Avec Our Map to the Winter Olympics, Kira Kira reprend là où Múm s'est arrêté, en 2004, avec Summer Make Good. Alors que ses compatriotes, amputés des jumelles Valtýsdóttir qui constituaient l'âme du groupe, se perdent en 2006 avec un fade Go Go Smear the Poison Ivy, dénué de cette substance ingénue qui était leur coeur, Kira Kira reprend le fil de l'electronica islandais, tissant une toile aux couleurs pastels, emplie de naïveté enfantine.
Comme un éveil au monde, Our Map... démarre timidement, balbutiant ses notes, mélange abstrait en guise de premiers ébats. Kira Kira installe son ambiance sonore, jouant avec ses instruments comme un enfant découvre ses jouets. Alliages de sons (Happahrolfur Salisu), envolées organiques (glockenspiel, trompette, guitare acoustique, ...) au milieu d'une electronica sautillante (Beach Box Disasters), les mélodies de l'islandaise renvoient aux premiers pas, à l'apprentissage des sens, quand tout s'irise dans une bulle cotonneuse. Langt I Burtu Bua Vinir colorie, 7 minutes durant, une carte aux sonorités musicales variées et délicates allant même jusqu'à dessiner, ci et là, quelques estampes japonaises sur son chemin, issues des expériences précédentes de l'artiste.
Aux airs cristallins, s'ajoute alors parfois, comme sur One Eyed Waltz, chuchotante, la voix de Kristín Björk, malicieuse et enfantine, si semblable à celle de Kristín Anna Valtýsdóttir (Múm). Nostalgie d'une enfance perdue, ce précieux moment où tout est étranger, où la conscience s'éveille. Lent glissement dans des bras rassurants. En berceuse.
Il serait facile de n'entendre ici qu'une redite de l'ex-quartet islandais comme si Our Map to the Monster Olympics n'était que le prolongement impersonnel d'un héritage qui s'est oublié en chemin. Plus que tout ça, Kira Kira joue avec une déconcertante sincérité, ouvrant des parenthèses délicates, échos fragiles de ces moments oubliés où n'existait rien d'autre que l'innocence de la naïveté.
Des notes qui timidement résonnent. Un mélange arc-en-ciel qui éblouit. Un nouveau-né qui sourit.
A écouter : Langt I Burtu Bua Vinir - Happahrolfur Salisu - Beach Box Disasters