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Biographie

Kyuss

  C’est au beau milieu du désert californien en 1990, plus précisément à Palm Desert, que quatre amis décident de conjuguer leurs talents afin de monter un groupe de rock. Il s’agit de John Garcia (chant), Josh Homme (guitare), Brant Bjork (batterie) et Chris Cockrell (basse).
  Un premier album sortira rapidement chez Black Highway Records sous le nom de Sons Of Kyuss, en référence au jeu de rôle Donjons Et Dragons dont les musiciens sont de fervents adeptes. Malgré un tirage limité à 1000 vinyls, le disque permet au groupe de parcourir bon nombre de clubs poussiéreux de sa région natale. Il est alors temps de passer aux choses sérieuses avec Wretch en 1991, album dont l’ambition est saluée à l’époque par la critique, mais qui ne trouve finalement pas son public.
  Afin de pallier au départ de Chris Cockrell quelques temps plus tard, Kyuss intègre un petit nouveau au poste de bassiste en la personne de Nick Oliveri. La carrière du groupe va alors basculer l’année suivante avec Blues For The Red Sun, album considéré comme fondateur d’un nouveau courant musical : le Stoner. Ce son groove si particulier alliant blues, rock, et doom hérité de Black Sabbath va se répandre ainsi comme un traînée de poudre, conduisant Kyuss à partager l’affiche en compagnie de groupes tels que Faith No More ou Metallica.
  Ne résistant pas aux sirènes du punk de The Dwarves (et plus tard de son propre groupe Mondo Generator, basé sur un titre qu'il a composé chez Kyuss) Nick Oliveri va laisser sa place à Scott Reeder, géant barbu aux pieds nus ayant officié au sein du groupe de doom The Obsessed. En 1994, Welcome To Sky Valley viendra asseoir définitivement la popularité de Kyuss au point que tous les festivals s’arrachent leur venue. Les tournées à rallonge vont se succéder, tout comme les tensions internes, jusqu’à ce que Brant Bjork décide de quitter le navire afin de gagner les rangs de Fu Manchu. Alfredo Hernandez assurera l’intérim sur les dernières dates de la tournée, et sur ce qui allait constituer le dernier effet discographique des californiens en 1995 : …And The Circus Leaves Town. Titre on ne peut plus prémonitoire, puisque Kyuss se sépare en 1996 à l’initiative de Josh Homme, laissant au passage un héritage des plus conséquents aux générations/groupes qui suivront.
  L’appétit musical de nos pionniers est cependant loin d’être rassasié. Josh Homme fondera les Queens Of The Stone Age en compagnie de Nick Oliveri, avec la carrière florissante qu’on leur connaît (à noter que les derniers titres composés par le combo seront réunis sur un split en compagnie des QOTSA en 1997). Quant à John Garcia, il restera plus proche de l’esprit originel du Stoner en fondant Unida aux côtés de Scott Reeder, ou encore Hermano plus récemment. Brant Bjork cessera, de son côté, ses activités chez Fu Manchu pour se lancer dans une carrière solo et diverses collaborations.

Chronique

19 / 20
32 commentaires (19.25/20).
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Welcome To Sky Valley ( 1994 )

  Toi Bob, t’es pas d’ici. Je l’ai su dès l’instant où t’as débarqué, avec tes pompes qui ont connu la poussière comme mon arrière-train les travées de velours d’un opéra berlinois. Cependant, laisses moi te dire une bonne chose, Bob. On n’atterrit pas ici par hasard. Avant que tu ne commettes l’irréparable en t’aventurant, avec toute ton inconscience, dans les environs, tu dois impérativement connaître deux ou trois choses.
  A Sky Valley, vieux, on est épris de liberté. Mais je te le dis illico, on n’est pas dans une errance rimbaldienne d’adolescent terminal, ou même un road trip "neuro-beatnik" à la Kerouac. Ici, on la gagne à la sueur torrentielle de son front cramé. C’est un combat, dans lequel on donne tout pour ne pas succomber à l’hostilité du désert combinée à la menace omniprésente de l’ennui. Malgré tout, on a aussi nos héros. Il faut que je te parle de ces gars-là à tout prix, eux qui ont su fédérer sous une seule bannière rock, celle de Kyuss, les messages des figures historiques des sacro-saintes années 70.

  On a coutume de dire que du moment où ces quatre cavaliers de la Sécheresse sont réunis, alors tu sais le désert. Dans toute sa splendeur et sa dangerosité corollaire. C’est simple Bob, ils t’embarquent dans un trip où le sable ne te caresse pas comme celui que l’on trouve, blanc, sous les tropiques. Celui-là est plutôt du genre à égratigner tes joues lisses de gros bébé urbain comme il a entamé, avec le temps, les parois rocheuses des quelques massifs égarés.
  Avec eux, c’est pied au plancher de l’aube au crépuscule, autant que tu sois au courant. C’est le style de la maison, que l’on soit par moments en conduite sport à l’adrénaline "punk-rockisante" ou que l’on use, sur la plupart des titres, de ce groove de crotale comme eux seuls savent les lâcher. Ce groove ultime qui fait remuer les tignasses comme le reptile son excroissance-sonnette, avec parfois le même côté fatal tant la maîtrise du riff paraît instinctive et animale.
  Enfin, quand on a vaincu le jour et ses morsures brûlantes, alors le bivouac Space Cadet troque les armes électriques et guerrières pour l’acoustique chamanique. Le défi est à présent lancé à la vaste vallée bleu-noir surplombant les têtes brûlées, au sens propre comme au figuré, maintenant apaisées par les volutes de fumée d’un foyer de fortune mêlées à celles de substances sauvages…avant que tout ne recommence dès le lever du soleil.

  Mais je te rassure tout de suite Bob, chacun a son rôle à jouer dans cette équipée. Sans exceptions. Et le premier d’entre ces loups, c’est John Garcia. Un blues rocailleux et irrésistible encastré dans la gorge. Je te le mets dans le mille : qui s’y frotte s’y pique ; un peu comme ces silhouettes d’épouvantails épineuses et vertes hantant les plaines de l’Arizona.
  Josh Homme, lui, avec sa guitare et son ampli basse, se plaît à faire de chaque riff un rugissement mécanique submergé de Diesel quand les notes ne dévalent pas le manche comme un éboulement dans la Sierra. A plein régime, çà a la puissance effrayante d’un troupeau de semi-remorques lancés comme des buffles.
  Puis il y a les quatre cordes de Scott Reeder, ce gaillard semblant être le seul rescapé de l’épopée ancienne d’Erik Le Rouge vers l’Amérique. Un géant blond bâti pour la glace, perdu en terre aride au point de devoir s’adapter en une sorte de berserker viking qui aurait finalement acquis le feeling rythmique d’un vieux sudiste aveugle.
  Quant à Brant Björk, ne t’avises surtout pas de sous-estimer son jeu derrière les fûts. S’il peut draguer le cobra, il est capable ensuite de faire passer n’importe quelle cavalcade en Ford Mustang pour une ballade de retraités en 2 CV.

  Maintenant Bob, tu sais tout de ce qui t’attend ici. Tu ne pourras décemment pas dire qu’on ne t’a pas prévenu de l’ambiance. Dès lors, tu as le choix. Tu peux gentiment rebrousser chemin et retrouver les garages exigus et/ou humides d’où sort la majorité de ton rock. Mais si tu décides en ton âme et conscience de tenter l’aventure, alors il ne me restera plus qu’à te dire du fond du cœur, et œil dans les yeux : "Welcome to Sky Valley".

A écouter : la frache