Ce disque questionne. Déjà quand on tombe sur un artwork réalisé par John Baizley (pour mémoire le guitariste / chanteur de Baroness et l'auteur des pochettes de Torche, Kylesa, Pig Destroyer...) et que c'est Kurt Ballou (Converge) à la prod', il y a de quoi être étonné et classer Kvelertak dans la (très longue) liste des choses à écouter. Puis on s'informe un peu et on voit que les Norvégiens sont censés mêler Punk-Hardcore et Black-Metal, deux genres qu'on n'aurait jamais pensé voir dans une seule phrase. Ni une, ni deux, ça m'intrigue tellement que le disque est aussitôt dans le lecteur.
On connaissait déjà quelques groupes qui aiment ne pas faire comme les autres et confronter les genres. Rappelez-vous de Cobalt et Altar Of Plagues, dont on parlait en ces pages, qui n'étaient ni tout à fait Black-Metal ni tout à fait Postcore. Là, c'est encore la même histoire, sauf que Kvelertak attaque la chose sous un autre angle avec du Punk-Hardcore burné et super rock'n roll au lieu de parties atmosphériques / planantes. Le riffing bascule donc tantôt dans le tremolo Black classique ou dissonant (Utrydd Dei Svake) tantôt dans de power chord catchy as fuck et pour les vocalises (dans leur langue d'origine), c'est également la même chose, avec des oscillations entre Black et chant Hardcore. Deux genres différents qui amènent l'apparition de deux personnes que tout oppose avec Ulvhedin Hoest (Taake) qui vient préter sa voix glaciale sur l'excellent morceau d'ouverture Ulvetid et Ryan McKenney (Trap Them) sur le très bon Offernatt.
Mais Kvelertak n'est ni tout à fait Punk ni tout à fait Metal. D'ailleurs quand on sait que Kvelertak signifie mainmise en français, on comprend que les Norvégiens vont se faire plaisir à bouffer à tous les râteliers en balançant des sonorités Heavy, Rock, Stoner à tout bout de champ. Ca parait complètement infâme sur le papier et pourtant c'est diablement bien branlé, énergique et complètement entrainant. On pensera par exemple à Satyricon pour le côté Black'n roll, à I pour les passages Heavy, à Turbonegro pour l'énergie Punk, à Baroness qui doit être une grande influence des Norvégiens, aux disques de Rock 70 qu'ils ont dû s'envoyer par centaines... Stop! On pourrait trouver des dizaines de références dans Kvelertak, mais l'important c'est que leur signature sonore est tellement unique que les comparaisons disparaissent presque immédiatement à l'écoute pour se laisser embarquer dans ces intenses cinquante minutes.
Pour marier du Punk-Hardcore, du Black-Metal, et bien plus encore, il n'y avait qu'un pas que peu (aucun?) avait encore franchi jusqu'alors. C'est donc chose faite avec ce disque éponyme de Kvelertak. Osé, mais surtout très accessible car blindé de mélodies et de refrains de salopards (Sjøhyenar (Havets Herrer)), c'est le genre de skeud qui tournera en boucle dans la platine cet été, parce que rafraichissant, et fourni d'un paquet de titres efficaces au groove imparable. On ne demande pas mieux pour les vacances.
A écouter : fuck yeah!