Refuser la linéarité des lignes. Refuser le creuset, l’ornière et le sillon. Refuser l’évidence.
Voici le credo de Fall Of Messiah.
Dans ce qui constitue son premier opus, la formation hexagonale tente ainsi le tout pour le tout. L’acte de renversement, la fracturation, le pliage en règle de tout ce qui ressemble de près ou de loin à du lisse. Pas de ricochet. Pas de mer d’huile même. Que des pavés jetés avec violence dans l’ondée. Pour exploser son cours. Pour créer des orbes. Des inondations et des ras de marée. Alors le propos est sans cesse décousu. Du math à la place des maths. De la structure désoifiée. Du bois sans soif. Oui car c’est parfois jusqu’à la nausée. Que les tablatures ondulent. Que l’hardcore choppe le tournis. Que le torticolis gagnent les guitares. Stop and go. Cassures. 1.3.1.7.1.5. Ceci n’est pas et ne sera jamais une suite.
On entend bien tout ce que Fall of Messiah emprunte à l’emo (ces magnifiques moments dans "Devoting his life to ophiolatry"), au hardcore déstructuré et au math rock. On comprend bien la démarche qui se veut créative, alambiquée et téméraire. L’effet est là. Dans les premiers temps. L’impression, de taille. Mais à force de ne pas donner d’accroche, de rejeter les mélodies et les logiques, on rend le parcours quelque peu nébuleux, voire fastidieux. Ceci est amplifié par un chant paradoxalement extrêmement monothématique, qui crie sans arrêt de la même façon, délaissant les modulations/aspérités qui font d’ordinaire le charme de ce type de timbre braillard et screamé et qui finit, de ce fait, par être terriblement pénible et répétitif.
Un album en demi teinte donc. Qui n’atteint pas la hauteur de ces ambitions. Mais puisque c’est un groupe iconoclaste, peut-être que cela aussi, était voulu.
A écouter : "Devoting his life to ophiolatry"