Denovali continue d’explorer les limbes de la musique underground au fur et à mesure que les années passent, quitte à aller de plus en plus loin dans l’examen de sa face sombre. Heirs, en dépit de son artwork art contemporain/extravagant, ne fait pas exception à ce credo.
Dans un style froid, plombant et très industrielle (on croirait entendre une fabrique des années tayloristes en arrière fond du titre éponyme Fowl), le groupe australien revient quelques mois après Alchera avec une partition quasiment sans lumière et sans oxygène (Dust). Les instruments grevés par l’apesanteur, les cordes prêtes à s’embraser comme des brindilles, Heirs oscille toujours entre le post-rock (Burrow, Mother) et le postcore (Tyrant) ; entre les lueurs d’espoir et les moments d’étouffement. Mais pas seulement. Aux confluents également du downtempo et de l’ambient, le quatuor macère un son noïsy, presque nauséeux, qui joue avec les répétitions, les saturations, les rythmes martiaux (Men) et avance dans une atmosphère faite de charbon et d’acier (le finish de Drain).
Sans jamais prononcer le moindre mot, comme pour signifier que tout est vain, Fowl place ainsi ses créateurs dans une mouvance qui refuse les étiquettes et qui fait parler le souffre à la place du verbatim. Conçu comme les 7 cercles de l’Enfer de Dante, l’opus n’en finira pas d’entrainer tout auditeur osant s’y aventurer dans un dédale bruitiste et souterrain, et il faudrait être bien téméraire pour assurer qui pourra ensuite remonter à la surface.
A écouter : "Dust", "Fowl", Drain"