"The bridge is firewood ; it lacks its own support
The water is ocean-spit ; the reflection is your ghost.
The ripples are consequence, the hammer blows of hope"
Kaddish est une entité artistique mouvante – expansive et dense -, qui mêle poésie, philosophie, esthétisme et musique dans une seule et même énonciation. La figure d’un post-nietzschéisme moderne incarnée dans un des modes d’expression les plus puissants qu’il soit : le cri.
En 2007, la Demo du groupe écossais avait ébranlé l’armure de tous les cavaliers du screamo. Avec ce Self-Titled, il la pulvérise, rend obligatoire le dépôt des armes et force lèvres et poussières à rentrer en contact. Place est faite à la barbarie. Car Kaddish est une secousse âcre et sauvage. Une onde de choc qui se propage le long de dix titres à l’inspiration dévastatrice et à l’énergie surnaturelle ; avec pour modèle son artwork – magnifique –, à coup de guitares-marteaux, et de mélodies invraisemblables qui clouent l’espace, le transfigurent et lui donnent l’apparence du souffre et de l’apocalypse ("A certain blindness", "The Sea. A Reckless Dream"). Ainsi, tandis que la plupart des groupes du genre s’engluent actuellement dans des chemins battus et rabattus cent fois, le quatuor bâtit ses propres ponts et donne une nouvelle identité au hardcore émotionnel. En abolissant la distance.
Alors, sans rien perdre de sa finesse compositrice (1m41 de "Forget The Knights of Faith"), Kaddish exécute ici un pas supplémentaire vers l’accaparement de la puissance sonore, multipliant les plans dantesques où la guitare de Dom fracasse les linéarités, mord dans les jonctions de phrases et déboulonne les anciennes structures immuables ("...There Grows the Hours’ Ladder to the sun" et son break/ ralentissement/spoken word). Comme une pluie de pavés. Une irruption de fureur. La mutation de la voix de Mark participe à cette manifestation accrue de violence. Plus haineuse ("In Dialogue"), plus écorchée, avec des lames d’acier dans le larynx (en attestent les nouvelles versions de "Sans doute" et "The Great Appart", déjà présents sur la Demo et toujours aussi monumentales), qui alternent hurlements venimeux et décrochements hystériques ("Long vigilance ; Walking Life"), tout en se débattant avec les draps crépusculaires tendus par une basse à la note sombre et mélancolique (1m22 de "A Book Into Himself").
Laissant l'auditeur à bout de souffle, otage de son étourdissement, Kaddish dit :Il n’y a rien à déplorer, ni personne à implorer. Il dit aussi qu’il n’y a pas de monde hors de notre représentation et de notre volonté. Et il signe cette proclamation par un des meilleurs disques de screamo que le vieux continent ait enfanté. Désormais, le "Kaddish" n’est plus une prière pour les morts, il est un acte de création, car le groupe de Dundee, avec cet opus, vient d’acquérir un pouvoir unique ; celui de faire qu’avec lui, par lui et depuis lui, les choses ne sont, et ne seront, plus pareilles.
A écouter : Ceci est plus que de la musique