Jusqu'au dernier souffle. Malgré la maladie qui le ronge. Henri De Toulouse-Lautrec consacre sa courte vie à la peinture et repousse les limites de l' impressionnisme classique. Le pinceau et la toile comme un palliatif aux frustrations d'une existence bridée. C'était en 1900.
Jusqu'à la dernière parcelle d'énergie. Malgré la désillusion et le désespoir. Lautrec se consume en éruptions instrumentales catalysées par Le Cri. Les guitares et le punk comme un remède aux destins dictés de force. C'est aujourd'hui.
Aux routes à sens unique, droites et sans surprises, Lautrec préfère les sentiers labyrinthiques, sauvages et embrumés. Catapultés loin devant par "Broken Strings", incroyable ouverture et hymne furieux, ces 8 morceaux se vivent comme un intense périple émotionnel. Lautrec sait peindre les frises tourmentées, le recueillement désemparé et les envolées pleines d'ardeur. Tout est là, tangible et vrai : Le cri malade et écorché, déclamé les tempes prises en étau par les deux mains ("Caypo"), les clameurs pleines d'enthousiasme, comme les spasmes vocaux mélancoliques émis sur "Modern Technology" et "Word Problems Mastered", qui renvoient inévitablement au tact sensible et au jeu tout en retenu de The Birds Are Spies, They Report To The Trees.
Lautrec est un équilibriste tiraillé entre les abysses et le ciel. Et c'est au fond du trou que les chicagoans trouve le Feu pour rebondir tout en haut, vers les cimes nimbées d'une lumière qui donne la force de se rassembler pour tout porter à bout de bras comme savent (parfaitement) le faire Comadre ou L'Antietam. Hand claps, back vocals et cadences infernales motorisées par un tempo tout en roulement communiquent l'envie de s'extirper des ronces et des sables mouvants. Aller de l'avant pour (se) construire.
Comme un lion indomptable, Lautrec n'écoute que son instinct. Une soif sauvage discernable par l'irascible besoin de gravir chaque pic émotionnel, des sommets liés entre eux par une approche très sonique des guitares et ce sens inné de l'arpège, cristallin et déposé comme des étincelles au creux de la nuit.
A écouter : Broken Strings - Caypo - Modern Technology