On n'ira pas jusqu'à dire que Viking est une nouvelle saga menée par un Erik le Rouge des Temps Modernes, mais il semblerait que Lars Frederiksen ait tout de même hérité de la partie la plus rock n'roll de ses glorieux ancêtres. Pour sa deuxième escapade hors de Rancid, il revitalise le vieux mythe Sex, Drugs and Rock n'roll que l'on croyait définitivement enfoui sous son avalanche de clichés depuis au moins une quinzaine d'années.
Lars Frederiksen & The Bastards naviguent dans les eaux d'un street punk à géométrie variable, un peu à la manière des Dropkick Murphys. Loin de se dérouler sur une même tendance linéaire, Viking alterne les émotions et illustre parfaitement l'art de sauter du coq à l'ane. Aux très classiques morceaux punk rock "Fight", "Streetwise Professor", au demeurant assez remuants, succèdent des titres carrément énervés tels que le monstrueux "Blind Ambition", "Skins Punx and Drunx" ou "Gods of War", ce dernier lorgnant assez nettement du côté de Suicidal Tendencies. La mandoline de Matt Freeman arriverait presque à nous arracher une larme sur "My Life to Live", ballade irlandaise dans laquelle la voix rauque de Frederiksen et celle d'Armstrong se livrent un mano à mano à faire palir d'envie Al Barr et Ken Casey des Murphys. Au passage Frederiksen prend le temps de rendre hommage à deux groupes ayant bercé son enfance, les mythiques Antinowhere League ("For You") et les Blasters ("Marie Marie") et en profite pour nous refourguer quelques vieilleries comme "Maggots" ou "Little Rude Girl", à l'origine écrites pour Rancid, mais n'ayant trouvé place sur aucun de leurs albums (on se demande bien pourquoi).
L'artwork est conforme à l'esprit évoqué en introduction. Le livret intérieur présente une série de clichés où Frederiksen apparaît avec des filles un poil dénudées dans des positions plus ou moins rock n' roll mais dont les parties intimes sont recouvertes d'un carré noir. On peut toujours critiquer le goût d'apparence douteuse du Viking. Toutefois, au delà de l'aspect esthétique,il est toujours déconcertant, voire même affligeant, de constater l'hypocrisie d'une société américaine qui autorise tous les extrêmismes, qu'ils soient religieux ou politiques, et hurle au scandale à la vue du moindre téton.
Au final, hormis l'atmosphère un tantinet désuète que certains pourraient détecter à l'écoute de l'album, il convient d'avouer que Viking tient relativement bien la route tant au niveau du son - la production est vraiment excellente - qu'au niveau de l'inspiration. Exploitant les multiples facettes du punk, Frederiksen réussit en partie à dresser un pont entre les fans des diverses tendances qui, du punk rock classique au hardcore, peuvent y trouver leur compte.
Télécharger : "Skins, Punx and Drunx", "1%"
A écouter : "Blind Ambition", "My Life to Live", "Gods of War"