Mike Patton est capable de beaucoup, et même pire encore. A maintes reprises il fait ses preuves autant avec ses albums concepts qu’avec son chant hors du commun. Pilier de Faith No More, Mister Bungle, Tomahawk, ce sacripant se plait à fricoter avec les genres passant du crooner aux hurlements gras ou irrités, toujours avec autant de génie…
Petit rappel des apparitions de cet génie fou (si certains sont curieux) : Lovage dont le leit motiv est « music to make love to your old lady » un résultat au final léger, sensuel, et plutôt easy listening ; The Dillinger Escape Plan ; Sepultura ; Fusion de Faith No More avec Boo-Yaa TRIBE dans la BO Judgement Night; Maldoror ce projet instrumental avec le japonais Merzbow ; Gainsbourg; Milk Cult; John Zorn ; Bob Ostertag ; Melt Banana ou encore ses projets solo comme Pranzo Oltranzista. (…)
BREF !!! Tout ce beau bordel pour nous mener aujourd’hui à Fantomas. Même si pour moi indéniablement « Adult themes for voices » reste le projet le plus contemporain de tous les concepts de ce grand monsieur*, cet album reste très difficile d’accès… Il faut bien l’avouer, classer un album dans la panoplie grandissante de styles n’est jamais très aisé, mais là c’est complètement différent, et même si Fantomas est apparenté à l’expérimental, ça n’a pas grand chose à voir avec d’autres du même genre comme par exemple Einstürzende Neubauten maître du bruitiste avec ‘rien’ ou presque qui d’ailleurs se rapproche plus de l’indus.
Pour écouter cet album, il faut oublier le concept de musique actuelle. Il n’y a plus de lois, quoique… Sans doute y a-t-il une logique qui dépasse la dite normalité. Un peu comme dans le monde de l’art contemporain, ou la culture de masse se retrouve perdue face à des œuvres qu’elle ne saisit pas. Alors c’est chacun sa méthode, moi je prône la concentration par les sens (non, non je ne fais pas partie d’une secte!). Ce qui est fantastique avec la musique de fantomas, c’est cette capacité a planté des décors, des images, des sensations, des frissons même. D’ailleurs comme dans une salle de cinéma prévoyez le son dolby surround et montez très fort le son pour en capter le plus possible, car certains passages très bas sont de toutes beauté. (En revanche attention à l’arrêt cardiaque quand le morceau se mets à beugler inopinément !) Pour apprécier tout ça il faut faire appel alors à tous ses sens, et surtout laisser son imagination se noyer dans le tourbillon de sons que nous balancent Fantomas.
On pourrait penser que cet album passe du coq à l’âne avec des atmosphères incongrues, et pourtant. Ce morceau de 74 minutes relève avec habileté des ambiances qui pourraient être tirée tout droit d’une B.O de film. (D’ailleurs le précédent album était des musiques de film.)
Nous voilà face à une histoire (ou plusieurs scénarios?) où se mêlent recueillement, folie, formol, onirisme, psychédélisme, machines, nature, quotidien et violence. Avec une introduction, une narration, des moments forts, des retournements de situations, et une fin.
Il y a d’ailleurs un passage que je trouve fantastique, sans doute un tournant dans le « story board » de cette histoire ? 53eme minutes : Après un passage idyllique, calme et reposant, nous voilà enfermé claustrophobe dans la tête d’un fou libidineux réalisant un acte des plus ignobles qui le transporte vers le 7eme ciel. Puis, plus rien, ou si … Un panoramique souillé où un clipoti de gouttelettes vide toute vie de cette histoire… Evidemment ceci est Ma vision, bien qu’elle ne cesse de changer à chaque écoute, car je me surprends à découvrir des strates d’ambiances différentes encore.
Cher jeune gens qui désiraient du tchiki boum boum, je crains que vous trouviez cet album incompréhensible. Quel gâchis ! Au passage on retrouve dans Fantômas Buzz Osbourne, (Melvins), Trevor Dunn (Mister Bungle), et Dave Lombardo (Slayer, Grip inc ). Il en reste que Patton encore une fois ose, et jamais n’abandonnera ! ET va vraiment finir par nous faire devenir complètement fou !
*(Pour les néophytes cet album est un patchwork de cris enchaînés (qui vont du rire machiavélique, au beuglement inaudible d’une bête enragée), session enregistré dans sa chambre d’hôtel une après midi de tournée… Et oui… Ca calme. )
A écouter : Le 1er et