Biographie

M&T@L

Le trio [email protected] est né de la volonté du bassiste Laurent David, grand amateur de Metal, d'emmener sur ce terrain ses deux compères Maxime Zampieri (batterie) et Thomas Puybasset (Saxophone). Le nom du groupe signifie d'ailleurs "Maxime et Thomas chez Laurent". En découle un Jazz Rock sans guitare, mais capable de dégager une énergie impressionnante.

Laurent David a joué, sur scène ou en studio, avec Matthieu ChedidYael NaimDidier Lockwood ou Ibrahim Maalouf. Maxime Zampieri, membre du Magic Malik Orchestra, a également joué avec SixunSteve Coleman, Ibrahim Maalouf ou Yodelice. Thomas Puybasset, lui, a mis l'accent sur les collaborations avec des musiciens traditionnels du monde entier, travaillant notamment avec Gabriel PuentesLouis Sclavis ou Toumani Diabaté.

Le trio sort son premier album éponyme en 2014 avant de revenir en 2016 avec IK, consacré à Metallica. En 2017 sort Hurlant.

Photo peurduloup

Chroniques

Hurlant IK

Hurlant ( 2017 )

« Adapter » musicalement l’univers foisonnant et intrigant d’un magazine culte pour toute une génération de lecteurs était un pari ambitieux. Le mensuel Metal Hurlant a en effet, de 1975 à 1987 puis brièvement au début des années 2000, été un incontournable pour tous les fans de bande dessinée fantastique et de science-fiction. Les planches originales de Druillet, Moebius, Jodorowski, Tardi ou Bilal y côtoyaient chroniques de disques et critiques de polars ou de romans d’anticipation dans un joyeux foutoir mariant styles et points de vue parfois radicalement opposés. Il fallait donc au trio emmené par le bassiste Laurent David un certain esprit d’aventure et une capacité à se perdre dans les méandres d’univers parallèles pour toucher du doigt l’essence du mythe. Après avoir brillamment, sur IK (chroniqué ici), revisité et extrapolé certains des morceaux les plus emblématiques des géniteurs de Master of Puppets, [email protected] adopte ici une approche plus spontanée, arpentant un territoire à la frontière entre Jazz-Rock et Rock Progressif.

Si l’impression générale est celle d’un disque plus décousu que son prédécesseur, même si Hurlant aurait en fait dû sortir avant IK, la démarche prend tout son sens au regard de sa principale inspiration. De la même façon que le magazine pouvait nous faire voyager, d’une page à l’autre, d’un western galactique à une épopée mystique ou à un récit d’angoisse extrême, Hurlant est construit comme une succession de chapitres nous réservant chacun une expérience différente. Seul le fil rouge Univers parallèle, qui fait office de marque-page et nous ramène à l’idée de feuilleton, vient instiller un certain ordre au sein des 45 minutes d’un album qui se veut avant tout un hommage à un groupe d’auteurs résolus à conserver par-dessus tout leur indépendance et leur liberté. Le trio fait preuve d’une cohésion et d’une inventivité remarquables, gardant constamment vivante l’étincelle qui, à tout moment, peut faire partir leur musique dans une direction différente sur des morceaux clairement conçus pour muter une fois interprétés sur scène. La basse de Laurent David et le saxophone de Thomas Puybasset se succèdent, quand ils ne joignent pas leurs forces, pour faire vivre les mélodies. La batterie de Maxime Zampieri, jamais dans la démonstration, même lorsqu’il se livre à l’exercice du solo, tient l’ensemble et permet aux deux autres instruments de laisser libre cours à leurs envies, enrichissant leur son d’effets contribuant à donner davantage d’épaisseur à la musique du groupe.

Arzach et son ptéroïde invoque l’esprit de Jean Giraud (aka Moebius) pour un triptyque tour à tour planant et frénétique, s’achevant dans la contemplation de paysages dont on peine à appréhender l’existence réelle. Encyclopédie surréaliste, le Codex Seraphinianus s’incarne ici de façon plus accessible, au moins au début, avant que le morceau ne donne l’impression, dans le troisième mouvement, de dérailler, remettant en cause nos certitudes. Il faut ainsi rester constamment sur le qui-vive pour apprécier les trouvailles permanentes d’une formation à géométrie variable, comme sur Un léopard ne peut pas changer ses tâches, sur le deuxième mouvement duquel les trois musiciens s’abandonnent à une transe percussive. De cassures en décalages, le rythme devient une glaise modelée au gré de l’humeur, sans qu’aucun passage ne donne l’impression d’avoir été prémédité. Enregistré dans des conditions live, comme en témoignent les quelques voix entendues ici et là, Hurlant parvient, jusqu’au bout, à faire honneur à ceux qui ont un jour décidé que le neuvième art ne pouvait exister pleinement qu’en privilégiant la spontanéité. Abandonnant tout idéal de perfection, un chemin menant facilement à l’aseptisation, au profit d’un monde fait d’aspérités, de faux départs et de doutes, Metal Hurlant a changé la face de la bande dessinée contemporaine. Cet album nous le rappelle, au cas où nous l’ayons déjà oublié.

IK ( 2016 )

Reprendre Metallica sur la longueur d’un album n’est, à première vue, pas vraiment synonyme d’originalité et de prise de risque. Reprendre Metallica avec un trio de Jazz Rock, sans guitare, éveille une certaine curiosité. Reprendre Metallica sans vraiment le reprendre, en utilisant uniquement certains éléments de ses morceaux pour construire une musique inspirée et aventureuse, donne à IK un intérêt qui dépasse très largement celui du simple hommage. C’est là que se trouve le talent du bassiste Laurent David et de ses compères, le batteur Maxime Zampieri et le saxophoniste Thomas Puybasset, qui ont réussi à nous offrir un disque aussi surprenant qu’efficace, parvenant à créer une oeuvre qui se suffit presque à elle-même. Née des riffs forgés par le quatuor californien mais assez vivante pour les utiliser comme des catalyseurs plutôt que comme des références, la musique du trio synthétise deux styles qui ne sont pas si éloignés que cela, sans jamais céder à un quelconque cliché. Evidemment, la qualité technique des trois hommes s’impose rapidement à nous, mais jamais de façon gratuite. L’objectif de ce disque est d’emmener les morceaux originaux là où l’on n’aurait jamais pensé les voir, les débarrassant du cadre qui peut enfermer leurs auteurs et les faire un tant soit peu tourner en rond (j’imagine que vous avez écouté Harwired… To Self Destruct).

Musique improvisée par excellence, le Jazz n’a pourtant jamais hésité à piocher dans le répertoire d’une musique populaire très formatée, comme lorsque le saxophoniste John Coltrane métamorphosait, avant d'y mettre le feu, le My Favorite Things issu de La Mélodie du bonheur. Plus récemment, un pianiste comme Brad Mehldau n’a pas hésité à aller voir ce qu’il se passait du côté de Radiohead ou de Nirvana, donnant une relecture passionnante de titres pourtant passés dans le patrimoine musical mondial. C’est clairement cet état d’esprit qui a animé [email protected], qui a choisi de s’attaquer à des morceaux marquants, et pour la plupart anciens, du plus grand groupe de Thrash de l’histoire. Le recul pris par le trio par rapport aux titres originaux est flagrant dès Creeping Death, qui prend une direction quasi-méditative avant de laisser le volant à un groove qui vous fera tout autant headbanger que l’écoute du Live Shit : Binge&Purge. A base de ruptures et de contre-temps, M&[email protected] nous laisse ainsi constamment sur nos gardes, attentifs aux nombreux détails et trouvailles qui parsèment IK. Une inventivité qui se vérifie sur tous les morceaux, d’un flamboyant Master of Puppets à un Jump In The Fire dont le solo de basse inaugural mène à une leçon de groove imparable. 

Parfois méconnaissables pendant une très grande partie de leur durée (Seek and Destroy), les titres s’enchaînent, utilisant d’abord l’énergie de leurs modèles plutôt que leurs mélodies. Tiré du répertoire « récent » de Metallica, The Day That Never Comes dévoile une subtilité et une délicatesse presque émouvantes, avant de basculer dans une ambiance nettement plus pesante et oppressante. Car le trio maîtrise avec autant de brio les moments d’intimité que ceux de déchaînement, donnant l’impression de pouvoir s’exprimer dans tous les registres. L’un des grands moments de l’album, To Live Is To Die, en est l’exemple parfait, transformant le monumental morceau de …And Justice For All en un inquiétant voyage duquel on sortirait indemne, mais changé. Incontournable pour tous les bassistes fans de Metallica, comme c’est le cas de Laurent David, For Whom The Bell Tolls vient conclure IK avec la plus fidèle des relectures de ce disque. Comme un symbole de la nécessité, après avoir largement pris ses aises, de revenir s’abreuver à la source.