Découverte
Pochette Démo

Biographie

His Electro Blue Voice

Trio formé dans les environs de Côme au début des années 2000, on ne retrouve pourtant de trace discographique d'His Electro Blue Voice que plusieurs tours de calendrier plus tard. La bande de potes préférant prendre son temps ceux-ci consacrent les premières années de leur formation à jouer pour le fun avant d'émerger sur la scène underground avec une poignée de 7" dont Duuug, propulsé par les New Yorkais de Sacred Bones Records.
Ce coup de projecteur étant loin de remettre en question le fonctionnement du groupe, il faudra attendre 2013 pour que les italiens concrétisent leur décennie d'expérimentations sur album avec un Ruthless Sperm sauvage que Sub Pop s'est empressé de signer.

Chronique

17 / 20
2 commentaires (17/20).
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Ruthless Sperm ( 2013 )

Février: les tops annuels - exercice futile donc indispensable - lancés depuis belle lurette sont tous bouclés et publiés depuis au moins une grosse paire de semaines. Ruthless Sperm n'y figure que rarement ce qui est, nous le constaterons bien assez tôt, autant une belle injustice qu'une énorme connerie. Il faut dire que l'on ne pense encore parfois que trop peu souvent à tendre l'oreille du coté de chez nos voisins. En se mettant un peu le ciboulot en chauffe on aura pourtant vite fait de faire remonter Metal fou (Ephel Duath), Flèches Screamo (Raein, The Death Of Anna Karina) Noiseries en tous genres (Gerda, Dead ElephantOvO...), Doomance et autres sludgeries de l'espace (Ufomammut, Lento) ou réverbérations Cold-psych nouvelle vague (Sonic Jesus), tous en  provenance directe de la botte. Foutue mémoire qui fout le camp. Les plus malins se contentant de prendre le talent là où il est bien caché, il n'est guère surprenant de croiser His Electro Blue Voice chez les New Yorkais de Sacred Bones (The MenPop. 1280Destruction Unit et j'en passe) dès 2008. Ce qui étonnera finalement peut être d'avantage c'est de retrouver les italiens désormais fraîchement signés chez le géant Sub Pop qui, en dépit son énorme décalcomanie USA collé au cul, a toujours démontré qu'il savait mener son européanisation par petites touches bien senties (Les Thugs, MetzStill CornersGoat...).

L'Italie s'inviterait donc chez Sub pop. Oui M'sieur dame. Et le trio, aux commandes de son hybride Kraut-noise shoegazisant débordant de reflux Post-Punk, semble bien décidé à sécher les sceptiques. Sur le papier, avec la carte de visite que se trimbale son nouveau label et ses ambitions affichées, le premier long des lombards sent la bonne pioche inattendue pour le fan de machins vociférants qui bourdonnent et bouclent à n'en plus finir. Et il faut bien reconnaître qu'il y a un peu de ça dans cet album sans compromis... qui n'a pourtant certainement pas fini de surprendre son monde.
Car s'il kraute et vrille l'oreille à merveille et plus que de raison, ce disque chaud comme une baraque à frites papale ne se refuse à proprement dire rien, et surtout pas de ratisser aussi large que profond pour parvenir à ses fins. Le nombre de styles enrhumés en 33 minutes par le trio est si impressionnant que chacun trouvera aisément une bonne dizaine de références à accoler sur ce LP. Aussi pourrait on résumer grossièrement His Electro Blue Voice comme l'étrange rencontre des boucles de l'outre espace de Loop et Neu!, de la voracité noise 90's d'Hammerhead avec la capacité de synthétisation des grandes heures de The Men (les deux premiers albums, oubliez la suite). Ruthless Sperm par son rendu très brut, l'approche délibérément frontale et l'accroche immédiate, le caractérisant justifie rapidement et sans peine sa présence au sein du roster du label de Seattle. Mieux il démontre tout ce que ce genre de sorties cramées du bulbe gavées de désinvolture punk et de sueur peuvent encore lui apporter (demandez à Pissed Jeans ou No Age ce qu'ils en pensent).

Résumer Ruthless Sperm à une vulgaire déflagration sonore visant à dérouiller un temps les articulations d'une population de rockeurs aux tempes grisonnantes serait néanmoins faire injure à ses auteurs. Toujours dans la tension, jamais proche de l'urgence et tout autant à l'aise dans la ratonnade Noise au premier degré ("Death Climb", "Tumor") ou l'hypnose Coldwave ("Red Earth") que la cavalcade Krautpunk ("The Path" qui aurait pu faire merveille chez Fucked Up), His Electro Blue Voice fait valdinguer son disque dans les cordes aux quatre coins du spectre du Rock bruyant et hypnotique, enfile les gnons sans temps mort. La démonstration, déjà limpide au bout de quelques minutes, devient rapidement totale lorsque les lombards se payent le luxe de condenser dès la mi parcours et en un seul court morceau l'essentiel de leur propos pour enfanter un tube immédiat: "Sea Bug", tir de barrage Noise rock conclu en sortie de route Post-Punk.
His Electro Blue Voice ne connait pas d'avantage le sens du mot "transition" que celui de "répit". Chez les italiens la contemplation ne semble être qu'un mal qu'il convient de combattre, tout comme la complexification devient dans leur univers l'ennemi naturel de la transe. Sur ses titres les plus longs (la majorité) HEBV joue systématiquement la carte de la répétition à outrance, préférant étoffer progressivement et systématiquement son propos autour d'une base rythmique en béton armé là où d'autres se perdront en variations malvenues par peu de lasser. En s'appuyant sur le travail de sape monumental de sa bassiste androgyne et l'omniprésence de synthés vintages le trio déploie sa musique à l'énergie, voire à la sauvagerie pour l'embarquer vers un ailleurs hypnotique baigné d'une atmosphère difficilement définissable oscillant entre le furieusement positif et l'anxiogène. Chaque écoute amenant avec elle son ressenti.

Ruthless Sperm s'impose comme un album captivant, dansant et menaçant, invariablement immédiat quelques soient ses degrés d'écoute. Bestial, pour ne pas dire frustre au premier contact il contentera noiseux blasés comme il invite les amateurs de musiques vociférantes et tortueuses sans chapelle à venir s'aventurer dans ses méandres. Un vrai disque bouillonnant qui renifle la moiteur de la fosse, l'ampli surchauffé, la fureur, la peur, le sexe et la sueur. Le genre de fragrance tenace qui vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher des premiers instants jusqu'aux ultimes échos d'un LP qui vous habite bien après extinction de la platine. Un objet foutrement vivant qu'il serait plus que judicieux de ne pas laisser filer plus longtemps.

A écouter : Que voulez vous jeter sur 33 minutes d'excellence?