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Biographie
Ihsahn, alias Vegard Tveitan, est né à Notodden, en Norvège en 1975. Il commence à jouer du piano à 7 ans, puis de la guitare à 10 et enregistre rapidement ses premiers titres. C'est à l'âge de 13 ans qu'il rencontre Thomas Haugen aka Samoth. En 1991, il forme avec lui Thou Shalt Suffer un groupe de death/black dans lequel Ihsahn est à la fois guitariste et claviériste. Samoth quitte le groupe avant la formation de Emperor, laissant Ihsahn s'en occuper comme d'un side-project.
Emperor s'impose rapidement par un son particulier où les claviers ont la part belle et reçoit les encouragements du grand manitou du black metal Euronymous. Après plusieurs démos dont The Wrath Of The Tyrant, In the Nightside Eclipse vaut au groupe un grand succès dans le milieu et une cohorte de suiveurs plus ou moins doués. Ihsahn participe aussi à l'album Blood Must Be Shed de Zyklon-B enregistré en 1995 avec des membres de Emperor et Satyricon. Quant Samoth et le batteur Faust (alias Bård Eithun) se retrouvent en prison en 1994, c'est Ihsahn qui compose la majeure partie de Anthems to the Welkin at Dusk qui sort en 1997. En 1998 il forme avec sa femme Heidi Tveitan (aka Ihriel), un nouveau groupe, Peccatum, plus expérimental. Puis en 1999, Emperor sort IX Equilibrium qui comporte des incursions death et d'autres envolées hors des sentiers battues du black metal. De fait, Peccatum incarne pendant des années cette envie d'exploration avec des claviers toujours aussi présents et des voix claires et black voisinant avec des passages ambients et electro. 5 albums et EP sont enregistrés (dont le fabuleux Lost In Reverie en 2004) avant le split du groupe en mars 2006. Ihriel continue alors son propre parcours musical au sein de son projet Star Of Ash.
Entre temps, en 2001, le dernier album d'Emperor voit le jour. Prometheus: The Discipline of Fire & Demise, entièrement composé par Ihsahn, et une mine de mélodies complexes et de croisements "free metal" qui perdent certains auditeurs en route, tout en mettant en valeur les qualités techniques et la volonté d'expérimentation de leur auteur. L'année suivante, le groupe se sépare, laissant chacun retrouver ses side-projects, dont Zyklon pour le batteur Trym et Samoth. En septembre 2005, Emperor se reforme à la surprise générale, le temps de la fête d'anniversaire du magasine Scream à Oslo. Cet évènement annonce en fait la reformation exceptionnelle du groupe pour une série de shows en Europe et aux USA en 2006, au Wacken et à l'Inferno Festival.
Le premier album solo de Ihsahn, The Adversary sort enfin en avril 2006. Ihsahn assure tout le travail musical, à l'exception des percussions confiées à Asgeir Mickelson. Les influences progressives, heavy metal, black metal et même classique s'y croisent, rendant l'album assez unique. Il sort sur son propre label Mnemosyne Productions, créé en 2003 avec Ihriel.
Considéré comme l'un des musiciens les plus talentueux de la scène métal, pionnier du black metal et explorateur affirmé, Ihsahn est un compositeur hors pair honoré par sa ville natale de Nottoden, où il continue d'aider de jeunes musiciens à se produire et enseigne la musique dans une école locale.
Retour à la géhenne pour Ihsahn, qui livre son second album après The Adversary sorti en 2006. angL (collage entre Anger et Angel) nous le révèle toujours aussi nietzschéen, peu soucieux de ses contemporains, mais bien davantage d'hymnes à la gloire de convictions toujours aussi prométhéennes. La pochette, tencore une fois diabolique, nous montre ainsi un ange noir frappé par la déchéance.
Plus agressif que son précédent opus, angL s'avère riche en envolées épiques avec toujours le même talent pour les constructions lyriques, à base de guitares heavy et d'arrangements malins. Côté lyrics, on reste dans les mêmes travées que The Adversary, anti Dieu, Misanthrope jusqu'au bout des ongles. Conscient de sa nature, Ihsahn se livre "reborn from (his) own corruption" sur Scarab, entre mort et sacrifice du faux prophète. La rencontre avec Mike Akerfeldt sur le morceau Unhealer sonne comme un téléscopage entre les deux univers heavy black et death atmosphérique, où les voix se mélangent sur une orchestration mid-tempo avec une certaine réussite, toujours dans le même rejet.
Peu de musiciens parviennent cependant à livrer aussi honnêtement l'obscurité de leur musique, toujours en recherche d'Emancipation, à coups de solos alambiqués et de voix tantôt criardes, tantôt emphatiques. Il y suinte l'orgueil érigé en idéal artistique et thématique avec toute l'intensité que permet le réel talent musical d'Ihsahn. Maudit donc (Malediction, ou le pacte avec le diable doit être honoré jusqu'à la lie), l'individualiste luciférien persiste et signe, pièce après pièce, un nouveau manifeste dédié au temps passé. Aussi intense soit-il, l'album se répète beaucoup, comme une loghorrée jaillie d'obsessions destructrices.
La liberté à laquelle prétend Ihsahn a un prix, celui de la confusion et de la spirale descendante, loin de tout espoir d'élévation (Elevator, exprimant en fait la chute dans les griffes du diable). La beauté de certaines mélodies ne peut cacher l'humanité de leur géniteur (Threnody), mais les mots sortis de sa bouche le desservent ("there is no salvation, only murder"). Dévoué à l'expression du chaos mis en musique, Ihsahn n'en exprime que plus de ressentiment teinté de mélancolie, pour une cause perdue d'avance. Trompeuse est l'ouverture acoustique de Monolith, moment de calme avant l'énième tempête métallique et vindicative ou le solitaire est dans la peine, alchimiste changé en pierre ("Is it such a crime to go apart and be alone? Your holy simplicity turns gold into stone").
Avec angL, Ihsahn perpétue la voie de l'orgueilleux solitaire à sang froid, profondément imprégné de l'immoralisme Nietzschéen, tout autant que d'un imaginaire luciférien magnifié par ses convictions personnelles, moins bas du front que celles de nombre de ses "collègues". La maîtrise musicale demeure donc, sur cet album dans la lignée de ce que faisait Emperor, autant que l'iniquité propre à sa vision de l'humanité.
A écouter : comme un témoignage luciférien
The Adversary est l'album que l'on pouvait attendre de la part de Ihsahn si l'on se réfère à son évolution musicale entamée avec Anthems To The Welkin At Dusk il y a près de 10 ans. Figure reconnue du black metal symphonique qu'il a lui-même popularisé avec Emperor, Ihsahn a toujours préféré qualifié la musique de son groupe de black metal sophistiqué. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après Prometheus, il livre une nouvelle pièce pour le moins riche et travaillée. Cet album mêle de la même façon des éléments variés issus de tout le spectre du métal tout en conservant cette veine exploratrice qui caractérisait le Lost In Reverie de Peccatum. Il est bien difficile de l'étiquetter de ce fait, si bien qu'on choisira commodément metal progressif, ou peut-être pour reprendre une expression vue chez des confrères, "Free Metal". Ihsahn tient tous les instruments, mais c'est Asgeir Mikelson (Borknagar) qui se charge de la batterie (mixée volontairement en retrait semble-t-il) avec le talent qu'on lui connaît.
On y entend des compositions alambiquées où le black metal à claviers de Emperor s'acoquine au heavy metal de Iron Maiden (dont Emperor demeure un évident héritier), côtoit des plans death et thrash (Citizen blaste agréablement), des ponts classiques et toute une science de la construction labyrinthique propre au metal progressif. The Adversary est un disque épique, émotionnel, agressif quand il faut, autant qu'impressionnant de maîtrise de la composition. Ihsahn s'y aventure en terrain connu, en renouant avec les choeurs sur Invocation, le morceau d'ouverture très proche du Emperor de Prometheus, ou en invitant son ami Garm (Arcturus, Ulver) sur un Homecoming très mélodique. Après le morceau Radical Cut de Arcturus et une autre invitation sur les Themes From William Blake's The Marriage of Heaven and Hell de Ulver, la politesse est ainsi rendue. Ihsahn se fait indéniablement plaisir, s'autorise des poses vocales à la King Diamond (Mercyful Fate) dont l'ombre heavy plane sur le disque, ou des solis fougueux comme sur ce bien nommé Called By The Fire. L'album est sur le fond comme la forme une ode à la liberté, Ihsahn y revient sur lui-même, introspectif, d'où son titre The Adversary, autrement dit le diable corrupteur, et l'on se souvient des figures de Icare (An Elegy Of Icaros sur IX Equilibrium), Prometheus ou même du Zarathoustra dénaturé de Nietzsche (le Amor Fati de Peccatum) qui ne cessent de l'inspirer dit-il, ce que l'on retrouve dans la prose luciférienne de Astera Ton Proinon, superbe morceau atmosphérique. Les symboles se téléscopent ainsi que les sons en un tourbillon ébouriffant, avec un travail sur les guitares et les claviers exceptionnel. Ceux-ci servent de canevas à toutes les compositions, appuyant un chant tout bonnement parfait, et parfois même entraînant comme sur le refrain de Would You Love Me Now.
Certains seront perdus en route, des compositions aussi fouillées (voire éparpillées, ce qui est le principal reproche qu'on pourrait leur faire) demandant une attention de chaque instant, mais l'album le mérite amplement, offrant une musique vivante, dont chaque soubresaut électrise, transporte et étonne comme sur ce Panem et Circenses vibrant de mélodies de guitares. Il faudrait aussi s'attarder sur le très réussi And He Shall Walk in Empty Places dont on retiendra simplement les paroles en forme de manifeste : "Remember this, you others; The fire and the fury, the strength and defiance, this you admire, this you desire I had to win them for myself" . L'album se conclue avec The Pain Will Be Mine. Le morceau surprend par son orientation romantique, chargée en émotion avec un piano délicat et des cordes touchantes qui l'introduisent dans nos esgourdes de metalheads, et le chant venu d'un autre temps de Ihsahn, théâtral, heavy, maniéré juste ce qu'il faut. Une conclusion remarquable pour un disque qui ne l'est pas moins.
The Adversary n'est pas un album à headbanger, mais à déguster comme un grand cru, un concentré de metal traditionnel et extrême comme vous n'en entendrez probablement pas d'autres cette année. Ihsahn s'impose fort de toute son expérience, fier et misanthrope comme Nietzsche, aventureux comme Icare, forcément prométhéen, digne de siéger sur le trône de l'Emperor, là où la lumière divine n'éclaire plus les orgueilleux au sang noir.
A écouter : Called By The Fire, Astera Ton Proinon, And He Shall Walk In Empty Spaces, The Pain Is Still Mine
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