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Biographie
Holy Fuck est une créature à deux têtes pensantes qui a émergé des bas-fonds de Toronto en 2005 avec un premier album éponyme. Les bras chargés de synthé pourris et les têtes pleines d’idées, les canadiens délivrent une musique entre rock et musique électronique à base de séduisants bidouillages entre expérimentation et improvisation pure. Ils avaient l’énergie, ne leur restait qu’à asseoir une identité forte. C’est maintenant chose faite avec leur second album, LP, sorti en 2007. La musique organique du quartet s'aventurera encore plus loin en 2010 avec la sortie de Latin.
"Ouh putain !". Voilà les mots que j’ai expulsé spontanément à l’écoute de ce deuxième long des torontois, découverts avec un LP originel ambitieux, apparu environ au même moment que la claque Mirrored de Battles. La comparaison paraît d'ailleurs naturelle tant les deux groupes expérimentent des territoires similaires, ceux d’un electro-rock organique et bigarré. Chacun a toutefois sa manière de composer, et dans le cas d’Holy Fuck, c’est un peu l’atelier de bricolage. Des percussions et claviers faits maison, comme pour les pédales d’effet et quelques autres babioles sonores, destinées à faire bouger les corps tout en essayant d’insuffler des émotions nouvelles, voire oubliées.
Davantage que sur le LP de 2007, le Latin de 2010 maîtrise sa méthode sur le bout des ongles, et propose une tracklist calibrée au millimètre. MD introduit doucement l'objet sur un ambiant crépusculo-noisy, et c’est parti. La machine douée d’intelligence musicale est lancée, équipée d’un Red Lights foutrement dansant, d’un Latin America lumineux, d’un SHT MTN au groove percutant, suivi d’un Stilettos technoïde, potentiellement apte à enflammer n’importe quel dancefloor souterrain. Les perles sont légion. Le travail de recherche sonore se ressent à tous les niveaux, notamment par cet amoncèlement de couches électroniques, de textures organiques intégrées progressivement, ou mélangées. Le tout forme un ensemble complexe (mais décomplexé) et rythmiquement accessible, procurant une énergie positive à laquelle on succombe avec plaisir et délectation.
A l’instar de Battles, Holy Fuck diffuse une musique entraînante, hors normes, et même curative. Latin est un album à faire tourner régulièrement, seul pour s’extirper d’un mauvais coup de blues, ou lors de soirées pour transpirer, affichant le sourire niais de rigueur. Bien plus efficace et naturel qu’un antidépresseur.
A écouter : à intervalles réguliers.
Qu’est-ce qui se cache derrière cet étrange patronyme Holy Fuck ? Seulement la capacité de rendre la musique électronique bien plus organique voire même plus rock que la plupart des figures de proue du style. A quoi imputer cette saisissante alchimie qui engourdie les neurones à coups de loops et de samples aux allures aliénantes tout en alimentant la pompe à sang nous agitant de frénétiques mouvement de tête et d’irrésistibles soubresauts de pieds. Des synthétiseurs de récupération aux sonorités étranges mais jamais kitsch, une batterie humaine fusionnant avec les machines ou encore une fraîcheur et un éclectisme auditif chauffé à blanc ? Sûrement un peu (beaucoup ?) de tout ça. Les Holy Fuck abattent les murs, avec une élégance pourtant emprunte de la sueur enfumée de la scène, qui séparent les pièces de la demeure sonore. Des caves obscures parcourues de vapeurs vocales hallucinées de Milkshake, en passant par le corridor inlassablement agité par le rythme de Pulse et en empruntant l’ascenceur post-rockien de Lovely Allen : on commence à peine la visite et on se sent déjà chez soi. Le papier peint, sale et vieilli, s’effiloche sous les assauts dansants et hypnotiques d’un Royal Gregory tandis que le destructuré Safari, aux relents d’Aphex Twin dopé aux amphétamines, décape au corps le planché. Le grain indiscutablement live, la moitié des morceaux ayant été enregistré lors de concerts, donne un l’ensemble une teinte rugueuse, presque punk. Même lorsque le tempo se fait plus apaisé avec Choppers, la tension demeure palpable, les tympans ne cessent pas pour autant de vibrer. Inclassable, insaisissable, on finit par perdre ses repères et se mettre à marcher au plafond, les lustres en guise d’animaux de compagnie. Le sang monte à la tête et l’emprise de Holy Fuck parvient à maintenir son emprise tout au long des 37 minutes du disque. Oui effectivement, lors de l’état des lieux un dégât des eaux a été repéré : la courte durée de LP, bien que qu’épargnant de la lassitude éprouvé à l’écoute d’efforts parfois trop longs, est peut-être une ombre au tableau mais ça doit sûrement être pour ça que la touche « répéter en boucle » a été crée. Désarçonnant, spontané et habité d’une véritable âme, les Holy Fuck bâtissent, avec LP, un monument de bricolages sincères et audacieux. Difficile de ne pas succomber dés la première écoute mais plusieurs seront nécessaire pour réellement appréhender l’architecture sonore. Les clés en main, à vous de voir quand vous emménagez…
A écouter : dans son appartement, dans sa maison, dans sa voiture, dans le métro… partout finalement
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