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Biographie

Krallice

Formé à New-York en 2007 autour de deux des plus véloces et barrés virtuoses guitaristes de l'univers Metal, Colin Marston (Dysrhythmia, Behold... The Arctopus, Gorguts) et Mick Barr (Orthrelm, Ocrilim), Krallice est un projet à base Black Metal offrant l'une de ses formes les plus cérébrales, avec une musique dense et opaque. Avec le recrutement de Lev Weinstein à la batterie, un premier album éponyme sort chez Profound Lore Records en 2008. Peut après, Nick McMaster rejoint le combo à la basse pour enregistrer Dimensional Bleedthrough et pour lequel il réalise également certains artworks.
Krallice sort un troisième album en 2011, Diotima, et Years Past Matter en 2012, tout en perfectionnant à chaque sortie son approche particulière du Black Metal. Le groupe se fait néanmoins plus discret pendant quelques années avant de revenir avec Ygg Huur en 2015, Prelapsarian en 2016 et deux albums en 2017 : Loüm (enregistré avec le bassiste Dave Edwardson de Neurosis) et Go Be Forgotten.

Chronique

15 / 20
1 commentaire (15/20).
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Dimensional Bleedthrough ( 2009 )

Superband improbable de l’undeground réunissant quelques cortex nord-est américains parmi les plus en quête de tarabiscotage musical et intellectualisations outrancièrement jusqu’auboutistes - on compte notamment les inévitables Mick Barr (Angelblood, Orthrelm, the Flying Luttenbachers,…) et Colin Marston (Gorguts, Behold…the Arctopus, Dysrythmia, …) -, Krallice avait déjà agréablement surpris avec son premier album proposant un black metal lorgnant bien loin, auto-contemplatif et massif en virées capilotractées, quelques générations après des Ved Buens Ende ou Virus théoriciens de l’après, dont ils héritent du côté imposant et progressif en conservant un sens de l’esthétique aux racines norvégiennes inévitables.

Krallice pratique donc quand on y regarde de plus près un black metal intello, une musique mastoque qui même si elle revêt de prime abord une forme proche de banalités rabâchées inlassablement par des hordes de soldats prêts à mourir pour leur scène, est en réalité tout un concept surchargé et simpliste (mais pas simple d’accès) dès qu’identifié. Et si l’on connait bien des manières de pratiquer un black metal estampillé intello (ou abscons si vous préférez), Krallice se paie surtout le luxe de le pratiquer les trippes à l’air, le headbang menant la danse au sein de pièces où les interminables mélodies simplistes et puissantes ne sont épiques que dans des virées urbaines et sales, omniprésentes en agonies gerbantes de tristesse, dénuées de chevauchées héroïques clichesques que Krallice a le bon goût d’éviter, gagnant là une force rare, et une singularité donnant à sa violence mélodique une beauté citadine post-moderne, loin des forêts et des enregistrements volontairement rachitiques et sales, dont bon nombre d’exemples prennent la poussière dans nos discothèques.

C’est d’ailleurs toujours là le point fort de Krallice sur son deuxième album, le travail de Mick Barr et Colin Marston sur les arrangements de leurs parties de guitare se révèle être déroutant, gigantesque puzzle sans repère visible en vie perpétuellement glissante. La mélodie à la Krallice évolue sans cesse, ne regardant jamais derrière. Minimalistes et redondantes, assemblées en contrepoints subtils, croisant les intervalles tonaux, elles en deviennent complètement opaques, impossibles à mémoriser, proches les unes des autres, entre cavalcades et maladifs acharnements sur quelques notes, pratiquant une sobriété grinçante donnant à Dimensional Bleedthrough une ampleur élitiste entre obsécration raw-black et dissonances post-mélodiques aux limites du supportable, et cérébralité usante de monomanie répétitive. Car outre les parties mélodiques, la base rythmique de Krallice, bien qu’alternant les plans et breaks peu convenus (black metal s’entend), avance vélocement, fière et puissante sans arrêt ni répit, martelant blast-beats, us connus et arythmies si discrètes que difficilement discernables dans un ensemble si massif, d’autant que la voix tient à peu près le même rôle, obsédante entre son référentiel post-lutin maléfique enfilant fièrement un hurleur de screamo en pleurs fatals.

Plus abouti, plus précis dans ce qu’est la recette de Krallice, Dimensional Bleedthrough reste dans la définition et la mise en place de celle-ci. Obsédant, entre abjection et attirance illuminée vers un mode de construction mélodique original, il se révèle étrange dans le paysage actuel du black metal, finalement assez éloigné de ce qu’est le black metal et assez proche des autres projets de ses têtes pensantes.

A écouter : pour auditeurs avertis.