Feist est une perle, un diamant rare. Au diable les clichés quand on l'écoute chanter, c'est juste la vérité. Il y avait déjà beaucoup de classe et de féminité sur Let it Die, son superbe précédent disque, on la comparait même aux grandes dames de la soul et du jazz telle Billie Holiday, mais ce nouvel album, pour lequel elle s'est entourée de ses complices Gonzales, Mocky et Jamie Lidell, The Reminder, lui est encore supérieur, tout en étant différent.
Différent parce que plus varié, avec un spectre musical élargi, où la musique prend de temps en temps tout l'espace sonore avec jouissance (belle production de Renaud Letang). Supérieur parce que la canadienne chante encore mieux (incroyable, c'était possible), avec plus de sensibilité, plus de douceur gracile, plus de nuances encore. Par moments, elle en devient tellement grâcieuse qu'on a bien envie de l'accompagner au bout du monde dans sa sphère apaisante (I Feel It All). Pleine de délicatesse et de rythme, sa musique est faite pour les rêveries alanguies, les paysages lunaires et les fantaisies sentimentales. My Moon My Man est à ce titre un premier single formidable, bijou aussi entêtant que léger comme une bulle de savon.
Tout au long de The Reminder, une voix au timbre délicieusement voilé accompagne la traversée de paysages musicaux tout en détails habiles, de motifs de piano aux cordes évanescentes, en passant par des rythmes sautillants et autres joyeusetés guitaristiques. Tout est tellement bien senti qu'il est difficile de ne pas y trouver une certaine magie. Par moments, un morceau ou l'autre évoque les moments les plus fragiles de Cat Power (The Park), voire de Shannon Wright (The Water), mais la personnalité de Feist ne souffre pas de la comparaison. Au contraire, elle gagne les coeurs avec toutes ses couleurs, jusqu'à l'énergie mélodique de Sea Lion Woman, reprise gospel pleine de guitares emballantes.
Le tableau pastel n'exclue pas les fêlures, à travers quelques décrochages plus profonds, tels ceux du piano de Limit To Your Love, plus diva que jamais avec de beaux arrangements de cordes et des choeurs pour enrober le tout. Les cuivres s'invitent à certaines parties échevelées (1 2 3 4, joyau pop entraînant) tandis que nombre de rythmes se font en tapant des mains ou en un claquement de doigts (Brandy Alexander). The Reminder dévoile ainsi toutes ses richesses au fil d'écoutes attentives et rêveuses. On y trouve même des bribes d'electronica le temps de Honey Honey. Le dépouillement et la mélancolie ne sont jamais loin non plus (Intuition) si bien que le disque se révèle très émotionnel. Et ce n'est pas le très beau duo en final, How My Heart Behaves qui changera la donne.
Le deuxième album (si on fait abstraction de Monarch évidemment) est toujours un cap difficile à passer, mais Feist fait mieux que confirmer, montrant une infinie sensibilité de chant que magnifient de très belles mélodies. The Reminder est une perle... vous connaissez la suite.
A écouter : My Moon My Man, 1 2 3 4, The Park , The Water, Intuition, tout en fait