Réveil collectif. Igorrr existe. Igorrr nous plombe le derche copieusement. Le breakcore n’est pas mort, il est maintenant dopé. Ouf. Il aura fallu attendre la signature du clermontois chez Ad Noiseam pour qu’on entende enfin parler de lui et du bien qu’il fait à la musique dans sa globalité, au-delà d’une communauté metal qui était probablement celle à le connaître le mieux. Pas trop tôt.
Igorrr est un de ces pourris qui démolissent la musique pour casser leurs sabots et outrepasser les jalons du conscient collectif, et il est même parmi les rares à produire un résultat aussi efficace que cérébral. Moitié de Whourkr, développant même son projet depuis plus longtemps que le duo tout aussi amphétaminé, Gautier Serre est en solo l’une des toutes meilleures entités artistiques que la France compte aujourd’hui, à bien des égards. Troisième enregistrement (en 4 ans), Nostril est probablement un tournant dans le parcours du bonhomme. Son caractère est aujourd’hui mature, ses différentes personnalités ont appris à cohabiter entre elles et force est de constater qu’il ne s’est jamais enfermé dans le genre qu’il a choisi, et en a fait, bien au contraire, un tremplin vers son esthétique reconnaissable entre mille au sein des sphères électroniques, incontournables qu’on le veuille ou non en cette fin de première décennie du XX°. Aujourd’hui, Igorrr a écrit son âme, il va maintenant la faire vivre. Traditionnellement, et à juste titre, décrit de concert par tout le corps de presse comme un projet breakcore tordant dans tous les sens enregistrements acoustiques, œuvres de musique baroque XVII-XVIII°, violence du metal et possibilités infinies du triturage de son, Igorrr atteint sur Nostril le plus fin équilibre de sa recette, remettant au premier plan l’essence même du breakcore, comme étant un outil, certes peu évident d’accès, de mélange musical de textures et matières de tous bords, parfois même opposés, qui, par un savant jeu d’agencement et de rythmique, se téléscopent pour une explosion d’improbable, une explosion de contrastes fortuits et une boule de surprises épileptiques. Cela, Igorrr le fait à merveille, mêlant ultra violence à des tirades baroques judicieusement choisies pour leur beauté lyrique, samplant raw black, finesse jazzy, hurlements tirraillés, blast-beat facial et accolant le tout à la sauce breakbeat spasmodique hyperactif sans se perdre. Au cours de Nostril, Igorrr montre qu’il ne part pas dans tous les sens, comme souvent dans le genre, et qu’il ne tourne pas pour autant en rond, comme souvent dans le genre là-aussi. Nostril est un capharnaüm traversant avec énergie un nombre incalculable d’univers, le temps d’un fragment que l’on ne remarque pas ou plus vaillamment lorsqu’il s’agit de faire vivre un contraste couillu pendant plus longtemps. Mais quels que soient les textures utilisées, on est tiraillés entre histoire poisseuse, barouf dissonant, beauté violente et émerveillement d’une si grande maîtrise d’un mélange aussi casse-gueule, jonglant avec l’irréel, l’absurde et bouleversant avec grand plaisir nos référentiels.
Nostril a l’air de faire l’unanimité depuis sa sortie, dans des milieux très différents les uns des autres, et cela ne traduit aucune prostitution artistique, mais bien le résultat d’une réflexion aboutie à une identité singulière, gage d’une connaissance raffinée de la musique dans son ensemble par son géniteur, qui prouve de fort belle manière que pour avancer en art, il faut maîtriser le spectre de l’existant et ne rien faire au hasard. Igorrr est aussi palpitant que l’était son illustre aîné Venetian Snares avant de s’embourber.
A écouter : si vous aimez l'originalité.