A une époque, les groupes qu’on aimait (ou qu’on détestait) avait tous un numéro dans leur nom (Blink 182, Sum 41, Catch22, Inspection12…) ou commençait par The (The Clash, The Kills, The Hives, The Living End, The International Noise Conspiracy, The Libertines…). C’était tellement plus rock (ou pas)!
En France, la nouvelle vague punk-rock "Salut, on chante en français" déboule avec ses « prénoms », et le label Guerilla Asso en est presque le parangon avec son roster (Dolores Riposte, Charly Fiasco, Diego Pallavas, Fred Fresh, Nina’School…) et Justin(e) se glisse délicatement sur le haut du tas de linge propre.
Dès la première écoute du nouvel opus, on se dit que Justin(e) est passé à la vitesse supérieure, un peu à l’image d’un Robert (Pirès) à qui l’on aurait demandé de muscler son jeu, sans quoi il resterait un joueur (un groupe), destiné au ventre mou du football (du punk-rock). Le résultat est étonnant, l’album est enregistré au DrudenHaus Studio par le "dieu vivant" (sic) Neb Xort (clavier d'Anorexia Nervosa). Quinze titres qui dépassent rarement les 2min30, et une tripotée de morceaux de bravoure : "Festen" est juste hystériquement bonne. A la fois mélancolique et puissante, une histoire comme seule Justin(e) sait les raconter, avec les arguments du frère, plutôt que celui du père. "Vie de Merde" nous emmène dans les travers de la société de consommation. Ford avait bien prévenu "Nous ne fabriquons pas des voitures, nous vendons des voitures", ça change tout, quand on y regarde de près, des hauts salaires ? Certainement pas. Cette « belle bonne grosse vie de merde » est narrée sur des airs pop punk avec un featuring du vosgien BatBat (Diego Pallavas). "De l'indirect et des mots d'ordre" et "Hors Sujet" envoient la grosse sauce, et déclinent la recette de Guerilla Poubelle.
Ce qui est attachant chez Justin(e), c’est la manière dont les mots se suivent, comment les mots s’entremêlent, des mots qu’on s’étonne de trouver ici ou là, sautillant en rythme sur les grosses cordes de basse ou sur la petite caisse claire, conservant toujours différent niveaux de lecture. Et même si les textes sont riches et bourrés de références ("Hors Sujet" en est le parangon, alignant des privatejoke particulièrement absconses, mais drôle), les garçons sont clairement attachés à certaines valeurs dites de "gauche" (souvenez-vous) et abordent des questions (pas aisées) de classe, de race, les âmes corporatistes, la rentière qui ne rencontrera jamais l’ouvrière, aussi sûr que le fils du pauvre n’épousera pas la jeune bourgeoise, les enclos magiques du capital, les systèmes d’exploitation, bref pas mal de choses qui ont à voir avec les plus haïssables excès de notre société de consommation contemporaine en même temps qu’ils ont à voir avec le « Biopouvoir », « la société de contrôle » et le « Surveiller et Punir » de l’autre Foucault…, moins médiatique, mais plus intéressant, Michel.
Les petits L(o)U(ps) sont également fan de foot. Tâclant Tony Vairelles, ironisant sur le PSG, on a droit à un vibrant hommage à Jean-Claude Suaudeau (ex-entraîneur mythique du FC Nantes) sur la chanson éponyme.
Bref, ce nouvel opus de Justin(e) est d’une grande clarté, avec beaucoup d’excellent moments, et le combo semble bien prêt à continuer son indéfectible marche en avant, car ceux qui avaient eu la bonne idée d'écouter leur premier album savaient que Justin(e) deviendrait grand et beau.
A écouter : Festen