens Of The Stone Age), Cédric Blixler-Zavala et Isaiah Owens de The Mars Volta) résume a lui seul - et pour une fois très bien - les intentions du groupe. Ce Mastodon là est un monstre progressif qui aime le désert (le très stoner Crystal Skull) les marécages (The Colony Of Birchmen) et les paysages exotiques en général (The Sleeping Giant, This mortal soil). Oui, forcément, Blood Mountain n'est pas un album évident, pas de hits (mais l'album en lui-même en est un), beaucoup d'expérimentations (les lignes de chant de Brent Hinds et Troy Sanders sont plutôt déstabilisantes pour ceux qui connaissent déjà le groupe), et il va vous demander de nombreuses et attentives écoutes pour l'apprivoiser dans sa globalité mais entre nous, n'est-ce pas justement la marque des grands albums?

Bien entendu comme tout bolide lancé à grande vitesse Mastodon frôle de peu l'accident. A cause de compositions qui s'éparpillent parfois (Bladecatcher, The Siberian Divide) ou d'autres de factures trop classiques (le plutôt bon Hunters Of The Sky - qui aurait mérité sa place sur Leviathan - précédent le bien trop convenu Hand Of Stone). A cause aussi d'un manque de synthèse : une heure de métal aussi aventureux et dense, c'est tout simplement trop! Mastodon a néanmoins le potentiel pour être LE groupe métal référence de cette décennie, encore un petit effort de concision et nous pourrons enfin tourner la page Metallica sans regrets… à moins bien entendu que le groupe ne se perde en cours de route.

A écouter : L'album, tout simplement.
16 / 20
41 commentaires (17.27/20).
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Leviathan ( 2004 )

  Mastodon. Voici un groupe qui annonce la couleur. Après un impressionnant Remission sorti en 2002, le quatuor d'Atlanta revient en force avec Leviathan et son univers fortement imprégné de métal, de stoner, mais aussi de heavy tendances 70's. Le groupe fait également preuve d'une certaine complexité technique, notamment au niveau rythmique sous l'égide de Brann Dailor, qui officiait auparavant au sein de Today Is The Day.
  A l'image de sa pachydermique pochette, Mastodon nous emmène dès les premières secondes de Blood & Thunder dans un véritable maëlstrom sonique,et ne laisse aucun répit. Le refrain pilonne l'auditeur pour enchaîner sur un passage des plus technique que ne renierait pas Coalesce, le tout agrémenté de la voix puissante de Troy Sanders. Difficile de ne pas être emballé après un tel morceau, d'autant plus que I Am Achab confirme la teneur en riffs dévastateurs de cet album. La visite des profondeurs abyssales se poursuit sur Seabeast, dans lequel Troy Sanders fait état de sa capacité à explorer des aspects plus mélodiques de son chant, tout comme sur le sublime Naked Burn
  Mastodon gère incroyablement la diversité de ses influences pour en restituer un résultat homogène, à l'instar de titres comme Megalodon et son intro hypnotique, ou encore le très Dillinger Island. Le single Iron Tusk, heavy à souhait, montre que Mastodon n'a pas volé sa place sur le Unholly Alliance Tour tant ce titre prédispose au headbang de masse. En poursuivant sur la thématique de l'horreur maritime Lovecraftienne, Aqua Dementia est sans conteste un titre phare (sans jeux de mot) de Leviathan. Les guitares stridentes cavalent sur un rythme de batterie décousu, pour ensuite se déchainer à l'arrivée des cris de Sanders.
  Visiblement, le quatuor voulait déchaîner les éléments avant de laisser place à l'accalmie de Hearts Alive, morceau épique s'étalant sur près de 13 minutes. Un enchainement vraiment réussi de plans calmes et d'autres plus énervés, digne d'un Kyuss dopé à Slayer. Mais Mastodon n'en finit pas de surprendre en livrant un superbe titre acoustique aux confluents du grunge, rappelant les tourments du personnage mythique Joseph Merrick plus connu sous le nom d'Elephant Man.

  Inutile de dire que Mastodon, à l'issue de ces deux albums, dispose d'ores et déjà du statut de groupe culte tant le contenu est riche en ambiances et en puissance. Leviathan peut toutefois s'avérer difficile d'accès pour des oreilles non averties, mais une fois les subtilités dégagées, on ne peut qu'être conquis par la bête.

A écouter : Blood & Thunder, Iron Tusk, Aqua Dementia, Hearts Alive