Au plus confidentiel et mal assuré Until Death Comes (2005), Frida Hyvönen répond désormais par un amour épanché et une passion exacerbée. Dépassées les fébriles lignes de piano de son premier album, elle déclame ses envies sous des arrangements plus chatoyants. Choeurs, percussions, synthés: Hyvönen se démarque, s'entoure pour étoffer sa musique et chanter le désir.
L'oreille amatrice reconnaîtra, malgré tout, le style propre à la suédoise. Sous des couverts de jeune fille sage, la facétieuse continue tantôt de câliner son piano ("Highway 2 U") tantôt de le maltraiter avec un malin plaisir ("Scandinavian Blonde"). Un piano désormais accompagné par quelques ambiances synthétiques ou soutenu par une batterie, souvent discrète cependant. De quoi encourager Hyvönen à développer son répertoire, à lui trouver un ancrage dans les 70's, façon Patti Smith, ou à pénetrer avec elle dans un minable troquer pour prendre un verre ("December"). De quoi lui donner plus d'assurance et de jouer avec son auditeur selon les différentes ambiances des 13 pistes de ce Silence Is Wild. Là est toute l'intelligence d'un album qui se donne à découvrir au fur et à mesure une personnalité qui se déshabille et se révèle.
Variété des mélodies qui ont, pourtant, toutes un point commun. Sur Until Death Comes, on le sentait. Ici, il n'y a pas que le silence qui est sauvage. Frida Hyvönen respire la sensualité et la coquinerie. "Dirty Dancing" ouvre sur le souvenir de son premier amour, "Highway 2 U" est la bravade contre l'autorité pour s'enfuir avec son amant (et la voix en ouverture est son requiem, à faire frissonner), "London!" est un cri d'amour pour la capitale anglaise. Mêlant avec délicatesse le désir et la tristesse, Hyvönen chante les avortements de l'amour avec une mélancolie, qu'elle soit feinte ou bien réelle. Il est d'ailleurs intéressant, en fin de parcours, de retourner sur le chemin pour découvrir la part d'autobiographie que peut comporter Silence Is Wild, afin de lui donner un tout autre sens beaucoup plus poignant.
"Sic Transit Gloria Mundi" chante-t-elle. Musicalement, en tout cas, sa gloire n'est pas encore passée et l'on sent que la catharsis entamée depuis le début de sa carrière n'est pas encore terminée. Et ce qu'elle donne à écouter, à raconter, sent tellement la sincérité qu'on est prêt à la suivre, à Londres ou à Shangai.
A écouter : Une sucette à la bouche