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Biographie

Marilyn Manson

Groupe ou plutôt chanteur lancé par Trent Reznor (Nine Inch Nails), Marilyn Manson, de son vrai nom Brian Warner, est passé de petit groupe d'Indus de Floride à celui de bête noire de l'église et de la "bonne" sociéte américaine. Portrait Of An American Family en 1994 et Smells Like Children, EP allongé, en 1995 ne sont encore que les balbutiements, même si la reprise de Sweet Dreams de Eurythmics le fait connaître du plus grand nombre. Le groupe, encore appelé Marilyn Manson&The Spooky Kids, se cherche une identité, mais déjà les idées sont là et Manson emprunte son decorum à Roald Dahl notamment. C'est en 1996 que le groupe explose à la face du monde avec Antichrist Superstar, terrible album produit par Trent Reznor, sur lequel se croisent L'Antechrist de Nietzsche, des bribes du pessimisme de Schopenhauer, des éléments de la Kabbale et du satanisme philosophique en une sarabande de références infernales. Le chanteur y atteint son premier objectif, devenir une superstar du rock, porté notamment par le succès énorme du single The Beautiful People, avec son clip mémorable signé Floria Sigismondi. Il collabore aussi avec David Lynch qui lui offre une apparition dans son film Lost Highway. Deux de ses chansons sont utilisées pour la bande-son, dont l'inédite Apple Of Sodom, dédiée dira-t-il dans son "autobiographie" Mémoires de L'Enfer, à  Fiona Apple.

Et c'est dans cet état d'esprit libéré, d'homme à qui tout réussit (il est alors avec la jeune actrice Rose McGowan, traîne avec Billy Corgan des Smashing Pumpkins ou Michael Stipes de REM) qu'il enregistre Mechanical Animals en 1998, album aussi bien influencé par David Bowie, Iggy Pop&The Stooges pour la musique, que par l'écrivain Aldous Huxley sur le fond. Il y explore son nouveau statut, en jouant d'une image androgyne, celle d'Omega, et des clichés du rock, entre putes à médias et usage de drogues diverses. Mais la réalité le rattrape, il se brouille avec Trent Reznor, dont le corrosif Starfuckers inc. lui est dédié, et la tuerie du lycée de Columbine lui est en grande partie imputée. Enfin, il se sépare de sa petite amie. Complètement dévasté, il se lance dans un album mégalomaniaque et intimiste à la fois, Holy Wood, sorti en 2000, où il repart en guerre, sous la nouvelle apparence de Mercure / Adam Jadman, armé de références disparates à JFK, Jesus Christ, à la religion fanatique, et à la violence de la société américaine. La tournée qui s'ensuit, Guns God and Government Tour, est monstrueuse, bien que l'album ait moyennement marché.

Après une période plus calme, avec le seul single Tainted Love pour faire patienter ses fans, le révérend revient sur le devant de la scène en 2003 avec The Golden Age Of Grotesque, cette fois influencé par le vieux continent et ses ambiances des années 30, entre cabaret et dandysme. Manson, toujours aussi influencé par les femmes qui partagent sa vie, s'embarque cette fois dans un univers proche de celui de sa compagne, le modèle Dita Von Teese. Cet album annonce un véritable changement dans la musique, sans aucun doute plus accessible. Twiggy Ramirez (redevenu Jordie White) parti pour d'autres horizons avec A Perfect Circle puis  Nine Inch Nails  (tiens, tiens...) le groupe se tourne un peu plus vers des sons électroniques, sous l'influence de Tim Skold (ex KMFDM), bassiste, mais aussi co-producteur. L'album remporte un joli succès, mais est régulièrement critiqué, même si on ne peut s'empêcher de penser que le ton du disque est des plus sarcastiques. Suite à une nouvelle reprise, cette fois du Personal Jesus de Depeche Mode, sort le best of Lest We Forget en 2004. Manson s'est entre-temps une fois de plus séparé de son guitariste, cette fois John 5 (comme la cinquième roue du carosse), qui a depuis sorti deux albums de guitar-hero, Vertigo et Songs For Sanity, qui méritent l'attention.

Le fond de commerce de Marilyn Manson demeure la provocation, qui lui assure une audience étendue, mais l'artiste sait aussi véhiculer des idées qui dérangent et changer constamment de forme aussi bien que de style musical, de l'indus à l'électro-métal en passant par le glam rock. Véritable showman, plus performer que chanteur, Marilyn Manson se pare dans sa musique, ses clips et ses concerts, d'une imagerie en général très sombre qui lui a valu régulièrement d'être qualifié de gothique, de façon erronée. En réalité, le talent de notre bonhomme est de savoir s'inspirer de multiples références, la plupart du temps hors de la musique, pour créer des albums toujours très ambiancés et bourrés de pistes de lecture. Pour résumer à grands traits, Marilyn Manson, c'est un peu le fils spirituel de David Bowie et le frère maudit de Trent Reznor.

16 / 20
43 commentaires (15.95/20).
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The Pale Emperor ( 2015 )

On n'attend pas forcément grand chose de Marilyn Manson au vu de ses derniers disques. Born Villain était correct sans plus et le dernier disque un peu excitant s'avère être Eat Me Drink Me sorti il y a 8 ans. Autant dire que The Pale Emperor surprend agréablement. 

Pour bien comprendre le fil rouge de ce disque il est bon de noter que le titre de The Pale Emperor vient de l'empereur romain Heliogabale et du livre Heliogabale ou l'anarchiste couronné offert à Manson par son ami Johnny Depp. , Pour l'occasion Manson a par ailleurs fait apppel à Tyler Bates, guitariste notamment impliqué dans les BO de 300, The Watchmen ou encore Les Gardiens de la Galaxie, qui officie ici à la composition et à la production. Son apport se ressent tout particulièrement dans la richesse des ambiances de The Pale Emperor. Killing Strangers (présent à juste titre au vu des lyrics sur la BO du polar brutal John Wick) donne le ton sur un rythme syncopé et une interprétation toute en force de Manson. Deep Six se révèle comme un excellent single, accrocheur et efficace. Après seulement deux chansons on se dit qu'on tient peut-être là l'album du renouveau pour Marilyn Manson

Third Day Of A Seven Day Binge démontre que les guitares ont la part belle sur cet opus et offrent un cachet imparable aux vocalises de Manson tandis que The Mephistopheles Of Los Angeles nous la joue ego-trip avec un refrain entêtant. Warship My Wreck nous le montre toujours plus écorché vif sur une piste tendue avec quelques notes de piano pour agrémenter un tourbillon de guitares. On est à la moitié de l'album et pas de déception. Au contraire The Pale Emperor se nourrit de multiples approches. Avec Slave Only Dreams To Be King Manson nous rappelle un peu les sonorités indus de Antichrist Superstar, y compris quant à la thématique de la chanson. The Devil Beneath My Feet se fait elle electro pop. Quant à Birds Of Hell Awaiting c'est au blues qu'elle doit son ambiance déglinguée. 

Les dernières pistes sont dans la même veine aussi bien pour les lyrics toujours aussi anticonformistes que pour la recherche de nouvelles approches musicales. Cupid Carries A Gun s'avère très rock n'roll dans une athmosphère interlope comme les affectionne Manson. Enfin Odds Of Even possède son charme maléfique avec ce blues où Manson semble ne pouvoir s'incarner que dans son personnage du Pale Emperor présent tout au long du disque. Il Faut enfin noter que les trois versions acoustiques supplémentaires de l'édition deluxe, à savoir Day 3, Faited, Faithful, Fatal et Fall Of The House Of Death, apportent un surcroit de fiel à un disque qui n'en manque pas. 

Avec la belle diversité de ses ambiances, l'intransigeance d'un Manson toujours aussi diabolique et la somme de bonnes chansons alignées sur The Pale Emperor, on a là le meilleur disque de Marilyn Manson depuis Eat Me Drink Me tout simplement. 

A écouter : Deep Six, The Mephistopheles Of Los Angeles, Cupid Carries A Gun entre autres en fait
13 / 20
31 commentaires (13.24/20).
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Born Villain ( 2012 )

Marilyn Manson a 43 ans, mais ne semble pas dévier d'un pouce de la ligne de conduite qu'il s'est fixée à savoir s'incarner en monstre sarcastique et dépravé. Si la trilogie Antichrist Superstar / Mechanical Animals / Holy Wood a fait effet en son temps, les années 2000 sont plus contrastées. Après un efficace quoique assez creux The Golden Age of Grotesque, on a eu droit au vampire amoureux de Eat Me Drink Me, un disque solide, mais dont l'accueil fut mitigé et que dire de The High End Of Low, album en roue libre dans lequel Manson se recyclait jusqu'à la caricature. Alors que dire de ce Born Villain

D'abord une chose intéressante. Manson a été viré de son label et sort donc ce disque en position de faiblesse et de force à la fois. Faiblesse, parce qu'il n'est clairement plus ce qu'il était et que des litres d'absinthe ont coulé depuis, force, parce qu'il se retrouve libre de nous livrer l'opus qu'il souhaitait. A lire les interviews, Manson se sent regénéré et abandonne son habitude de se créer un avatar pour se livrer sans fard ou si peu. 

Le fond du disque? Des diatribes anti-religion (Hey Cruel World, Children of Cain), une bonne dose de violence sexuelle (No Reflection pour la pédophilie, Pistol Whipped pour le viol et Slo-mo-tion pour la pornographie) voire de violence tout court (le languissant Lay Down your Goddamn Arms et le percutant Murderers Get Prettier Everyday renvoyant à ses accusateurs, notamment de Columbine, leur propre image  désaxée). Et puis, Manson se met encore en scène, en appellant à Macbeth et le complexe d'Oedipe (Overneath the Path of Misery) ou à Baudelaire (The Flowers of Evil). 

Après avoir ainsi commencé à décortiquer la bête, n'oublions pas la musique. On a ainsi affaire en gros à du rock teinté d'industriel, mais sous une forme plutôt épurée. Ceci étant dit, Manson se renouvelle assez peu, et il faut noter qu'à la première écoute, rien ne semble ressortir vraiment de ce Born Villain. Les premières pistes Hey Cruel World et No Reflection donnent cependant le ton, on se croirait presque revenu à l'époque Antichrist Superstar. Overneath The Path Of Misery renchérit dans la même veine avec fougue, tandis que Slo-mo-tion s'avère aussi crapoteux que son sujet obscène. The Gardener nous offre du groove et de la puissance, une vraie bonne chanson en somme. Idem pour The Flowers of Evil et son excellent refrain. 

Une nouvelle fois, le révérend s'assume pleinement en bête humaine, phénomène de foire ou monstre d'orgueil (The Gardener, Born Villain et Breaking the Same Old Ground). Les lyrics se répètent, Manson explorant une nouvelle forme d'écriture plus minimaliste exactement comme la forme musicale. On en retient quelques passages comme "I'm not man enough to be human, but I'm trying to fit in, and I'm learning to fake it" (The Gardener) ou bien encore "I'm born villain, Don't pretend to be a victim" (Born Villain). Manson semble ainsi vouloir refaire surface parmi la multitude avec Born Villain sans renier sa nature déviante. La reprise de You're So Vain (avec Johnny Depp en guest) pourrait cependant passer pour une autocritique pleine d'ironie de Marilyn Manson à Brian Warner. 

Pour résumer, Born Villain n'est pas un mauvais album, il est même bien plus consistant que The High End Of Low. Mais, il faudra se contenter de quelques pépites et d'une ambiance malsaine assez cohérente. A défaut d'un grand album, on a donc affaire à un opus en demi-teinte, ce qui n'est déjà pas si mal. 

A écouter : Hey Cruel World, The Gardener, The Flowers of Evil
12.5 / 20
47 commentaires (11.56/20).
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The High End Of Low ( 2009 )

La machine Manson est de retour, le subalterne Twiggy dans le sillon. The High End Of Low, 7ème album du révérend et de ses enfants de coeur débarque ainsi avec le single Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon en guise de mise-en-bouche. Le père Manson semble avoir renoué avec la période Antichrist Superstar, où l'artiste était clairement le bouc émissaire de l'Amérique bien pensante.

The High End Of Low suit le chemin amené par Eat Me, Drink Me, proposant un mix entre la période Mechanical Animals (très influencée par Bowie) et les moments plus doux de Antechrist Superstar (Man That You Fear, Minute Of Decay). Les morceaux retrouvent ces sonorités un peu glam, tandis que le frontman semble plus laconique que jamais. S'emportant peu, il fait la part belle à une douce mélancolie qui s'était peu à peu instaurée dans la musique du sieur. Las, le meneur Manson trébuche entre ses mots lorsqu'il tente de s'énerver (I Have To Look Up Just To See Hell). Le reste du temps, l'artiste semble au bout du rouleau, prêt à en finir, plus meurtri que sur Eat Me, Drink Me.

Seulement, l'énorme problème est que The High End Of Low manque de titres d'un niveau de Man That You Fear, Disassociative ou They Said That Hell's Not Hot. Si l'on ne tient pas compte du single Arma-goddamn-motherfuckin'-geddon ou de We'Re From America, aucun titre ne se démarque vraiment, que ce soit en bon ou en mauvais. Manson sort parfois des compos intéressantes mais pas aussi brillantes qu'avant malgré quelques passages agréables (Into The Fire) et le reste du temps en serait presque risible de tant de surjeu (Leave A Scar). Manson maquille sa musique, mais devient fille de joie plutôt que dame.

L’artiste se livre, via des paroles plus personnelles (The Wow, 15, Blank And White) au lieu de brandir sans fin un étendard contre la société. Chose que l'artiste avait peu fait précédemment, mais là il se libère de toute pulsion (I Want To Kill You Like They Do In The Movies). Mais voilà, la bête Manson agonise. Ses derniers mots sont sur The High End Of Low. Certes, l'évolution de l'artiste est intéressante, mais pas forcément complète. La phase de révolte semble complètement terminée, car même lorsque le chanteur tente de sortir ses griffes, il n'érafle qu'à peine ses adversaires (Arma-goddamn-motherfuckin'-geddon). Là où Manson s'en sort le mieux reste dans des compos plus posées comme Leave A Scar ou le décalé WOW.

Manson offre un album beaucoup plus doux, mais l'artiste, en tentant de retrouver par moment son statut "d'artiste à abattre" des USA oublie un peu la musique. Moins passionnant, la descente entamée par The Golden Age Of Grotesque se poursuit même si l'approche musicale n'est plus la même. Différent, The High End Of Low a pour principal défaut d’être trop peu inspiré.

A écouter : WeRe From America - I Want To Kill You Like They Do In The Movies
16 / 20
98 commentaires (14.56/20).
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Eat Me, Drink Me ( 2007 )

Où en est Marilyn Manson en 2007? A-t-il encore quelque chose à dire? A-t-il seulement encore la stature de l'artiste flamboyant et décadent qui avait embrasé la fin du 20ème siècle? Ou bien est-il définitivement sur la pente déclinante du showman qui s'autocaricature? Réponses dans la chronique de ce nouvel album.

Eat Me, Drink Me, 6ème album studio de Manson intervient après sa séparation d'avec la pin-up corsetée Dita Von Teese. Une de plus dans le placard des regrets amoureux du chanteur. Et bien évidemment cet album y fait écho puisqu'il s'agit d'une vision malade de l'amour, empreinte de passion dévorante et d'amertume. Puisque Manson prépare un film intitulé Phantasmagoria sur Lewis Carroll, auteur de l'inoubliable Alice au Pays des Merveilles,  il y a également inclus un certain nombre de références explicites, à commencer par le titre de ce disque. Mais là n'est pas le plus important quand il s'agit de Eat Me, Drink Me. En effet, la musique jouée ici n'a que rarement à voir avec ce que Marilyn Manson a déjà fait. Maître d'oeuvre sur le fond, il a donné carte blanche à Tim Sköld sur la forme. L'alchimie trouvée par les duettistes donne une musique proche du glam rock, pleine de blessures narcissiques et de désespoir carnassier, mais en définitive la tonalité est bien plus goth rock que tout ce que le reverend a jamais produit jusqu'ici, et s'aventure parfois même dans la pop.

L'album commence d'ailleurs avec un petit chef d'oeuvre de rock gothique, If I was Your Vampire, imprécation gavée de réverb' qui lui donne un cachet imparable. Pour nous faire partager sa peine, Manson livre un album volontiers intimiste, mais dont les teintes noir corbeau et rouge sang poussées au paroxysme font l'indéniable flamboyance. La rupture amoureuse rime ici avec vampirisme, mutilation et auto-flagellation. Manson chante d'une voix volontiers pleurnicharde, notamment sur la superbe ballade lacrymale du disque, Just A Car Crash Away, bouillonne de colère et de désirs contradictoires (Mutilation...) ou joue les amants cyniques (Putting Holes in Happiness qui fait regretter le duo avorté avec Shirley Manson, la chanteuse de Garbage). Le spectre émotionnel déployé glisse sur toute la gamme du désenchantement amoureux d'autant mieux que l'écrin musical s'enrichit d'une ribambelle de riffs incisifs et d'une armée de solis aussi criards et plaintifs que le chanteur. Tim Sköld a lâché la bride, et ça s'entend. Les guitares crachent le feu, geignent ou bien encore fulminent dans une même débauche classieuse, encore jamais entendue sur un disque de Manson. Même Mechanical Animals se battait avec d'autres armes, ce qui ne l'empêche pas de faire référence au Scary Monsters de David Bowie comme inspiration.

Le grand enseignement de Eat Me, Drink Me c'est que Manson gagne toujours en impact artistique quand il se montre généreux et sincère à sa manière inimitable. Pour le coup, on est gâté tant cet album résonne de battements évocateurs. Même quand l'icône dark drague les sonorités pop, sur Heart Shaped Glasses, il n'est pas difficile de s'y laisser prendre tant le morceau se révèle entêtant, petit bijou de séduction à destination de sa girlfriend tendance Lolita, la jeune actrice Evan Rachel Wood. Contrairement au clinquant The Golden Age Of Grotesque, contaminé par la sacralisation du néant sarcastique, cet album est rempli de fêlures, de décrochages mélodiques et de sentiments impétueux. Avec des sonorités inédites, plus organiques que par le passé, Manson livre des classiques instantanés tels que They Said Hell's Not Hot, machine à guitares tour tour grondantes, tempêtueuses ou funèbres. Son chant se pique de cette sensualité unique qu'on lui connaît pour électriser des morceaux comme Are You The Rabbit, peut-être plus classique dans sa discographie, avec ce son de basse rond et familier. Sur l'ensemble, pas de déchet, mais des morceaux accrocheurs, débridés et rock'n roll dont on retiendra encore le capiteux You & Me & The Devil Make Three et bien sûr le touchant morceau titre Eat Me Drink Me.

Romantique, cannibale amoureux, inadapté chronique à la vie, Marilyn Manson signe un retour tonitruant dans le dénuement. L'auditeur réceptif se laissera de plein gré embarqué dans un voyage en terres dépressives et distordues dont les compositions rivalisent en qualité, à la fois classiques, mais très expressives. Eat Me, Drink Me est un très bon album dont le renouveau artistique dans l'introspection, dépouillée et bien moins théâtrale que par le passé, est comme le négatif de celui du mentor Trent Reznor dans l'universel, trituré et foisonnant. Trajectoires passionnantes que celles de ces deux là.

Heart Shaped Glasses et If I was Your Vampire en écoute sur son myspace tout neuf.

A écouter : en entier, y a rien jeter
13 / 20
99 commentaires (13.7/20).
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The Golden Age Of Grotesque ( 2003 )

3 ans après l'intimiste glauque Holy Wood, la vie de Marilyn Manson a encore bien changé, ce qui inévitablement influence tout le processus artistique mis en place pour ce Golden Age Of Grotesque. Devenu une idole pour de tous jeunes fans peu au courant de son passé musical grâce à sa reprise de Tainted Love sur la BO de Not Another Teen Movie (présente en bonus track sur cet album), Manson semblait assez mal embarqué avant ce nouveau disque, pris dans une caricature de rebelle à laquelle on ne se serait pas forcément attendu après l'énorme tournée Guns, Gods and Government. Durant la même période, il s'est aussi entiché du modèle Dita Von Teese, icône fétichiste tout droit sorti des années folles, qui tout comme Rose McGowan avant elle, ne va pas manquer de l'influencer. Enfin, il s'est séparé de son bassiste, Twiggy Ramirez, certainement le membre le plus emblématique du groupe, dans des circonstances aujourd'hui encore assez troubles. Tim Skold (ex KMFDM) le remplace et contribue largement à la production, moins fouillie que sur Holy Wood.

Manson a dit s'être inspiré des dadaistes et de l'Allemagne des années 30 pour confectionner The Golden Age Of Grotesque, expliquant sa démarche comme une grande récréation sarcastique et désinvolte en pleine période de folie ambiante (le 11 Septembre est passé par là). Il a fait appel à l'artiste allemand Gottfried Helnwein pour la pochette et les artworks du livret, collection intriguante où il prend des poses de Mickey dégénéré et de caricature tordue de nazi. Provocations qui feront leur petit effet, comme ce MM semblable à l'insigne des SS, mais finalement plutôt ridicules avec un tant soit peu de recul. En fait, Manson nous convie à visiter son petit théâtre intérieur, petit théâtre pas tout à fait aussi détraqué que l'intro Thaeter comme nous allons le voir. TGAOG lance les hostilités avec l'enchaînement de ses deux singles. Le son est énorme, production très professionnelle, petites touches électro, riffs accrocheurs, pas de doute, le rock-metal clinquant est de sortie. La déclaration d'intention que constitue This Is The New Shit a pourtant quelque chose de forcément décevant. Sur une composition electro-metal surpuissante, avec un phrasé quasi rappé sur les couplets , Manson nous explique texto "Everything has been said before, there's nothing left to say anymore", puis en toute fin de morceau "Let Us Entertain You". Pas de cycles, pas vraiment d'angle thématique, Manson veut juste nous divertir et les belles références semblent se la jouer baudruches, comme souvent chez lui. Aie, c'est un coup bas ça. Si vous connaissez Be Agressive de Faith No More, vous savez déjà que Mobscene reprend le même gimmick pom-pom girls sur le refrain, et que son petit côté catchy n'est donc ni très original ni inoubliable. En clair, si l'on s'arrête là, c'est mal barré pour la suite. Et pourtant, Manson demeure un malin, et ce disque est là pour le prouver.

L'une des choses qui frappe le plus c'est la manie de jouer sur les mots et les sonorités, et de ce point de vue, il y a quelques réussites comme la très amusante Doll-Dagga Buzz-Buzz Ziggety Zag. Manson s'y moque tout simplement de wagons entiers de fans avec une délectation finalement assez déplacée. Ils sont les "thug rock kids" et autres "punk god angels", ou encore "doppelgangers", autrement dit des imitations, des copies.  Il ne les encourage plus à la rebellion politique, cause perdue sur le précédent album. Il en fait plutôt une caricature sur Use Your Fist & Not Your Mouth, avec des choeurs quasi martiaux et un refrain cynique  "this is the black collar song, put it in your middle finger and sing along", sorte de pastiche sans personnalité. Manson prend la tenue de Monsieur Loyal et invite ses prétendues hordes à danser et s'amuser dans son grand manège sautillant. Le temps du morceau The Golden Age Of Grotesque, festival baroque, le clown se fait même grimaçant, et ouvre les portes musicales d'un Circus Mansonus tout bonnement foisonnant de bons mots et de drôlerie azimutée. En fait, de même que le son du groupe est léché, très pro, Manson nous sert tous les clichés de la rock star, mais de façon bien plus marrante que sur Mechanical Animals, comme en témoigne la bien-nommée Kaboom nantie d'un son écrasant.  Si l'on s'amuse à décrypter ses lyrics remplis de néologismes tels que "dumbo jets" et autres "hardcore-vettes", on se rend compte de tout le second degré de la chose, y compris sur lui-même heureusement. "We're tasteless but taste good", des lyrics comme ça, le disque en regorge. Manson semble se foutre de lui-même, de ses fans ("we don't care who's listening" sur The Bright Young Things), de la vie de rockstar, du fond de son disque, là où tout ou presque passe par la forme sur The GAOG.

Celle de Paranoir ne manque pas d'étonner, voix de femme monocorde expliquant toutes les raisons (authentiques, piochées auprès de femmes rencontrées un peu partout) pour lesquelles elle coucherait avec le chanteur, sur une orchestration lancinante tailladée par John 5 qui place un solo tordu à souhait. Tiens, tiens, encore un morceau réussi. C'est aussi une des pistes egotrip de ce disque, au même titre que la délirante (S)aint ou l'excellente Better Of 2 Evils. Ce morceau présente de nouveau un rythme bondissant notamment sur les couplets, une touche électro venue d'un Tim Skold a priori omniprésent, et là encore Manson joue d'un phrasé inhabituel pour lui. Le refrain quant à lui est d'une lucidité qui fait contre-poids à la débauche de sarcasmes de cet album : "haters call me bitch, call me faggot, call me withey but i'm something you'll never be". Fermez le ban comme on dit.  On a beaucoup glosé sur l'importance de Dita Von Teese dans l'inspiration de cet album. Dans les faits, deux morceaux semblent lui être rattachées. Il s'agit de Slutgarden et Spade. Si la première est une bonne chanson sexy, sorte d'hommage de Manson à certaines activités de sa nouvelle compagne, l'autre est un écho de son ancienne relation avec Rose McGowan. C'est un morceau tout en accroche de guitare, tournant autour d'un excellent riff sur lequel Manson pose sa voix la plus sensuelle. Probablement la chanson la plus sincère de toutes.

De fait, The GAOG est un disque mal compris, la faute au dandysme pédant de son auteur, qui l'a survendu sur ses références arrogantes à Oscar Wilde entre autres, peut-être à dessein quant on connaît l'animal. Il ne s'agit pas tant d'un album imprégné du style des années 30, hormis quelque touches plus ou moins audibles. En fait, c'est plutôt un énorme pied de nez divertissant quoique méprisant, une grande foire dont l'esprit tout entier repose sur le simulacre. Manson ne se prend pratiquement pas un instant au sérieux (hormis le temps de Spade on l'a dit) et livre un album volontiers bourré d'humour cynique, qui a contenté nombre de nouveaux fans sans que ceux-ci se rendent compte de la façon dont le chanteur les vanne à qui mieux mieux. Pour la route, juste de petites citations à leur attention : "perpetual rebellion with absolutely no cause" (The Bright Young Things),  "the toys are us and we don't even know" (Doll-Dagga..) et bien sûr l'emblématique "I'm not ashamed you're entertained, but I'm not a puppet, i am a grenade" (Vodevil). Manière de dire, je vous ai bien eus. Bien sûr, c'est là aussi la limite de l'album, en ce qu'il sacralise le néant, mais il n'en reste pas moins que The GAOG vaut pour ce côté mauvais génie, en ce qu'il renvoie enfin aux jeunes fans l'image d'un miroir aux alhouettes, et ce même s'il renferme quelques bonnes chansons.

 

A noter que la version collector du disque comporte un DVD sur lequel on peut admirer un étrange clip qu'on qualifiera selon l'humeur de Lynchien ou de parfaitement vain.

A écouter : Golden Age Of Grotesque, Spade, Better Of 2 Evils, Paranoir
17 / 20
80 commentaires (17.46/20).
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Holy Wood ( 2000 )

20 Avril 1999 : deux élèves du lycée de Columbine à Littleton (Colorado) ouvrent le feu sur leurs camarades avant de se donner la mort. 13 personnes sont tuées, 28 blessées. Après enquête, Marilyn Manson, mais aussi KMFDM et des films tels que Matrix se retrouvent incriminés... Plutôt que de réfléchir aux vrais causes du drame, les autorités vont alors se déchaîner tout particulièrement contre Manson, "le monstre du rock adulé par les tueurs". Si celui-ci répond notamment par un long communiqué dans le magasine Rolling Stone, invoquant la place des armes dans la société US et la violence traditionnelle de toute société humaine (en évoquant Abel et Cain, tiens donc), le groupe en sort dévasté.
Novembre  2000 : Marilyn Manson a aiguisé sa plus belle plume et la réponse parvient sur les ondes avec Holy Wood  (In the Shadow of the Valley of Death), un album de nouveau rentre-dedans poussé par un amalgame de références psychotiques et une pochette censurée. L'album est une fois de plus découpé en cycles, au nombre de quatre : In The Shadow / A (pistes 1 à 4), The Androgyne / D (piste 5 à 9), Of Red Earth / A (piste 10 à 14) et The Fallen / M (piste 15 à 19). Quatre lettres formant Adam, le symbole de Mercure sur le disque, des artworks travaillés dans le livret, une fois encore, rien n'est innocent, tout est récupération dégénérée.

 

En un ballet obsessionnel, les figures d'Adam, de Jesus Christ, de J.F.K. et de Manson s'entremêlent dans Holy Wood pour créer une oeuvre unique en son genre, à la fois intimiste et totalement mégalomaniaque, prolongeant la figure d'un Christ privé de parole prise par Manson sur la pochette. Un faux Christ à la machoire amputée donc, incapable de se taire pourtant. Cette amputation n'est pas isolée, dans Godeatgod, Manson chante ainsi "Before authorities take off my eyes". Et bien sûr, il y a ces hymnes rock metal d'une efficacité reconnue, quoiqu'assez basiques, comme The Love Song et The Fight Song où le facteur Dieu, et l'Etat américain passent au crache-flammes. Manson lance aussi deux diatribes  contre le contrôle des esprits, avec Disposable Teens et Target Audience, opposant jeunesse crédule et autorités (parentale, étatique, religieuse) manipulatrices. En colère contre ceux qui l'ont traîné dans la boue, il sait au moins qu'il n'est qu'une  "big rockstar celebrated victim of (her) fame". Pourtant, un morceau comme In the Shadow of the Valley of Death nous le montre véritablement atteint, promenant son malaise morbide sur une très jolie ligne mélodique. A Place In The Dirt surenchérit dans les mêmes tons peu après, la mort suintant là aussi des couplets. Clairement, Manson est en fait le maudit, Cain, et il ne le sait pas.

 

Et lorsque retentissent les notes d'un clavier au son de clavecin sur The Nobodies  et ses lyrics chargés de sens ("Some children died the other day"), on retrouve le pivot central du disque. Si Manson revient sur son désir de révolte, et pas très finement, c'est bien parce qu'il est hanté par les fantômes de Columbine. A partir de ce drame, Manson rejeté et mis en marge, redescend de son pied d'estal pour tenter de se mêler à ses fans et leur rappeller comment on les manipule et finit par les traiter plus bas que terre, tout comme lui après la tuerie. Là encore, The Death Song est chantée parmi eux, "We sing the death song kids", en un parfait hymne à tendance electro-metal. Il revient sur la fascination des américains pour la violence, en particulier l'assassinat de J.F.K., sur lequel President Dead et l'étrange ballade Lamb Of God s'attardent. En déifiant l'ancien président ("There was Jesus in the metal shell" ou encore "That's how Jack became sainted"), Manson entend montrer aussi comment le pouvoir médiatique en a fait une icône, dont  l'assassinat devant les caméras a même fait un objet de culte morbide. Il téléscope encore les métaphores le temps d'un Crucifixion In Space, à la progression rythmique quasi théâtrale et aux airs de prêche anti armes ("The monkey, the man, and then the gun"). Et l'on comprend comment l'album en apparence touffu et lourd progresse.

 

En fait, Manson se fait de plus en plus intime, passant du prédicateur fou à l'homme blessé. De Mercure à Adam, il montre comment il est redevenu un homme parmi les autres, meurtri par les évènements de l'année écoulée.  Il ne manque pas son clin d'oeil au nouveau président George W. Bush  sur la chanson Born Again ("I'm someone else, I'm someone new, I'm someone stupid just like you"), et enchaîne avec Burning Flag. Ces deux morceaux en forme de charges électro-metal sont d'autres pièces de choix de la grande bataille que semble mener l'artiste avant son implosion programmée. Car de fait, la dernière partie du disque est celle de la chute. Coma Black se place en négatif de Coma White, et dans les deux cas, il s'agit de chansons dédiées à Rose McGowan, Coma Black étant celle de l'après-rupture. Il s'agit une nouvelle fois d'une belle ballade désabusée qui enchaîne fort logiquement avec Valentine's Day, titre métal accablant, tout comme son refrain "In The Shadow of The Valley of Death" répété jusqu'à la lie. Les dernières pistes créent une envoûtante atmosphère où les émotions les plus brutes se chevauchent. Les figures du Christ, d'Adam, de J.F.K et de Manson sont désormais indissociées dans ce tryptique furieux et désespéré. Le prêche de The Fall Of Adam se couple à la martiale King Kill 33 (comme l'âge du Christ) palpitant d'une foule furieuse dont on ne sait plus si elle gronde pour Manson ou le couple Kennedy, et lorsque les mouches bourdonnent, la mort se fait pressante. L'album se conclue alors avec l'hypnotique Count 6 & Die, où le piano lugubre et les clics d'un revolver qu'on charge concluent Holy Wood sur une note glauque.

 

Manson s'est rêvé Antichrist Superstar, ange luciférien nihiliste, et a fini par devenir une pute à médias ce que retraçait Mechanical Animals (la vie de Starfuckers selon son ex-mentor et désormais frère ennemi Trent Reznor ) et puis Columbine a tout emporté. En mixant les images fortes, Adam, Kennedy, Jesus Christ, la tuerie, ses doutes et ses pulsions de mort, il aboutit avec Holy Wood à un disque émotionnellement puissant, d'une qualité musicale variable, mais qui va crescendo dans l'impact, avec un talent certain pour créer des ambiances mélancoliques, menaçantes et morbides. En attendant un hypothétique retour en flammes, il s'agit de son dernier grand disque, qui achève là une trilogie remarquable en ce qu'elle a de décadent et de sincère en même temps.

A écouter : The Fight Song, In the Shadow of the Valley of Death, The Nobodies, Born Again, Coma Black, le tryptique final...
17 / 20
81 commentaires (17.09/20).
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Mechanical Animals ( 1998 )

Lorsque Marilyn Manson revient sur le devant de la scène en 1998, il créé véritablement la surprise. Mechanical Animals bouleverse singulièrement l'univers posé avec Antichrist Superstar et pas seulement par la rupture consommée avec son mentor Trent Reznor. Tout d'abord, le son est bien plus rock, glam, avec un Manson qui s'assume en héritier de David Bowie jusque dans son nouvel avatar, l'asexué androgyne "venu d'ailleurs" Omega. Ainsi, le groupe rebaptisé Omega&The Mechanical Animals au verso de la pochette du disque semble d'ailleurs singer Ziggy Stardust & The Spiders From Mars. En outre,  les idées s'éloignent de l'antéchrist froid et renégat pour aborder les sentiments humains, l'amour et la mort non sans fragilité et incertitude. Et la musique profite à plein de l'arrivée d'un nouveau guitariste vraiment doué, John 5 (bien que ce soit Zim Zum qui joue sur l'album.

Le disque se divise en cycles (ce qui était déjà le cas de Antichrist Superstar) bien distincts dans le livret, dont les thèmes apparaissent ainsi en évidence.
1er Cycle : The Dope Show - New Model No. 15 -  I Want To Disappear - Fundamentally Loathsome - I Don't Like The Drugs (But The Drugs Like Me) - Rock Is Dead - User Friendly
2nd Cycle : The Great Big White World - Posthuman - The Speed Of Pain - The Last Day On Earth - Disassociative - Mechanical Animals - Coma White
Le premier cycle est principalement consacré aux nouvelles sphères naturelles du groupe, à savoir le showbiz et les médias, tandis que le second se consacre aux sentiments, à l'amour, la peur et l'inquiétude.

Le disque est véritablement un autre jalon dans la carrière de Manson.  Libre de tout conflit, de tout complexe peut-être vis à vis de Reznor (non sans l'avoir copieusement égratigné avec ingratitude), parvenu à devenir une superstar, l'artiste se fait plaisir avec un disque comme bloqué dans un autre âge. Mechanical Animals fait donc la part belle aux choeurs, aux voix synthétiques, aux ballades mid-tempos et à un son très glam' rock où planent les ombres de David Bowie et Iggy Pop. Le groupe qui a atteint une notoriété conséquente avec son précédent album est pris dans le cirque médiatique de bonne grâce (surtout Manson évidemment), mais en bonne rockstar pute à médias qu'il est devenu, Manson ne se prive pas de cracher dans la soupe, et étale aussi sa consommation de drogues. Le premier single, The Dope Show, pose ainsi les bases en brocardant les médias qui font et défont les célébrités tout en affichant la couleur blanche de la dope.  La drogue occupe une place importante de l'album, mais également du livret, très soigné et plein de mystères (pensez à bien scruter les pages avec le boîtier). Mais, si I Don't Like The Drugs, proche d'un Bowie dans les 80's, s'impose comme un morceau un peu ovni, très  second degré jusque dans son clip warholien, la vision des drogues et des médicaments est plus sombre qu'il n'y paraît.  Le tout premier morceau, l'excellent The Great Big White World (quelle intro!), en témoigne à travers l'évocation de la perte de soi, de l'absence de sentiments et de la mort. L'album qui se conclue d'ailleurs sur Coma White, stade de coma le plus proche de la mort, prend ainsi une tournure moins superficielle que prévue : "All the drugs in this world can't save you from yourself".

En fait, à travers les drogues et une satire glaciale du monde du spectacle et de la société, Manson fait apparaître un meilleur des mondes faits de copies de copies dont il semble lui-même la victime ("sample of soul made to look like a human being"), anesthésiées, abruties et formatées (New Model No. 15). Un morceau comme Rock Is Dead, plus proche de l'indus rock de Antichrist Superstar, agit ainsi comme une machine de guerre sur ce sujet et déplace la critique de la religion castratrice vers l'abrutissement par les mass-medias ("god is in the TV"), montrant que Manson n'a pas tout perdu de sa virulence critique. Mechanical Animals ou la superbe ballade Disassociative en sont de bons exemples, décrivant une humanité en suspens, usée et abusée par tout jusque par elle-même tout comme Manson, rebelle sans cause, produit médiatique et icône déglinguée de I Want To Disappear, dans un style à rapprocher de Iggy & The Stooges. L'image de la rockstar, pute prête à tout, est également présente dans User Friendly, remplie de voix synthétiques, où Manson se met en scène comme un véritable objet à plaisir "fucking dopestar obscene", jetable. Dans le même mouvement, on ressent déjà chez lui la lassitude, un désenchantement palpable comme s'il savait que toute révolte est inutile.  Et déjà Aldous Huxley (Le meilleur des mondes) et le couple J.F. Kennedy / Jacky O que l'on reverra sur Holy  Wood se télescopent sur un autre morceau très electro-indus, Posthuman, qui dénote là encore une des couleurs musicales du disque.

L'apparente fragilité de la nouvelle icône rock ne s'explique pas seulement par l'ennui et la perte d'identité. En effet l'ange noir est amoureux, et nombre de chansons en sont le reflet, montrant combien les femmes et l'amour occupent une place importante dans son processus créatif. Et pourtant là encore l'incertitude et la peur demeurent comme sur le quasi floydien The Speed Of Pain où une fois encore Manson se prend pour Bowie avec un chant grave et obsédant. Les derniers morceaux du disque sont d'ailleurs comme un retour sur cet amour et sa part prépondérante dans sa vision des choses et de lui-même. Fundamentally Loathsome est la première ballade de ce tryptique, griffée d'un solo très mélodique et d'une montée en puissance imparable, elle s'attarde sur le poids de cet amour dans son dégoût du monde. Un monde condamné dans The Last Day On Earth où l'amour est la seule solution pour survivre, ensemble. Ce morceau entre emphase et délicatesse (on distingue une douce mélodie à la guitare acoustique derrière le mur du son) est une franche réussite. Coma White, ou l'amour et les drogues se mèlent, renvoie l'image d'une femme nouée, peut-être même fêlée, noyée dans la dépression, Rose McGowan à l'évidence. La musique là encore est dans cette même veine mid-tempo, entre éraflures rock et mélodies simples et touchantes.

Avec Mechanical Animals, Marilyn Manson touche au coeur et montre qu'il peut s'en sortir sans Reznor. Et si certains fans s'en plaindront, désorientés par ce changement, on peut saluer le travail musical et visuel remarquable  du groupe. C'est un album riche d'obsessions, comme on le remarque à travers ses lyrics et ses thèmes, rempli de métaphores et de psychoses sans aucun doute. Marilyn Manson y fait mieux que reprendre des pans de la mémoire musicale collective pour nous offrir un album vraiment abouti, musicalement aux antipodes du précédent, sans perdre en sincérité.

A écouter : The Great Big White World, The Speed Of Pain, Coma White, The Last Day on Earth
18 / 20
85 commentaires (18.55/20).
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Antichrist Superstar ( 1996 )

1996, déjà 10 ans que Antichrist Superstar est sorti. A l'époque, personne n'a anticipé un tel choc. Marilyn Manson est un groupe parmi d'autres, qui s'est surtout signalé par sa reprise de Sweet Dreams et une certaine recherche esthétique. Mais avec cet album, le groupe fait son entrée dans le rock'nroll circus avec fracas. Enregistré à la Nouvelle-Orléans sous la houlette de Trent Reznor, Antichrist Superstar est une oeuvre radicale et élaborée avec minutie, dans des conditions dantesques.

Marilyn Manson ne sonne ni n'interpelle comme NIN contrairement à ce qu'on a pu lire parfois, et ce même si Reznor produit. En fait, le groupe nous livre une musique vicieuse, tout en déflagrations de guitares, avec une basse plus en avant, mais sans occulter un côté dépravé savamment entretenu. L'album donne à ressentir chaos et confusion à travers cette musique agressive, un son plutôt crade et saturé, parfois aussi poisseux que les bayous de Louisiane. Tout cela appuie le propos de Manson sur ce disque, opposant faibles et forts (le hit single Beautiful People), rejetant violemment le poids du religieux considéré comme source de faiblesse (The Reflecting God) et appelant à la mutation (Little Horn / Cryptorchid ). Avec ce disque, il veut s'élever et gagner les sommets et pour cela il a décidé d'aller le plus loin possible dans le nihilisme et la destruction afin de renaître, plus fort. Privations de sommeil et de nourriture, consommation de drogues et vagabondages sexuels, tout a était réuni pour mettre celui qu'on appelera bientôt le révérend dans un état émotionnel extrême. Son chant s'en ressent, particulièrement écorché et menaçant, tout comme ses lyrics, collection de métaphores tordues (en particulier sur Tourniquet). On trouve aussi sur ce disque quelques éléments surgis du passés et de l'enfance comme cette référence à son grand-père Jack et sa sexualité déglinguée pour Kinderfeld, ou à sa mère dans Cryptorchid.

De son passé et du ver qu'il était (Wormboy), Manson veut faire table rase pour devenir une superstar du rock (Deformography / Mr Superstar) et davantage, une figure quasi-mythique, un meneur de foules (Antichrist Superstar), appelant à la rebellion. Ange déchu, luciférien, il s'impose avec force comme le nouveau cauchemar de l'Amérique victime du fondamentalisme religieux. L'apathie dont Portrait of an American Family se faisait l'écho est ici violemment combattue. La manipulation, la perversion commerciale et morale, l'hypocrisie et la peur, tout ce qui asservit doit être abandonné. L'homme doit retrouver confiance en lui et se détourner de Dieu ("I went to God just to see, and I was looking at me"), mais il doit pour cela provoquer une apocalypse positive, détruire ce qui était pour reconstruire sous une forme meilleure. En ce sens, Manson reprend des pans entiers de la vision de Nietzsche, plus d'un siècle auparavant, avec une morgue et un aplomb rares. Il y incorpore des bribes issues de la kabbale ("when the boy is still a worm it's hard to learn the number seven") revient sur la philosophie pessimiste et douloureuse de Schopenhauer le temps notamment d'un morceau plus lent et oppressant (The Minute of Decay : "The minute that is born, it begins to die"). Bref, il ouvre le couvercle de sa boîte à idées pour un résultat furieusement sale et méchant, témoin dégénéré de son époque. L'album se conclue néanmoins avec la presque minimaliste Man That You Fear, étrange complainte qui à l'image de son clip, offre enfin un visage humain et fragile au groupe.

10 ans donc, Antichrist Superstar conserve le venin qui a fait sa renommée, et demeure pour beaucoup le meilleur album de Marilyn Manson. Véritable cri de victoire sur soi-même et appel au dépassement de soi, c'est aussi l'occasion de mesurer davantage combien un album de Marilyn Manson dépasse le simple cadre de la musique. Par son agressivité, l'esthétique soignée de ses clips, la violence des concerts qui l'accompagnent, Antichrist Superstar imposa Manson comme la nouvelle sensation rock/metal et l'ennemi public N.1 aux USA. Ce fut aussi le dernier effort commun avec Trent Reznor. Les deux frères devenus ennemis, semblables à Abel (Reznor) et Cain, ne pouvant trop longtemps cohabiter dans un tel marécage nauséeux, à l'image de l'antéchrist nietzschéen qu'était alors devenu Brian Warner.

A écouter : De faon arbitraire Beautiful People, Tourniquet, Deformography, The Reflecting God, Man That You Fear
12 / 20
47 commentaires (12.14/20).
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Smells like children ( 1995 )

A l'origine, Smells Like Children n'est pas un album, mais le maxi single de Dope Hats et ses remixes. Il sort finalement en temps que deuxième album, sorte de fourre-tout délirant où cohabitent remixes de morceaux de Portrait Of An American Family, interludes dégénérés et quelques morceaux inédits (en fait trois reprises).

Manson se présente sous l'apparence d'un Willy Wonka inquiétant sur la pochette et l'intro nous met dans l'ambiance d'un "album" azimuté. Les remixes sont une première entrée musicale pas inintéressante. Ils s'attaquent souvent sous une forme plus électro à Dope Hats (Diary Of A Dope Fiend, Dance Of The Dope Hats), Organ Grinder(Kiddie Grinder) et Cake & Sodomy (Everlasting C***sucker). Autour de ces remixes, on trouve des morceaux qui alimentent l'ambiance chaotique de Smells Like Children, à base de bribes d'interviews (on entend déjà nettement la référence à l'apocalypse poindre sur Sympathy For The Parents), de recommandations médicales, de bruits d'enfants, de faux ébats homosexuels sado-maso sur Fuck Frankie (en "hommage" à un ancien manager qui avait arnaqué le groupe de quelques milliers de dollars). C'est le disque d'un ado complètement allumé, un sale gosse mal élevé et vaguement énervé qui s'autoriserait toutes les plaisanteries potaches les plus débiles possibles.

Mais ce qui a fait l'intérêt du disque avant tout, c'est la reprise de Sweet Dreams de Eurythmics sous cette forme metal légèrement craspec et déchirée qui vaut au groupe de très nombreux passages sur MTV. Un morceau plutôt réussi qui parvient à éclipser l'original. Deux autres reprises s'ajoutent. Il s'agit de la très réussie I Put A Spell On You (de Screamin' Jay Hawkins) menaçante, lancinante et qui se retrouvera sur la BO de Lost Highway. Et puis, la controverse est une nouvelle fois alimentée avec ce très énergique Rock'n Roll Nigger (de Patti Smith)  qui vaut au groupe des accusations absurdes de racisme. Manson la jouera donc sur scène avec un ami noir, même dans les villes qui le lui interdisent. Ces trois très bonnes reprises hissent le disque vers le haut et lui évitent de n'être qu'un amas décousu d'idées tordues.

Smells Like Children n'est pas vraiment un disque, davantage le prolongement de Portrait Of An American Family de la façon la plus déjantée qui soit. Mais les trois reprises et quelques bons remixes qui surnagent dans ce marécage  en font le télescopage entre le monde "so spooky" d'un grand ado encore mal dégrossi et ses ambitions plus adultes sur fond d'enfance bizarre, de sexe déviant et de folie. 

A écouter : Sweet Dreams, I Put A Spell On You, Rock'n Roll Nigger
13 / 20
46 commentaires (15.66/20).
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Portrait of an American Familly ( 1994 )

En 1994, Marilyn Manson n'est encore qu'un petit groupe Californien auquel le grand manitou Reznor a donné sa chance. Il y a bien eu quelques concerts, des démos à la qualité discutable sous le nom de Marilyn Manson & The Spooky Kids, mais rien de bien notable, surtout pour un type aussi ambitieux que Manson.

Ce premier album produit par Trent Reznor (qui joue aussi de la guitare sur Lunchbox) ne permet pas non plus au groupe de décoller, mais n'en recèle pas moins quelques qualités. La pochette tout d'abord est une entrée directe dans cette petite chronique de l'amérique moyenne vue par Manson. Des parents obèses qui fument, une boucle de ceinture portant l'inscription "personne n'a jamais violé un 38 mm", un enfant mort, victime semble-t-il de maltraitances, un autre, adolescent au regard maléfique, une vraie petite famille dégénérée qui nous regarde comme dans un poste de télévision.

Le groupe se présente déjà comme rejeton d'une amérique dévoyée et s'emploie à détourner ses symboles. Cela peut être (déjà) la littérature enfantine de Roald Dahl et en particulier Charlie et la Chocolaterie. Prelude est ainsi la reprise d'une des chansons des Hoompas Loompas, les sbires de Willy Wonka, tandis que le clip de Dope Hats est une mise en image du voyage des enfants sur la rivière en chocolat. Cela passe aussi par une référence à Charles Manson à travers le "I am the god of fuck" de Cake & Sodomy, qui pastiche les perversités des croyants, et l'emprunt à sa chanson Mechanical Man pour My Monkey. On note aussi que le titre Get Your Gunn fait référence au Dr Gunn assassiné par des militants anti-avortements. L'enfance est bien présente jusqu'à ce featuring du jeune Robert Pierce sur Lunchbox qui n'est autre que la petite valise en métal où les enfants mettaient leur déjeuner, interdite durant les 80's car elle leur servait aussi d'arme pour se frapper. Le petit jeu des références et des images à déjà commencé...

Alors bien sûr, où en est la musique dans tout ça? Et bien on a affaire à un rock metal légèrement teinté d'indus, plus abouti que sur les démos qui ont précédé, parfois redoutablement efficace comme sur les morceaux les plus connus Lunchbox, Cake & Sodomy, Dope Hat ou Get Your Gunn. C'est évidemment une atmosphère menaçante qui prédomine, les lyrics sont autant de coups de surin dans la peau de la tendre Amérique, mais on est encore loin du groupe vraiment dérangeant qui se profile. L'album n'en est pas moins plutôt prometteur tant l'identité du groupe est déjà latente, des titres comme Dogma en témoignent. Il est à noter qu'à l'époque c'est Daisy Berkowitz, rappelons le co-fondateur de Marilyn Manson & The Spooky Kids, qui compose le plus au sein du groupe, et auquel on doit la plupart des riffs bien emballés de cet album, comme celui de Misery Machine.

On a là un album pas désagréable avec quelques titres entrés depuis dans la petite histoire du groupe, mais qui manque encore de folie et d'ambition, comme si le ver demeurait dans la pomme. Plus pour longtemps...

A écouter : Dope Hat, Lunchbox, Dogma