On croyait les termes "emo" + "rock" définitivement perdus aux mièvreries de groupes Etats-Uniens insipides et clonés en série, mais Kiss Kiss vient secouer un peu tout ça. Forts d'une culture et d'une formation musicales manifestement variées, ils continuent après un EP prometteur, à se forger une identité intrigante.
Autant le mentionner d'emblée de chronique, ce qui fait en (grande) partie l'intérêt de Kiss Kiss c'est un violon omniprésent et peu conventionnel: oubliez les cordes larmoyantes, on parle ici d'influences classico-symphoniques "Iris and Eve", "Satellite") mais aussi et surtout tzigano-slaves ("Dress Up", "Machines", "The Cats In Your House") voire orientales. Et quand viennent en renfort de ce fauteur de trouble des claviers étranges, ça débouche souvent sur un joyeux bordel créatif.
Il faut encore ajouter à ceci le goût de ces messieurs et de cette dame pour des passages barrés et tordus qui déboulent de nulle part dans les morceaux; ou encore le chant parfois schizophrénique de Joshua Benash, un peu à la manière d'un Gerard Way dans sa façon de passer subitement du clair, mélodique et pur, à des vocalises plus écorchées.
Kiss Kiss a par ailleurs hérité du sens de la mise en scène théâtrale et du grandiloquent que My Chemical Romance avait déjà emprunté à Queen (il suffit d'écouter le single "Satellite" pour s'en convaincre), mais qui est ici plus exacerbé. Ce Reality vs the Optimist prend de ce fait des allures de bande son d'une comédie musicale (avec option cabaret sur morceaux choisis), tout en prenant soin d'agrémenter cette exubérance d'une atmosphère généralement angoissante, grâce aux ruptures dissonantes et aux instruments évoqués plus haut.
Pour être plus clair, en résumé, le quintet s'efforce indéniablement de ne pas tomber dans la banalité et ne souhaite pas s'éterniser sur ses rares parties ouvertement mélodiques (comprendre la paire de singles que sont "Satellite" et "Vagabond" - cette dernière n'étant d'ailleurs réellement accessible que sur sa première moitié).
La volupté et l'imagination débordante des résidents de l'Etat de New York ont cependant un prix puisque la sensation d'éparpillement un tantinet abscons peut rebuter, surtout lors des premières écoutes. Les moins aguerris devront donc en passer par la persévérance pour apprécier, ou pas, la vivacité et la richesse d'un album qui pourrait éventuellement séduire ceux et celles déçu(e)s par le Black Parade de My Chemical Romance, ou encore les amateurs du remarquable Oliver Under the Moon de Pistolita.
Impossible cependant de ne pas finir sur une note négative en évoquant l'escroquerie constituée par la présence de 3 pistes 'fantôme' de quelques secondes qui servent juste de transition inter-morceaux, qui n'ont rien de musical, et qui auraient très bien pu être collées en début ou fin de morceau (et qui leur vaut un bon demi point en moins, c'est pas cher payé). Attention donc, ce disque contient 9 chansons et pas 12.
A écouter : "Dress Up" ; "Machines" ; "The Cats In Your House"