Découverte
Pochette Démo

logo Jessica93

Biographie

Jessica93

Jessica93 n'est pas une bimbo à gros seins, mais le projet d'un homme, Geoffroy Laporte, évoluant à mi chemin entre The Soft MoonFrustration voir même Godflesh. A son actif, on décompte un split avec Besoin Dead, un premier EP éponyme sorti en 2012, puis Who Cares un album paru conjointement chez Teenage Menopause, Music Fear Satan et Et Mon Cul C'est Du Tofu? mi 2013.
Lancé dans un véritable tour de France en 2014, Jessica93 trouve malgré tout le temps d'un split et annonce même un retour en long format pour la fin de l'année: Rise, de nouveau cosigné chez Teenage Menopause et Music Fear Satan.Après avoir annoncé la formation d'un line up dédié au live, qui a beaucoup évolué entre 2015 et 2017, Jessica93 revient la même année avec Guilty Species, toujours sur les deux mêmes labels. 

Chroniques

Guilty Species Rise

Guilty Species ( 2017 )

Bondy, fabrique à talents ? Rassurez-vous, nous n'allons pas parler de celui qui a paralysé l'actualité de la fin d'été mais bien de l'un des artistes dont seul notre pays a le secret : Jessica93. Derrière ce pseudo, vous le savez sans doute, un seul homme, une pelleté d'instruments et une attitude mi-branleur superbe, mi-glorieux perdant, pour une réussite des plus totales. Un succès artistique donc, la discographie du banlieusard ressemblant à s'y méprendre à un sans faute technique, mais aussi populaire, avec un engouement indéniable dans tous les cercles restreints autorisés. Nous voici donc arrivés à l'automne 2017 et Guilty Species, avec sa pochette rose et ses huit nouvelles dragées, pointe le bout du nez.

Heureusement, malgré le froid, Jessica93 sait nous mettre à l'aise encore plus vite que par le passé. Le temps aidant, on commence à se connaître et à se reconnaître : la boite à rythme est encore là, le son de guitare à la lisière du Shoegaze aussi et cette basse que ne renierait pas The Cure traîne toujours ses guêtres. Mais si les assiettes en carton sont les mêmes, les ingrédients et la recette ont subit un léger remaniement de la part du chef Laporte. Plus accessible et moins épicée, cette nouvelle carte ? C'est une manière de voir les choses mais cette première bouchée se laisse rapidement oublier pour peu que l'on poursuive sa dégustation. Si au départ, on peut trouver cela plus facile d'accès, peut être moins sombre, ce serait bien idiot de ne pas donner sa chance à Guilty Species car celui-ci est tout aussi bon que ses prédécesseurs. 

Car Guilty Species n'est pas lumineux, loin de là. Certes, le chant, bien plus en avant que par le passé, peut donner cette impression, mais allez vous pencher sur des titres comme « Anti Cafard 2000 » (sic) ou « Bed Bugs » et vous risquez de constater que l'on est tout de même à des kilomètres de ce que l'on pourrait appeler une musique lumineuse et joyeuse. Et d'ailleurs, qui a dit que c'était une mauvaise idée de ne pas mettre en avant la voix ? Moins noyé dans la reverb, les échos et compagnie, Geoff semble enfin s'assumer comme chanteur. Mais ce qui est frappant c'est que ce que Jessica93 a perdu dans son côté brut et presque râpeux, il l'a gagné en qualité de composition. Les arrangements sont omniprésents mais savent conserver leur pudeur comme sur le morceau éponyme ou bien sur le titre d'ouverture, « RIP In Peace», qui semble bien parti pour devenir un futur « hit » du one man band, aidé par un clip de très grande qualité dont il a désormais le secret. 

Ce nouvel album ne fera pourtant pas taire les critiques. Souvent comparé à The Cure, à Godflesh, à Nirvana, aux Swans ou bien à n'importe quelle formation ayant eu une certaine influence sur la scène musicale indépendante ces quarante dernières années, Jessica93, lui, s'en contrefout comme de son premier kebab. Il livre sa vision des choses et tape là où ça fait mal. Alors oui, « Bed Bugs » ressemble à ce qu'a pu faire, parfois, la bande de Robert Smith. Oui, « Guilty Species » et sa boite à rythme martelée peut faire penser à Godflesh. Oui le riff d'introduction de « Anti Cafard 2000 » fait penser à Loop et probablement que vous penserez aussi à bien d'autres groupes en écoutant ce disque. Mais vous en connaissez beaucoup des mecs qui arrivent à sonner personnellement tout en vous rappelant tour à tour les meilleurs représentants de la « scène musicale alternative », comme on disait sur MTV il n'y a pas si longtemps ? Nous, de notre côté, on en rencontre trop rarement. 

Plus d'arrangements, plus de maîtrise dans le chant et pourtant un univers qui a su rester sombre et proche de ce qu'il était à l'origine, Jessica93 aurait-il sorti une fois encore un excellent disque ? Parfois, il faut simplement dire oui. Alors n'y allons pas par quatre chemins, d'autant que le métro est mal fréquenté à l'heure où la petite Jessica nous demande de sortir. Guilty Species décevra peut-être certains d'entre vous, au moins au début, mais on veut bien parier notre RSA que le prodige de Bondy, celui aux cheveux longs et aux vêtements débraillés, saura vous convaincre une fois de plus.

A écouter : Absolument.
17 / 20
6 commentaires (15.25/20).
logo album du moment logo amazon

Rise ( 2014 )

Cet été c'est avec encore en tête les échos de la déflagration Who Cares que nous apprenions que Jessica93 remettait déjà le couvert. Pour beaucoup le premier contact avec l'engin ne remontait qu'à quelques mois passés, depuis, au rythme lancinant de la première charge du parisien. Faux disque pouilleux mais véritable révélation la galette avait, il faut le dire retourné quelques têtes. Fin 2014, l'automne est passé, et si le timing peut surprendre, la question persistante du retour précipité est vite balayée: J93 est loin d'avoir tout dit.

Il y a un an, tout le monde s'accordait pour faire de Who Cares un album résolument moderne, 100% actuel bien que bidouillé en solo avec des ficelles vieilles de vingt, si ce n'est trente ans (ont été cités un peu partout, pelle-mêle et à plutôt à raison The Cure, Godflesh, Nirvana...). Une grille de lecture évidente pour un disque pourtant étrange car aussi radical dans ses partis que capable comme peu de nous amener à adhérer à son propos tout en donnant l'air de n'en avoir rien à foutre. Incompréhensible et immédiat, inusable et délectable. Du génie en boite, ou parmi ce qui s'en rapprochait alors le plus du coté fracassé de la scène hexagonale (Le ChômageBesoin DeadThe DreamsDead...).
Aujourd'hui, rapidement mis sur les rails ("Now", comme un prolongement), ce second méfait s'extirpe néanmoins tout aussi vite du piège qui voudrait qu'à suivre d'aussi près son aîné il se doive de marcher dans ses pas. Rise n'a pas vocation à être une séance de rattrapage et, dans cette logique, dévoile dès "Asylum" sa première cassure et son premier coup d'éclat. Véritable point de référence de la maturation ultra-rapide de l'identité Jessica93, le premier single - clippé - de l'album positionne d'emblée, sans l'arracher à des habitudes que l'on reconnait déjà, le one-man band à un autre niveau: plus subtil, homogène et resserré, moins abrupt aussi. Plus rond serait-on tentés de dire, par opposition avec l'austérité Who CaresPresque aussitôt mis à mal par un "Surmatants" conquérant au groove féroce puis confirmé par un "Inertia" apaisé et plus chanté que jamais mais à se flinguer, le qualificatif prend pourtant bien ici tout son sens.
Moins ouvertement anxiogène et en prise directe avec un quotidien déliquescent, Rise filtre d'avantage, arrondi les angles de l'univers sonore de Geoff Laporte sans en trahir le contenu. Dissimule à peine derrière guitares vaporeuses, lignes de chant plus assurées et un rééquilibrage Indus/Coldwave ("Karmic Debt") des inspirations et préoccupations franchement pas jouasses visiblement toujours déballées sans autre arrière pensée que de crever l'abcès. J93 parvient avec subtilité, jouant sur l'équilibre entre boucles hypnotiques, attaques rythmiques et évolutions mélodiques glacées à amener cette nouvelle sortie à un stade de tension permanente, sur le fil ténu séparant oppression, rigorisme, évasion et volupté. Remarquable dans sa relation très je-t'aime-moi-non-plus dramatiquement en phase avec son époque Rise baigne dans un spleen urbain alimenté de dépression, d'isolement, d'angoisse et de fog, d'ennui profond et de rébellion sourde.

En accouchant d'un second disque aussi nécessaire que capital en autant d'années Jessica93 vient probablement de s'inviter une fois pour toutes à la table de ces projets qui auront compté. Quelque soit sa trajectoire à venir. A l'écoute de Rise, gageons que celle-ci sera très certainement captivante.


"You're all gonna dance with me
You're all gonna dance with me" - 
("Surmatants")

A écouter : Surmatants, Asylum, Inertia