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Biographie
Lightning Bolt est né en 1995 à Providence suite à un projet artistique scolaire. Au départ constitué de 3 membres (chant, basse, batterie), Lightning Bolt s'est transformé en duo, abandonnant les cordes vocales au profit d'un style purement instrumental. La musique de Lightning Bolt se veut violente, bruitiste, déjanté et à l'opposé de toute vague hardcore ou noisy. Elle résulte tout simplement de la coopération de 2 musiciens totalement tarés à l'imagination débordante dont la grande passion est de jouer à même le sol au centre d'un public électrifié et lobotomisé.
Disons-le d'emblée : les réfractaires aux gesticulations grand-guignolesques de Lightning Bolt ne vireront pas leur cutie avec ce Oblivion Hunter. Absent de la scène depuis un Earthly Delights savoureux en 2009 (si l'on écarte un split drogué avec The Flaming Lips en 2011), le duo de Providence revient cette fois avec une collection de titres écrits et enregistrés en 2008 mais mixés en 2012. Rien de bien nouveau sous le soleil, donc, si ce n'est un best of représentatif de ce qu'a pu proposer le groupe depuis ses débuts tonitruants.
On y retrouvera donc sans surprise ces convulsions frénétiques auxquelles Lightning Bolt nous avait habitués. La basse de Brian Gibson, tantôt vrombissante, tantôt crissant sous les effets se fait le fer de lance de la déconstruction sonore, bien aidée par le pilonnage incessant de son compère à la batterie. Le duo vide ainsi de tout sens son propos pour n'en garder que la forme brute, sans compromis. Difficile en effet de voir dans les 13 minutes de "World Wobbly Wide" autre chose qu'une déambulation de plus, égarée sous LSD.
La question se pose tout de même : Lightning Bolt commencerait-il à tourner en rond malgré le capital sympathie dont le groupe jouit en ces pages ? Oblivion Hunter n'est clairement pas l'album vers lequel on se tournera lorsqu'on fera le tour de sa discographie. Non pas qu'il soit mauvais, c'est plutôt la pertinence de sa sortie que l'on remet en question. Le disque - court au demeurant - est un trait d'union entre Hypermagic Mountain et Earthly Delights, soit le chaînon manquant entre l'autisme noise des débuts et la sensibilité pop déstructurée du dernier album. En témoigne "Oblivion Balloon", qui réussirait presque à proposer une mélodie entre deux décharges de flammes. D'autres titres, "King Candy", "Fly Sucker Fly", auraient pu trouver leur place indifféremment dans l'un ou l'autre album.
On convient que reprocher à Lightning Bolt de remuer encore et toujours la même casserole c'est un comble dont on se passerait bien. De par sa personnalité intrinsèque, le duo n'a et n'aura de cesse que d'explorer les voies de sa Noise bien particulière. Libre à vous de passer, ou d'y goûter quand l'envie vous prend.
A écouter : Si on a le temps
Groupe à l'identité forte, Lightning Bolt marque les esprits depuis plusieurs albums en épuisant encore et toujours la même recette. En répétant inlassablement ses riffs, en les martelant à force d'exploits techniques, le duo noise s'est fait une place de choix, au milieu de la fosse. Et d'aller toujours plus loin, de sorties en sorties, dans l'expérimentation plus ou moins pertinente selon l'état d'esprit dans lequel on se place. Si Earthly Delights ne change pas fondamentalement la donne, il se révèle être cependant bourré de concessions et plus accessible que ses prédécesseurs.
Le ton est donné dès l'enchaînement des 4 premiers morceaux. Lightning Bolt revient, toujours en forme, basse grasse hypnotique et batterie incontrôlable. "Sound Guardians" et "Nation of Boar" mitraillent les oreilles de mélodies (dé)construites au tractopelle, sans préhension pour l'auditeur en mal de repères. Les morceaux sont denses mais courts et efficaces. C'était peut-être, au final, la meilleure transition avec ses précédents travaux que pouvait offrir le groupe avant d'affirmer la personnalité de cette sortie. A savoir, une structure audible et presque facilement repérable; aussi bien pour l'album en lui-même qu'à l'intérieur des pistes. "Colossus" surprend par l'espèce d'ossature qui en émerge, couplet / refrain, alors que le riffage et les percussions se font toujours plus lourds. "The Sublime Freak" est, à son tour, ce moment de solitude qui nous voit danser frénétiquement face au miroir (et en rythme, ce qui- pour du Math-rock- n'est pas forcément évident), conclusion logique de l'explosion du Colosse.
Earthly Delights prend un tour a fortiori mélodique, rock 'n roll même, qu'on ne connaissait pas à Lightning Bolt, même si on le soupçonnait très fortement auparavant ("S.O.S"). Le même ton est à l'oeuvre dans la parodique "Funny Farm", piste country démantelée sous amphétamines. Un décalage frais avant d'attaquer la dernière partie du disque. Et si ces variations se font dans un cadre propre à la musique du groupe, elles renouvellent suffisamment l'intérêt pour prêter l'oreille de manière soutenue durant 50 minutes. Avec, en conclusion, les 12 minutes "épiques-notiques" de "Transmissionary" qui vient boucler la boucle: un même riff joué jusqu'à l'extrême avec de discrets ajouts progressifs. Il ne s'agit plus de balancer la sauce dès le début pour n'avoir plus qu'à la faire recracher par tous les trous par l'auditeur (même si...), Lightning Bolt prend le temps de la faire monter et d'imprégner ses morceaux d'épices afin d'en donner un nouveau goût. Qui n'en est que plus piquant.
A écouter : Sound Guardians - Nation of Boar - Transmissionary
Après Ride The Skies, véritable électrochoc révélateur d'un talent singulier, la nouvelle production déglinguée du maléfique duo de Providence était attendue au tournant. Comme les frasques de ces deux là sont un vrai modèle de franchise et de spontanéité, autant leur emboiter le pas et dire sans attendre que Wonderfull Rainbow dépasse sans mal les espérances. Ces quelques rayons lumineux se révèlent être les témoins du passage d'une tempête sans précédent. Récit d'une catastrophe.
Avant toute chose, mettons les choses au clair ; la musique, ou plutôt le son démentiel de Lightning Bolt se subit plus que ce qu'il ne s'écoute. La basse et la batterie entrent littéralement en conflit et se livrent des assauts répétés, lourds, bruitistes jusqu'à épuisement. Brian torture sa basse, la fait vomir, lui extorque des sonorités poisseuses, à se demander si certaines ne sont pas issues de sampler (que neni mon brave). Brian (oui, l'autre) contre attaque via des rythmes d'une fureur et d'une violence démesurée, par des boucles enivrantes parsemées de points acides et acres. Se dessine un véritable champ de bataille qui prend toute son ampleur lors de leurs prestations scéniques particulièrement énergiques, à même le sol et au centre de la foule. Les deux démons sont alors tels deux prisonniers accusés à tort déployant la moindre étincelle d'énergie pour retrouver la liberté. On s'énerve, on trépigne, on bouge de manière désordonnée, on serre les dents pour s'en sortir et pour évacuer. Le profane rendra l'âme dès les premières minutes ou bien se bouchera les oreilles comme pour ne pas se confronter à la réalité. Les autres lèveront les bras au ciel, une larme au coin de l'oeil.
Comme d'habitude, les morceaux démarre sur les lignes simplistes et presque naïves jusqu'à ce que le pas soit franchi, le pas séparant la raison de la folie, le réel de l'imaginaire, le paradis de l'enfer. Lightning Bolt est définitivement un groupe terrifiant qui mérite bien le sacrifice d'une poignée de vos neurones.
A écouter : et à subir
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