Biographie

Justin(e)

Justin(e) est plus ou moins un quatuor punk-rock né en 2002, revival fantasque d’une scène nantaise naviguant à vue entre les Zab (comprendre Zabriskie Point) de la côte ouest française, et un côté pop punk west coast à la Green Day, des ohoh aux relents rancidien et une pincée de foutu riff à-la-Nofx. Le tout dans la langue de François Bégaudeau.
Deux démos, un live pourri et un premier album de très bonne facture Du Pareil au même, sortie en 2006 via Crash Disques et Guerilla Asso. Fin 2008 ils sortent leur excellent second album, Accident N°7.

16 / 20
5 commentaires (14.1/20).
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Treillières Über Alles ( 2011 )

Un discret "Bonjour" et ça démarre. Justin(e) rentre dans le ton, "Treillères Uber Alles", en référence à peine voilée aux Dead Kennedys et "California Uber Alles". Pourtant, Justin(e) se la joue 100% frenchy avec un artwork en pur hommage aux albums Panini des années 80, allant jusqu'à fournir de magnifiques vignettes à collectionner avec ce 3ème jet. On l'avait déjà deviné, le foot est un élément important pour le quatuor, mais pas que. Vient aussi le sexe ("Quelque chose entre", avec une approche beaucoup plus sérieuse que celle à laquelle on pourrait s'attendre), une simple chanson sur la Seine et Marne ("BB 77", rien à voir avec Brigitte) et la société actuelle.
En effet, Justin(e) sait aussi aller vers de choses plus profondes comme ils l'avaient déjà montrés sur Accident n°7 : "Tosquelles 1912-1994" (du nom du psychiatre Catalan), "Kronstadt" (ville du nord de la Russie liée à une révolution de 1921), "La chanson du lait" qui conte le quotidien des producteurs de Lait ou l'époustouflant "A.A", dont une seule phrase peut résumer la pensée ("Quelle joie de tous vous détruire / De réduire à néant tout ce qui me sépare de vous"). Justin(e) n'est donc pas qu'un groupe qui sait jouer sur la passion ou le léger, mais aussi sur des choses plus terre-à-terre.

On pourrait voir Justin(e) comme un simple groupe de Punk Rock qui s'oublie rapidement une fois l'écoute terminée mais il n'en est rien. En sont coupables des titres qui restent facilement en mémoire, avec quelques refrains marquants et rarement plus de 2"30 par morceau. "AA", "Une Ode à la Mort", "Rome", "Les Momes Tristes", … C'est bête mais à chaque fois, on se dit "Celui-ci est énorme !", et les mots reviennent au morceau suivant. Si toutefois je ne devais en garder qu'un, "Rome" mettrait un beau K.O. au reste de Treillères Uber Alles, autant par la profondeur des paroles que la partie instrumentale.
Justin(e), punk intelligent ? Et ouais ! C'était déjà le cas sur Du Pareil au Même et Accident N°7, même si on s'attend en l'apparence à des textes plus potaches (parce que bon, il y a quand même un bout de Poésie Zéro et un de Ultra Vomit). C'est idiot de partir sur ce sentiment là, surtout qu'au final les musiciens ne se limitent - heureusement - pas au trio maintes fois béni bière/foot/party.

Accident n°7 montrait que Justin(e) était devenu grand et beau. Treillères Uber Alles a fait disparaitre les quelques boutons d'acné qui restaient discrètement dissimulés pour un disque qui sonne beaucoup plus adulte. Mais au fait, je vous ai dit d'écouter "Une Ode à la Mort" ? Vous devriez, cela vous irai à ravir.

A écouter : A.A - Une Ode à la Mort
15 / 20
5 commentaires (16.2/20).
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Accident N°7 ( 2008 )

A une époque, les groupes qu’on aimait (ou qu’on détestait) avait tous un numéro dans leur nom (Blink 182, Sum 41, Catch22, Inspection12…) ou commençait par The (The Clash, The Kills, The Hives, The Living End, The International Noise Conspiracy, The Libertines…). C’était tellement plus rock (ou pas)!


En France, la nouvelle vague punk-rock "Salut, on chante en français" déboule avec ses « prénoms », et le label Guerilla Asso en est presque le parangon avec son roster (Dolores Riposte, Charly Fiasco, Diego Pallavas, Fred Fresh, Nina’School…) et Justin(e) se glisse délicatement sur le haut du tas de linge propre.
Dès la première écoute du nouvel opus, on se dit que Justin(e) est passé à la vitesse supérieure, un peu à l’image d’un Robert (Pirès) à qui l’on aurait demandé de muscler son jeu, sans quoi il resterait un joueur (un groupe), destiné au ventre mou du football (du punk-rock). Le résultat est étonnant, l’album est enregistré au DrudenHaus Studio par le "dieu vivant" (sic) Neb Xort (clavier d'Anorexia Nervosa). Quinze titres qui dépassent rarement les 2min30, et une tripotée de morceaux de bravoure : "Festen" est juste hystériquement bonne. A la fois mélancolique et puissante, une histoire comme seule Justin(e) sait les raconter, avec les arguments du frère, plutôt que celui du père. "Vie de Merde" nous emmène dans les travers de la société de consommation. Ford avait bien prévenu "Nous ne fabriquons pas des voitures, nous vendons des voitures", ça change tout, quand on y regarde de près, des hauts salaires ? Certainement pas. Cette « belle bonne grosse vie de merde » est narrée sur des airs pop punk avec un featuring du vosgien BatBat (Diego Pallavas). "De l'indirect et des mots d'ordre" et "Hors Sujet" envoient la grosse sauce, et déclinent la recette de Guerilla Poubelle.
Ce qui est attachant chez Justin(e), c’est la manière dont les mots se suivent, comment les mots s’entremêlent, des mots qu’on s’étonne de trouver ici ou là, sautillant en rythme sur les grosses cordes de basse ou sur la petite caisse claire, conservant toujours différent niveaux de lecture. Et même si les textes sont riches et bourrés de références ("Hors Sujet" en est le parangon, alignant des privatejoke particulièrement absconses, mais drôle), les garçons sont clairement attachés à certaines valeurs dites de "gauche" (souvenez-vous) et abordent des questions (pas aisées) de classe, de race, les âmes corporatistes, la rentière qui ne rencontrera jamais l’ouvrière, aussi sûr que le fils du pauvre n’épousera pas la jeune bourgeoise, les enclos magiques du capital, les systèmes d’exploitation, bref pas mal de choses qui ont à voir avec les plus haïssables excès de notre société de consommation contemporaine en même temps qu’ils ont à voir avec le « Biopouvoir », « la société de contrôle » et le « Surveiller et Punir » de l’autre Foucault…, moins médiatique, mais plus intéressant, Michel.
Les petits L(o)U(ps) sont également fan de foot. Tâclant Tony Vairelles, ironisant sur le PSG, on a droit à un vibrant hommage à Jean-Claude Suaudeau (ex-entraîneur mythique du FC Nantes) sur la chanson éponyme.
Bref, ce nouvel opus de Justin(e) est d’une grande clarté, avec beaucoup d’excellent moments, et le combo semble bien prêt à continuer son indéfectible marche en avant, car ceux qui avaient eu la bonne idée d'écouter leur premier album savaient que Justin(e) deviendrait grand et beau.

A écouter : Festen