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Biographie

Extra Life

Au départ simple projet solo de Charlie Looker (Zs, Ocrilim), adepte de la musique triturée, Extra Life voit le jour en 2006 dans les environs de New York. Le projet aujourd’hui devenu un groupe à part entière voit sa carrière décoller lors de l’année 2008, durant laquelle le quintet sort un album ainsi qu’un split en compagnie de Nat Baldwin. Toujours un peu confidentielle malgré un accueil critique enthousiaste, la formation de Brooklyn franchit l'Atlantique et se produit en Europe la même année. Depuis attendu de pied ferme, Made Flesh, leur second opus débarque fin Mars 2010, confirmant le statut et l'inspiration unique de ses auteurs.

16.5 / 20
3 commentaires (17/20).
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Made Flesh ( 2010 )

Sensation inclassable de 2008, Extra Life a gagné une certaine renommée ces deux dernières années. La faute à un Secular Works décrit un peu plus bas sur la page aussi imparable et exaltant qu'imbitable, sorti de nulle part qui aurait presque mérité l'officialisation du terme Math-folk. Un truc un peu dément qui hérissa autant les cheveux des amoureux de mélodies léchées qu'il procura des bouffées de chaleur aux amateurs d'expérimentations (réussies). Ce n'est probablement pas avec Made Flesh que la donne va changer.

La raison est simple: l'inspiration générale de ce second opus est la même. Jouer tout en soubresauts, prendre la scène indé à contre-pied et à rebrousse-poil, se positionner volontairement le cul entre deux chaises. Extra Life est ceinture noire de patchwork sonore. Le cancre zélé qui, en classe de musique, n'a jamais fait autre chose qu'irriter son précepteur à cultiver sa différence par la dissonance alors qu'on lui demandait de se fondre, de disparaitre dans la masse, c'est eux. Néanmoins, s'il ne devrait pas réconcilier le groupe avec ceux qu'il n'avait pas convaincu pour cette même raison, Looker n'ayant toujours pas calmé ses penchants pour la déconstruction, Made Flesh pourrait aussi désarçonner les enthousiastes de la première heure. Au moins un temps.

Ici, Extra Life prend véritablement vie, se développe autour d'un noyau tentaculaire: Looker et Secular Works. Le projet un peu fou qui aurait tout autant pu rester un génial one-shot se meut ici en un véritable groupe. Loin d'en avoir fini avec les éclats de voix atonaux de son prédécesseur Made Flesh se fait maintenant surtout remarquer par une densification des sonorités qu’il invite à la fête. Les autres participants à l'aventure viennent disputer le devant de la scène à leur maitre d'œuvre dans un fourmillement qui fait un temps oublier l'isolement tragique et casse gueule dans lequel il s'épanouissait il y a deux ans. Tout le monde en première ligne, des compos maitrisées, pleines comme des outres de détails enchevêtrés et... de mélodies indie présentes, rassurez vous, dans des proportions encore tout à fait insuffisantes et trop éclatées. Ca contrebalance quand même méchamment avec le dépouillement d'un Secular Works, rend l'approche plus aisée à première vue mais alourdi équivalemment la digestion. Trop sur de lui, au met étrangement raffiné servi en entrée, Extra Life ferait suivre un plat gargantuesque extravagant? Rassurez vous, le cauchemar culinaire est encore loin: si M6 et son insupportable diner presque parfait ont encore de longs et pénibles jours devant eux, ce n'est pas ce genre de cuisine populo-médiocre bling-bling pour heure de gloire éphémère qui nous intéresse ici mais bien celle d'un véritable talent.

Extra Life est un ovni auditif. Forcément, on veut continuer à croire que ce n'est pas parce qu'il est entré en contact avec le commun des mortels qu'il a pour autant perdu ce qui fait sa singularité pour ouvrir les bras à l'indie lambda. Extra Life ne peut s'être oublié, ne peut être là pour en mettre plein la vue de façon stérile. Il y a forcément un truc.
En effet ce n'est que suite à un démarrage en trompe l'oeil (Voluptuous life, The ladder), proprement déglingué, épique, efficace et clinquant à point, que la chanson titre laisse entrevoir une des grandes forces de Made Flesh, confirmée par la suite: tout y est plus riche, plus puissant (section rythmique remarquable), plus extrême que sur son prédécesseur. Mais Made Flesh dissimule sa folie derrière un voile pastel. Aussi, lorsque celle ci ressort, souvent, par intermittence (Voluptuous life) ou plus fortement sur quelques titres (Easter, The body is true, One of your whores) le contraste n'en est que plus fort avec le feeling général que distille ce disque en trompe l'oeil (Black hoodie, ballade aussi apaisée que morbide, la mélancolique Head shrinker et son saxophone décadent à bon escient). Extra Life est toujours là, plus exposé, à la fois à portée de main et plus secret, presque enfoui, trompant son monde. Encore une fois il faudra aller le/les chercher, s'accrocher pour prendre le train en marche. Mais n'est ce pas aussi ce que l'on était en droit d'attendre, voire ce que l'on était venu y chercher?

Ridiculement poussé à l'extrême et joliment grimé comme un disque indie pour gentils mélomanes (le titre illustré d'un clip n'est autre que le plus calme de Made Flesh), le concept Extra Life va encore faire  fumer sous l'os frontal. Il le nécessite. Un album audacieux, à la limite du prétentieux, qui se fout un peu de la gueule du monde mais que l'on peut néanmoins difficilement s'empêcher d'aimer pour sa maitrise, le dépaysement procure ou, tout simplement, son efficacité redoutable et insoupçonnée? C’est celui-ci. Et si ça vous rappelle quelque chose, c'est normal. Pour l'anecdote, l'homme qui a commis le méfait d'enregistrer cette chose n'est autre que le dangereux Colin Marston. Qui se ressemble s'assemble. Vous voilà prévenus.

A écouter : Evidemment. Ou pas.
16 / 20
4 commentaires (16.75/20).
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Secular Works ( 2008 )

Il est des jours bénis des dieux…ou presque. Un de ceux-ci, je découvrais Extra Life au détour de pérégrinations internet, à la recherche de nouveauté. Cette nouveauté ce sont des petits gars que l’on connaît bien par ici qui vont me l’amener : Battles. Une des plus grosses sensations Math de l’année 2007 vient de prendre sa claque par un petit groupe de New York répondant au nom d’Extra Life et somme à qui voudra bien le lire qu’il ne faut surtout pas passer à coté du phénomène… pile poil ce qu’il me fallait. Un clic, une écoute, puis une autre, et encore une autre… je ne les compte plus. C’est décidé, Secular Works sera mien. Il n’y avait pourtant que deux titres de l’album en écoute.

Il est des jours où plus rien ne semble avoir d’importance. Vous pouvez enfin poser une oreille la totalité de l’album tant attendu. C’est bon, très bon même. Pis, celui-ci va au-delà de vos attentes. Secular Works pourrait bien être de ceux là. Car cet étrange alliage entre une basse qui, souvent, mène la danse autour de laquelle gravitent, semble-t-il en toute liberté, guitare, violon, batterie, voix, voire claviers et EWI rend formidablement bien. Tout en déconstruction de rythmes et concassage des mélodies, l’album louvoie au rythme des accès de fièvre d’Extra Life (The refrain, I don’t see it that way), distillant contre toute attente une charge émotionnelle dense portée, notamment, par la voix de Charlie Looker.
Parlons en d’ailleurs, de cette voix. Elastique, vibrante, cristalline et incontestablement douée elle sera autant un motif d’enchantement pour les uns que d’agacement pour d’autres. Epousant de bout en bout les poussées schizophrènes de l’ensemble, elle se meut en véritable instrument, participe pleinement à la création des ambiances et mélodies (car elles existent) bien plus qu’elle ne les accompagne. Apport substantiel ou parasite ? Chacun fera son choix. Toujours est il que Looker marque fortement ce disque très vocal – conséquence logique vu son dépouillement - de son empreinte et que le tri entre ceux qui aimeront et les autres devrait largement se faire à ce niveau.

Tantôt déstructuré jusqu’au bout des cordes, tantôt enjoué et indie, tantôt planant et mélancolique, Secular Works est aussi violent que délicat, aussi riche sur le fond qu’austère en apparence. Un disque qui, sans cesse, se place sur la corde raide, souvent à la limite où se rejoignent noirceur et étrangeté prononcée (la très Ambient See you at the show, la déglinguée I don’t see it that way), parfois enjoué et quasi enfantin (The refrain) ou lumineux (This time et son final à liquéfier tout amateur de Post Rock sur place) mais qui, toujours, regorge d’idées et sait appuyer sur la corde sensible (les 10 minutes tout en retenue de I’ll burn s’achevant en un cœur poignant, Blackmail blues, qui ouvre l’’oeuvre). Un album de paradoxes, extrêmement singulier mais accessible et humble, cinquante minutes dans l’univers à part d’un groupe pas comme les autres qui nous embarque volontiers dans un passionnant périple accidenté, parsemé d’ascensions casse gueule mais jouissives.

Il est des jours où on est heureux de rappeler encore qu’écouter la musique pour ce qu’elle est reste ce qu’il y a de mieux à faire, tout aussi alambiquée puisse-t-elle être et quel que soit le contexte. Se poser, écouter, apprécier, s’évader, découvrir autre chose. Et, au cas où nous l’oublierions, quelques artistes d’exception, certes parfois un brin allumés, seront toujours là pour nous le rappeler. Extra Life en fait indéniablement partie.

A écouter : Oui.