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Biographie

Inter Arma

Inter Arma, littéralement "en temps de guerre". Tout un programme. Le quintet voit le jour en 2006 en Virginie, à Richmond. Après quelques démos, le groupe sort un split avec Battlestar en janvier 2010 suivi, en juin de la même année, par un premier LP intitulé Sundown.
Le mélange de Doom, Sludge Psyché, Black et Prog déployé sur leur EP Destroyer, sorti en 2012, attire l'attention de Relapse Records. Maintenant signé sur le label de Philadelphie, le combo écrit son second album, Sky Burial, en 2013 puis part pour en tournée pendant près d'un an, en compagnie de Windhand, Kylesa, Baroness et Mantar. A l'été 2014, The Cavern, morceau de plus de 45mn initialement écrit en 2009 parait. Deux ans plus tard, Inter Arma revient sur le devant de la scène avec son troisième album : Paradise Gallows.

Chronique

Paradise Gallows ( 2016 )

A l’image du premier rayon de soleil transperçant la noirceur d’un ciel déchiré par la tempête, c’est avec un certain soulagement que l’on accueille, lors des premières écoutes, les arpèges de la guitare sèche de Where the Earth Meets the Sky. Le chant clair de Mike Paparo ajoute encore à cette impression de sérénité enfin retrouvée. Tout avait pourtant bien commencé, un peu plus d’une heure auparavant. Là encore, Inter Arma nous accueillait par quelques notes de guitare sèche suivies par un riff épique digne d’un Brent Hinds inspiré. Mais cela était bien peu annonciateur du long sevrage de chaleur humaine qui allait suivre. Pas de panneau alertant, comme à l’approche de certains déserts, que la prochaine station se trouve à plus d’une centaine de kilomètres.

Passés ces premiers instants trompeurs, l’auditeur non averti est donc cueilli à vif, bousculé par cet album complexe, exigeant, éprouvant qu’est Paradise Gallows. Refusant les codes actuels, ce troisième album du quintet de Virginie est tout simplement l’antithèse de l’accessible, de l’instantané. Autant vous avertir, le chemin à parcourir pour ne serait-ce qu’avoir l’impression de commencer à en saisir les détails et les subtilités s’apparente au parcours de La 36ème chambre de Shaolin. The Crash&The Draw de Minsk vient immédiatement à l’esprit : même combat, même lutte pour s’accrocher, ne pas abandonner. Ceux à qui la référence parle verront immédiatement de quoi il est question. Pouvait-il en être autrement de la part de gars capables d’un The Cavern, magnifique pièce de plus de 45 minutes ?

Expression aux contours flous, la musique d’Inter Arma emprunte à tous les styles pour former un ensemble cohérent dans son hétérogénéité, duquel émerge un paradoxal sentiment de symbiose. L’oppression, le caractère suffoquant martelé par les structures, toujours mouvantes mais répétitives de Transfiguration ne pourraient en effet raisonnablement exister sans les respirations aériennes, lumineuses presque qu’est le tryptique The Summer Drones / Potomac (qui reprend de façon rassurante le riff introductif de Nomini) / Paradise Gallows. Un phare au milieu de la tempête. L’image est simple, presque caricaturale mais elle s’impose tellement comme une évidence.
Plus qu’une simple accalmie, ce noyau central, cœur de la tornade, incarne ce qui distingue Paradise Gallows d’un disque lambda et le rapproche de quelques-unes des productions remarquables et iconiques de ces deux dernières décennies. Osons les analogies : Jane Doe de Converge Blood Mountain de Mastodon ou encore, pour prendre un exemple beaucoup plus récent, Värähtelijä d’Oranssi Pazuzu. Leur point commun ? Leur capacité à s’affranchir des étiquettes pour mieux les transcender au travers d’une interprétation personnelle.

Vous l’aurez donc compris : vouloir décrire un par un les morceaux de Paradise Gallows est aussi vain qu'inadapté tant son écoute confine à l’expérience sensorielle où le sombre est magnifié par les sublimes contrastes qui nous sont donnés à écouter. S’interdisant de n’être que ce que l’on attend qu’ils soient, chacune des pièces de ce bloc composite explore toutes les variations du Metal, jouant avec les oppositions et les antagonismes. La vigueur du Black succède ainsi au plus lent des Doom tandis que les massifs passages Death cèdent la place à un léger mélange Post / Prog. Aussi riche soit notre langue, les mots nous semblent parfois bien faibles face aux sons. Et ce n’est pas plus mal.

A écouter : plusieurs fois