Hacride. Amoeba. Si vous n'en entendez pas parler cette année, c'est que vous ne suivez pas suffisamment la scène métal, française en particulier. La déflagration ressentie à l'écoute de ce second album est de grande ampleur, l'impression de se prendre en pleine face un poids-lourd lancé sur les routes du succès.
La maîtrise musicale qui se dégage de l'ensemble est remarquable, réhaussée par une production en béton armé. Il fallait bien ça pour canaliser la fougue d'une bête impitoyable, capable de brutalité comme d'intermèdes acoustiques au son de guitares d'inspiration latines. Pas étonnant alors de trouver dans cette collection de pistes de grande qualité, une piste au son flamenco, la surprenante Zambra, reprise du groupe Ojos de Brujo, originale, entre vibrations dansantes et furieux impact métallique. Avec une combinaison faite de rythmes syncopés à la Meshuggah, d'ouvertures post-core rappelant aussi bien Neurosis que Cult Of Luna par ce chant écorché et puissant, de métal destructuré aux frontières du death à la Gojira, Hacride en impose sacrément.
Dans une débauche de sons d'inspiration quasi prog' tant les idées abondent, les couches musicales se superposent de façon complexe et ordonnée. Amoeba est une pure merveille de métal moderne, surpuissant et riches d'ambiances savamment tissées. La qualité mélodique de l'ensemble éclate sur des morceaux de la trempe de Perturbed comme de Vision Of Hate, traversée de choeurs fantômatiques posés sur un canevas déconstruisant ses bases métalliques en un maëlström ébouriffant, à base de polyrythmes et de riffs incisifs. Pratiquant l'approche atmosphérique avec talent sur Liquid, Hacride dégage une formidable impression de puissance sur chacune des autres pistes de cet album. Assister à une telle décharge de violence est une révélation. Il est rare de prendre une claque pareille, d'être surpris au fil des écoutes par la profondeur d'un disque, si bien qu'après Gojira, il y a fort à parier que nos voisins étrangers ne tarderont pas à s'apercevoir du potentiel de Hacride.
Les qualités de la formation se déchaînent encore sur Cycle, tant dans la brutalité sans retenue que dans les inspirations prog., un peu comme si Strapping Young Lad avait fusionné avec Opeth le temps d'un morceau. Tout au long de l'album, l'effort fourni par la section rythmique explose les standards, créant ce magma incandescent sans lequel Amoeba n'aurait pas la même personnalité. Mais on peut aussi se concentrer sur la performance vocale abrasive du frontman qui n'exclue pas quelques élans en clair, notamment sur Deprived Of Soul, où les nuances du chant apportent autant que les subtilités du riffing, tout aussi essentiel. Même les morceaux un peu plus dépouillés en apparence recèlent des finesses de composition remarquables. C'est le cas de Strength, metal hardcore fougueux accouplé à des envolées acoustiques tout en douceur. Là encore, on relève ce jeu de guitare flamenco en arrière plan, qui donne une touche unique au morceau.
L'étendue des influences digérées par le groupe semble imposante, autorisant Hacride à peindre des paysages musicaux aussi organiques que Ultima Necat, joli instrumental. Musique vivante et vibrante que celle-là, Amoeba s'achève dans une nouvelle floraison d'ambiances aussi destructrices qu'éthérées, à travers On The Threshold Of Death, avec ces montées filantes en chant clair et ces soli heavy. Un morceau tout en contraste qui sied bien aux intentions développées tout au long du disque.
Ainsi, avec Amoeba, Hacride se hisse sans conteste dans le peloton de tête des meilleurs formations métal actuelles. Une sacrée bonne nouvelle pour la scène française qui trouve là une nouvelle raison de prendre confiance en ses capacités. Riche, inspiré, maîtrisé, bourré de bonnes idées, superbement joué, cet album est une tuerie, tout simplement.
Perturbed et Vision Of Fate en écoute sur la page myspace
A écouter : Perturbed, Vision Of Fate, Zambra, Cycle, On The Threshold Of Death