Après cinq ans d’absence, Himinbjorg reprend son combat
visant à faire prendre conscience à l’Homme que quelque chose cloche dans ce
bas-monde. Alors que la mondialisation effrénée et sauvage fait des ravages
dans les cultures ayant choisi la tradition à la modernité, et que les sociétés
modernes gavent les masses de divertissements abrutissants dans le but
d’éteindre leur vigilance et leur capacité à discerner l’important du futile,
une poignée de résistants continue la lutte.
L’album que proposent les Chambérois se veut moins black
metal dans la forme, même s’il le reste dans l’esprit. Exit donc les blast
crasseux et les voix criardes noyées sous un déluge sonore. N’en déplaise aux
amateurs de true black metal, Himinbjorg a évolué et a adopté un mixage plus
propre qui rappelle celui de Golden Age. La production profite largement au
groupe, et permet de rendre les compos claires et dissociables les unes des
autres. Mais pas d’inquiétude : certes la prod s’est modernisée, mais le groupe
a conservé son cœur sauvage, qui s’exprime via les riffs résolument pagan et
les instruments traditionnels (violons, flûte) qui ponctuent l’album.
Notez cependant que Chants… est sûrement l’album le moins brutal produit
jusqu’à aujourd’hui. Et cela se paie notamment vers la fin du CD, qui a
tendance à manquer de punch (comprendre de distorsion et de hurlements rageurs).
Si les riffs et mélodies peuvent paraître simples (Grandes
Chevauchées, Black), c’est pour mieux mettre le chant en avant. Et cette habile
transition me permet justement de signaler ce qui pourrait être la grosse
nouveauté de Chants… : les chansons déclamées en français ! Zahaah nous
montre en effet de quoi il est capable avec la langue de Molière, et le
résultat est vraiment convaincant (enfin pour les francophones). En plus de
nous servir des paroles tantôt dénonciatrices, tantôt poétiques et
mélancoliques, inspirées et de très bonne facture, il faut avouer que le fait
qu’elles soient déclamées en français décuple la force de leur impact.
Comme le titre le laisse présager, l’album ne va pas s’écarter des
thèmes chers au cœur des musiciens, entre autres l’esprit guerrier et clanique
(Grandes Chevauchées, Destins de Sang), l’hommage que l’on se
doit de rendre à nos ancêtres (Chants pour les Ancêtres), ou encore notre
rapport avec la Nature (Songe de l’Elfe, Chant de la Lune). Le groupe ne
s’arrête pas là et insuffle à son dernier-né un mysticisme que l’on retrouve
sur le sombre et hypnotisant Futhark, nom donné à l’alphabet runique
utilisé par les anciens peuples germaniques (merci Wikipédia). Sur Black encore, Zahaah dégueule un long pamphlet contre la société
moderne destructrice.
Un bien bel album que voilà de la part de Himinbjorg. Chants d’hier, Chants de la guerre, Chants de la Terre, sans déroger à la tradition pagan, apporte son lot de nouveautés,
particulièrement avec les voix françaises et la production simple mais efficace
sur laquelle ont misé les Chamberrois.
Le gros « hic » que l’on pourrait relever est l’équilibre général de
l’album, qui perd de sa dynamique en deuxième partie (entre Futhark et Chants
de la Lune).
A écouter : Convictions, Grandes Chevauchées, Black, Futhark