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Biographie

Envy

Il était une fois quelques jeunes japonais dont le rêve était de sortir un disque et de faire des concerts afin de voyager un peu. Cette année là, ils ne savaient pas encore que leur musique allait renouveler un genre : le Screamo, et les propulser au devant de la scène Hardcore. Envy c'est d'abord trois amis lycéens Tetsuya Fukagawa (Chant), Manabu Nakagawa (Basse) et Nobukata Kawai (Guitare) qui décident en 1992 de se lancer dans l'aventure de la création d'un groupe. En 1995, leurs espoirs prennent racine, il faut trouver un nom. C'est le mot "envy" qui figurait en haut d'une page du dictionnaire prise au hasard. Rejoints par Dairoku Seki (Batterie) et Masahiro Tobita en 1998 et sous des débuts Hardcore modeste, il faut attendre 2001 pour qu'Envy sorte son premier véritable album, All The Footprints You've Ever Left And Fear Expecting Ahead qui parait chez HG Fact et qui restera gravé dans la mémoire. Ce chef d'oeuvre leur ouvrira les portes d'une tournée Européenne qui passera en France, les chanceux ayant assisté au concert de Blois doivent encore avoir les yeux et les esprits dans les étoiles tant les prestations scéniques furent au dessus de tout. En 2003, A Dead Sinking Story voit le jour, second album plus sage musicalement mais toujours aussi écorché, véritable exutoire d'une vie et d'une société oppressante et toujours plus stressante.

En 2006, Envy sort Insomniac Doze et à peine quelques mois plus tard l'ep Abyssal qui marquent un tournant musical, la composante Post-Rock étant largement développée sur ces disques. Après deux splits avec Jesu et Thursday en 2008 qui leur ouvrent encore une fois de nouveaux horizons, Envy revient en 2010 avec Recitation qui poursuit les pérégrinations Post-Rock des japonais. En 2011, les japonais sorte un morceau intitulé As Serenity Calls Your Name, en hommage à la catastrophe de Fukushima, alors qu'en 2013, leur label, Temporary Residence Limited, réédite leur discographie intégrale de plus de vingt ans de carrière sous la forme d'un boxset intitulée Invariable Will, Recurring Ebbs And Flows. Deux ans plus tard et une date au Hellfest 2015 qui restera dans les mémoires, Envy revient avec Atheist's Cornea, déployant une formule un peu plus compacte qu'habituellement, sorti en simultané chez Rock Action et Temporary Residence.

15.5 / 20
12 commentaires (14.92/20).
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Atheist's Cornea ( 2015 )

Après deux (voire trois) albums côtoyant des sommets d’intensité sortis en début de siècle, le screamo d’Envy a pris la tangente post-rock de manière affirmée sur Abyssal puis Recitation, offrant par-là même moins d’opportunités de faire vibrer nos tripes, sans toutefois se défaire d’une excellence propre aux japonais, performances scéniques toujours aussi habitées à l’appui. Atheist’s Cornea, sorti en juillet, a d’ailleurs été partiellement exécuté au Hellfest dernier, donnant un avant-goût assez encourageant du bestiau sur lequel nous nous penchons aujourd’hui.

Et le moins qu’on puisse écrire c’est que les deux titres d’ouverture nous font esquisser un sourire de contentement significatif, en plus de quelques poils dressés. L’astucieux Blue Moonlight et son intro piégeuse évoque les meilleurs instants d'A Dead Sinking Story, tandis qu’Ignorant Rain at the End of the World expose des obédiences plus rock et « accessibles », déconcertantes en premier lieu, se révélant d’une finesse hors-normes après insistance. La suite continue à semer le trouble puisque l’on retombe dans les bras de velours d’un post-rock spatial avec Shining Finger, agrémenté de spoken words toujours savoureux, néanmoins tranchés par les éructations puissantes d’un crieur investi dans sa tâche, comme en 40.

Les premières écoutes ne sont pas évidentes pour un(e) amoureux(se) des accès de fureurs passés des japonais, pourtant ils sont là, ils se révèlent doucement, disséminés au sein de chaque morceau, faisant rejaillir le spectre d’une souffrance évanouie, le souvenir écartelé d’une époque révolue. Footsteps In The Distance en est l’une des illustrations ombrageuses, affichant un équilibre retrouvé entre extériorisation profonde et sérénité mélodique. Les guitares subjuguent à nouveau dans leurs agencements harmoniques, sachant aussi produire de grasses portions de notes sur le fabuleux Two Isolated Souls, mariant idéalement les deux facettes qui caractérisent le quintet. L’optimiste Your Heart And My Hand termine de convaincre au sujet des intentions renouvelées des tokyoïtes, malgré un sentiment de frustration sur les toutes dernières secondes.

Évidemment assez loin des chefs-d'œuvre éternels que sont All The Footprints… et A Dead Sinking Story, Atheist’s Cornea pourrait sans mal se situer aux côtés d’un Insomniac Doze, bien qu’il soit différent, un même point d’équilibre semble être atteint. Certes, les japonais vont mieux et ressentent de fait moins le besoin de déverser leurs viscères sur chaque piste, mais le dosage screamo/post-rock de cet album plus court qu’à l’accoutumée est sans doute le plus fameux entendu depuis un bail.

Disponible via le bandcamp de Temporary Residence.

A écouter : avec attention.
15 / 20
4 commentaires (16.38/20).
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Recitation ( 2010 )

De ces groupes qui marquent une vie, qui bouleversent une expérience musicale, on n'en compte pas cinquante mille. Bien sûr, et comme à chaque fois qu'on touche à l'art d'une manière générale, chacun aura son ressenti personnel et donc ses fondamentaux. Les facteurs sont nombreux : background culturel, conditions d'écoute, connaissances de technique musicale etc. N'empêche que l'on s'accordera sur un point, ceux qui ont écouté Envy le savent et n'en sont pas ressortis indemnes.

Recitation est leur cinquième album studio qui fait suite au très Post-Rock, mais néanmoins magnifique, Insomniac Doze. A l'image de la pochette, cet album est le trait d'union entre les deux carrières du groupe. D'un côté, sa part sombre et torturée, lorsque Envy jouait au plus proche du vide, comme si c'était ses derniers instants; et de l'autre, ses envolées éblouissantes qui nous faisaient frissonner. Recitation essaie donc de créer l'harmonie dans le paysage musical du groupe et s'y risque plutôt bien. Dès Guidance qui est bien plus qu'une simple introduction mise là par convention, on est envoûté par la voix de cette jeune femme dont le japonais charme nos oreilles. En l'espace de quelques secondes, Envy rayonne de mille feux, nous captive et donne envie d'en savoir plus. Last Hours Of Eternity prouve justement que le groupe excelle toujours dans le genre Post-Rock au duo de guitares qui semblent fusionnelles et dont les arpèges sont à tomber, alors que Rain Clouds Running In A Holy Night marque cette dualité abrasive / adoucie avec une belle maîtrise. Si les trois premiers titres de l'album sont une réussite, l'on pouvait craindre un essoufflement sur la suite des travaux, mais Envy n'est pas n'importe qui et évite le piège de l'agencement Post-Rock / Screamo trop facile et ennuyeux.

Car les Japonais savent happer l'auditeur et ont su travailler leurs compositions en conséquence. N'attendez pas nécessairement des évolutions inattendues, mais de petites idées qui, mises bout à bout, font leur effet. On pense aux passages Screamo brut ravivés par les braises des débuts sur Pieces Of The Moon I Weaved, les accents Pop (Light And Solitude) qui prédominent sur ce disque avec ces guitares aux mélodies d'une pureté cristalline, au doomy et désespéré 0 And 1 ou au plus Rock Dreams Coming To An End... Avec Recitation, Envy agence néanmoins une tournure plus légère et pave sa route d'une discographie décidément unique en son genre grâce à sa fameuse touche personnelle que l'on résumera ainsi : élégance et intensité, que peu de groupes savent marier avec autant de justesse. Une fois n'est pas coutume, cet album est le théâtre des déchirements de Tetsuya (A Breath Clad In Hapiness), mais étonnamment, il en ressort une teinte plus positive, presque apaisée, comme si, après toutes ces années, le groupe avait enfin trouvé son chemin vers la lumière en particulier sur des titres comme A Hint And The Incapacity ou Your Hand. C'est sans doute là, que Recitation se distingue des autres albums d'Envy, éclairé par les astres qui effacent ces particules disparates de douleur et de mélancolie.

Recitation est donc le résultat d'une alchimie de vingt ans de carrière. On sent le groupe serein, sûr de lui, capable d'avancer et de proposer de nouvelles choses sans renier son passé et sans tomber dans la redite. Vu comme cela, on les croirait presque repartis pour deux décennies de plus. S'ils savent préserver cette qualité d'écriture et d'émotion dans leur musique, alors nul doute qu'ils ont encore de belles années devant eux.

A écouter : Rain Clouds Running In A Holy Night
13 / 20
1 commentaire (13.5/20).
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Split avec Jesu ( 2008 )

Jamais Envy n'avait fait autant de place aux sonorités digitales, et c'est sans aucun doute pour cette raison que ces 3 nouveaux morceaux figurent sur la même galette que ceux du bidouilleur bristish, aka, Justin Broadrick. A moins que ce ne soit l'inverse. Fort possible également. Quoi qu'il en soit, les japonais dévoilent 3 visages bien distincts. Une entrée en matière très shoegazing dans le fond, nourrie de stases électriques et boursouflée. Grand luxe. Un corps central typique de chez Envy, convenu mais classe : montée post rock nébuleux avec un finish au chant éructé, dynamisé par l'ablation électronique du délai respiratoire entre les phrasés. La conclusion dévoile le morceau le plus enjoué des japonais, tout gentillet, et même quand le son prend de l'ampleur, les guitares et la mélodie font que ça reste très mignon. C'est une évidence, Envy ne joue plus avec la mort au trousse, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais ça, c'est aussi peut être parce que les gaziers l'ont déjà définitivement semée par le passé. Non ? Repos bien mérité on dira. Et pour nous aussi ?

"Hard To Reach". Effectivement, il est assez difficile d'atteindre la portée de ce titre instrumental frisant le quart (tout de même) de Jesu. Ca commence comme un mauvais morceau d'électro, ça continue comme un mauvais morceau de Jesu et ça termine... relativement bien ! C'était moins une ! Le problème étant que ce "bien" là, Jesu l'a déjà sorti 20 fois auparavant. L'ampleur et la dimension sont présentes mais sans la moindre surprise. Et ma fois, ça tombe plutôt bien puisque les chroniques ont déjà été faites. Avec sa mélodie en balancier ultra basique et itérative, le deuxième acte me fait penser à un morceau de Slowdive gainé d'une fine pellicule de plomb et parasité par des beats digitaux. Bien détendu dans le gazon en matant l'artwork vraiment classe signé Aaron Turner, ou vautré sur un vieux canapé marshmallow, on se laisse volontiers happer. Repos bien mérité cette fois ci alors ?!

A écouter : Peut-tre
15 / 20
4 commentaires (18.25/20).
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Abyssal ( 2007 )

C'est l'excellent label de Glasgow Rock Action, entre autre écurie de Mogwai et Part Chimp, qui s'affuble de la dernière production de Envy. Un signe qui ne trompe pas car c'est sans surprise que les nippons persistent à trouver le point d'équilibre entre post rock et screamo sur Abyssal. C'est évidement sans rancune que les quelques allumés qui envisageaient encore un retour en arrière peuvent directement mettre un point final à leurs espérances. Il faudra s'y faire ou  les laisser en chemin, mais Envy est naturellement devenu ce qu'il est aujourd'hui. Ces 4 morceaux terriblement bien ficelés sont la démonstration que leur nouvel univers est en pleine expansion et surtout arrivé à une certaine maturation.

Durant les mesures initiales, on place volontiers Abyssal dans la continuité de Insomniac Doze. Et ceci de manière légitime car sur le premier acte, Envy déploie allégrement une atmosphère  céleste et envoutante qui renvoie immédiatement aux immanquables tirades de bonheur que sont les disques de Explosions In The Sky. On y retrouve ces guitares aiguisées filant crescendo sur une sinusoïde et cette batterie métronomique aux à-coups "déposés" plutôt que "assénés". Une fois la tension à son paroxysme, les samouraïs implosent, rougeoyants, épiques et toujours à travers ce magma intriguant de naïveté, d'insouciance et de pure bravoure. Par delà cet enchainement désormais typique, "All That's Left Has Gone To Sleep" change quelque peu la donne notamment grâce à un faisceau de guitares électrisant et sonique, peut-être plus rock dans le fond, qui fait de ce titre un véritable tube en puissance, accrocheur et immédiat dans l'impact. La suite consolide l'assise des japonais sapés de leurs nouveaux atours et affirme leur tact certain pour nous baigner de lumière crépusculaire et nous mettre la tête sous l'eau. "Thousand Scars" et "Fading Vision" peignent de véritables toiles touchantes, poétiques et singulières, respectivement grâce à un son cristallin amenant vers un final dantesque puis via l'utilisation pertinente d'un superbe sample aux sonorités étouffées et cotonneuses.

Envy peut se targuer d'avoir atteint un véritable équilibre à travers Abyssal, une performance pas toujours évidente à leur attribuer sur leur précédent disque. Le dosage est ici fait de telle sorte que la musique fait place à l'émotion seule, au delà des notes et au delà d’une quelconque considération stylistique. Abyssal est un disque loin d'être anecdotique pour ceux toujours conquis par la grâce de Envy ; "The beauty of existence is mirrored in the abyss".

A écouter : All That's Left Has Gone To Sleep - Thousand Scars - Pading Vision
16 / 20
18 commentaires (16.17/20).
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Insomniac Doze ( 2006 )

1992 : Au commencement, des premiers pas fougueux mais assurés (From here to eternity ...), puis une montée d'adrenaline (The eye of single eared prophet ...) suivie d'une apogée (All the footprints you've ever left ...), enfin, la maturité (A dead sinking story ...). 2006 : Aujourd'hui.

Envy commence à être une vieille et sage dame sur laquelle oeuvre sans cesse le temps. Son heure n'est-elle pas encore venue ? Son combat n'est-il pas encore perdu ? Avec toujours autant d'envie et de passion, Envy se pare de ses plus beaux attraits pour nous faire comprendre qu'il n'en est rien ! Ses traits restent encore jeunes, son esprit alerte, ses sens en éveil. Tout cela fait penser qu'elle ne nous a pas encore livré tout ce dont elle avait envie d'exprimer, de communiquer ou de faire ressentir. Elle qui n'a aujourd'hui plus rien à nous prouver, qu'a t-elle alors à nous dire de plus ? Tant de choses encore !

On savait tous que nos samouraïs, s'ils n'ont pas encore rendu les armes, s'étaient assagis. Aux premiers échos de leur dernière épopée on pourrait même penser qu'ils se sont empâtés, embourbés et qu'ils ont, finalement, posé un genou à terre. Leur démarche, plus lente, ne convaincra sans doute pas (plus) certains fidèles des premiers jours. Ceux-là même, qui, en perdant petit à petit la foi avaient juré leur perte suite aux perceptibles tentations d'un suppôt de Satan bien connu et nommé "post-rock". Les discussions au grand jour avec Mogwai avaient permis aux moins perspicaces de ne plus avoir de doute ou presque. De ce côté-ci on n'aura donc pas vraiment droit à une surprise scénaristique. Les écarts de conduite sont donc ailleurs.

Comme pour énoncer plus clairement ses intentions, Tetsuya prend le temps cette fois ci de se mettre au "Spoken Words", permettant au reste de la troupe d'affûter les mélodies au sein desquelles s'entrecroisent, s'embrassent puis finalement se marient toujours davantage de notes. Envy ne se laisse plus enfermer dans le moindre carcan. Sans retenue aucune, "The Unknow Glow" prend ses aises sur plus de 15 minutes durant lesquelles une multitude d'émotions et de sentiments parviennent à transiter. La sublime et tragique tristesse ("Night in winter") côtoie la fureur exacerbée ("A warm room") et leur rencontre n'aura sans doute jamais été aussi bien emmenée. Car il faut bien l'avouer, Envy a tout de même conservé ses humeurs coléreuses et lors de ses nouvelles "gueulantes", la voix atteint un degré de puissance impressionnant. La "granularité" si caractéristique aux cordes vocales est aujourd'hui plus abrasive que jamais notamment grâce à une production de feu.

Avec un apparent flegme, Envy fait rayonner une intensité sous-jacente extraordinaire. Peu de groupes parviennent à propager une aura si prenante, on pense alors évidement à Godspeed You ! Black Emperor, surtout quand les cordes des guitares oscillent et résonnent comme des violons joués avec les doigts dans la prise ("A warm room"). Envy pousse son aspect progressif sur ce même morceau qui clôture l'épisode Insomniac Doze en véritable apogée musicale à la fois dense, mélodique et puissante. A fleur de peau, les touchantes partitions donnent des hauts le coeur. Minimalistes, elles nous plongent lentement dans un sombre rêve pour nous réveiller brutalement par un violent électrochoc hardcore ("Night in winter").

Ceux qui avait été un tant soit peu déçus par A dead sinking story et ses passes atmosphériques, ne voulant tirer de Envy que son screamo épique et tempétueux, ne devraient en conséquent pas être davantage convaincus. Seulement, les nippons ne se "Crystallize" pas au sein d'une "Scene" et décide d'avancer sans renier leurs "origines", en témoigne l'explosif "Shield of Selflessness", morceau le plus traditionnel. Avec ses vocalises redondantes jetées en pâture dans un magma musical, on y retrouve les ingrédients chers au hardcore du groupe et qui ont fait son succès. Certes nous connaissons mais nous aimons tant !

Les "hardcore heroes" du soleil levant tentent de se rapprocher de leur idéal musical, en mêlant habilement leur fougue insaisissable à leur désir de rester quelques instants en apesanteur pour prendre du recul. Paradoxalement, il en ressort un manifeste à la fois spontané et réfléchi auquel on adhère sans trop se poser de questions métaphysiques si l'on se donne la "peine" de lire entre les lignes.

A écouter : sans exception
15 / 20
4 commentaires (16.25/20).
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Compiled Fragments 1997-2003 ( 2005 )

Depuis 1992 Envy éructe avec passion sa musique à la fois puissante et planante mais toujours au service de l'intensité et de l'émotion. Aujourd'hui, Envy possède la même énergie qu'a ses débuts et se trouve sans doute encore loin de son dernier souffle. La récente sortie de Insomniac Doze en témoigne parfaitement. Il n'est donc pas vraiment l'heure de sortir un album "discographie" (qui serait de toute façon un format trop restreint vu le nombre de compositions que le groupe a à son actif). Toutefois, Envy a accumulé les 7", les 10", les EPs et les splis CDs, fragmentant ainsi ses performances en courtes mais ô combien puissantes explosions musicales. Ce n'est donc pas vraiment un luxe que les japonais s'offrent et nous offrent avec ce Compiled Fragments 1997 - 2003. Nous allons enfin pouvoir écouter d'une traite les petits bijoux parsemés de ci de là sans opérer une partie de jonglage de galettes.

Pour un total légèrement supérieur à une heure, sont regroupés dans un ordre antichronologique les titres présents sur :
Le 3 ways split CD avec Yaphet Kotto et This machine kills (2 titres - 2003),
Le split CD/10" avec Iscariote (2 titres - 2002),
Le split 7" avec This machine kills (1 titre - 2000),
Le split 7"  split avec Endeavor (2 titres - 1997),
La compilation No fate III (1 titre - 1997),
Le split 7" avec Sixpense (2 titres - 1997).
Sont également ajoutés un titre inédit composé en 2002 et 2 titres live enregistrés en 2004 au Tomorrow's Parties Festival en Angleterre ("Awaken Eyes" et "Go mad and mark"). Ca c'est fait !

Les politesses formelles énoncées, venons en maintenant aux aspects plus profonds de la chose. Pour aller directement au but, si vous n'avez pas encore écouté les 2 morceaux du split avec Yaphet Kotto / This Machine Kills sorti la même année que A dead sinking story, vous avez assurément loupé les compositions les plus réussies du groupe. Ces 2 longs titres sont tout simplement époustouflants. Envy est clairement au sommet de son art ici, mêlant comme jamais puissance, grâce et harmonie au sein d'une même entité sonore. Bref 2 titres de "screamo épique de super luxe" qui mettent à terre les tout simplement très bon morceaux des américains (Yaphet Kotto et This Machine Kills pour ceux qui n'ont pas suivi) présents sur le même disque.
Les 2 morceaux issus de la collaboration avec Iscariote montrent déjà le goût des japonais pour les atmosphères et les passages noisy dévastateurs (chaotique ! "Invisible understanding") emmenés en douceur, un peu en cachette, pour mieux nous surprendre. On retiendra le morceau en français "Chacun de tes pas", véritable exutoire  viscéral d'une efficacité fatale pour nos nerfs.
En reculant un peu plus dans le temps on découvre alors les morceaux des vieux splits avec Endeavor et Sixpense. En ce temps les notes étaient moins bourrues, plus claires, plus rapides et davantage punk hardcore aussi ("This Self - crusaders", "Trembled"). La production moins léchée confère une sacrée pêche à ses compositions hystériques qui laissent déjà présager en toile de fond de quelque chose de "grand".
Le morceau inédit ne réserve malheureusement pas de grandes surprises. Alternant chant clair, mélodies et envolés rageuses, il entre dans le solide moule emo hardcore que le groupe a su sculpter.
Les titres lives donnent envie de se crever un oeil pour voir le groupe sur scène. "Awaken Eyes", issu du vieux The eyes of single eared prophet  (2000), rend ivre et "Go mad and mark" (A dead sinking story) montre à quel point Envy maîtrise son sujet sur les planches.

Compiled Fragments se veut donc une belle pellicule rétrospective sur l'histoire envyesque qui, on l'espère, nous réserve encore quelques beaux moments à marquer de pierres blanches.

A écouter : sans modration
17.5 / 20
25 commentaires (18.54/20).
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A Dead Sinking Story ( 2003 )

Après le magistral album All the Footprints You've Ever Left and Fear Expecting Ahead,  propulsant Envy parmi les groupes les plus reconnus de la scène hardcore, la nouvelle production du talentueux sextet japonais est bien évidemment attendu au tournant. Une question brûle alors toutes les lèvres : Comment le combo va t'il rebondir après un disque qui subsistera comme une référence du genre screamo hardcore ? Il est inutile de vous faire patienter plus longtemps quant à la qualité de ce nouvel opus. Sans égaler son prédécesseur, A Dead Sinking Story n'en est pas moins un album époustouflant et étincellant qui marque un désir d'évolution perceptible dans les accalmies que le groupe se plait à développer de plus en plus.

Envy produit toujours une musique homogène et ce nouvel album forme un véritable tout, monolithique et envoutant. Cette sensation est accrue par des morceaux plus longs, poussant les atmosphères et les mélodies dans leurs retranchements émotionnels. Afin d'étirer les compositions, Envy développe des longs plans ambiants agrémentés de samples discrets comme sur "Evidence" ou "A Conviction That Speeds", ceux ci agissent comme un ciment entre les morceaux, ne rendant l'édifice que plus résistant et sujet à davantage de souplesse.
Rassurez vous toutefois, Envy n'a rien perdu de sa fougue et le côté "irruption volcanique" de leur musique est toujours présent à l'appel. Chaque morceau est une savante alchimie de beauté contemplative et de puissance. Les fougueux assauts instrumentaux sont toujours de la partie et confèrent plus que jamais ce caractère épique et fédérateur à la musique des japonais. Aucun doute n'est désormais possible, les musiciens de Envy sont tels une poignée de samouraïs luttant jusqu'au dernier souffle sur les bords des falaises du désespoir, sans relâche et avec conviction.
Tantôt au sein de lames de fonds dévastatrices, tantôt au creux de la vague ou encore sur la crête de celle ci, plus près des cieux, Envy nous plonge dans un océan bouillonant et houleux. Les explosions sonores et vocales engendrent un véritable magma musical, électrique et intense ponctué de quelques ïlots salvateurs matérialisés par des accalmies mélodiques permettant de reprendre un peu de souffle. Certes, ce schéma tend à se répéter et certains diront "on connaît la musique", mais la lassitude n'a ici pas de place tant les morceaux captivent et laissent béats. De ces dernières émanent une douleur sincère jamais exacerbée et même si Tetsu éructe en japonais, la barrière de la langue n'inhibent en rien les émotions que le groupe exprime. La musique produite est universelle et démontre que Envy reste une formation atypique.

Ouvrant la voie à de nombreuses vocations, ces japonais restent imbattables dans un registre qu'ils maîtrisent de bout en bout. On pourrait leur reprocher de ne pas prendre assez de risques mais la multiplications des passages atmosphériques aérant leur screamo hardcore semblent pointer du doigt une évolution future allant dans ce sens. Wait & See.

Télécharger : Distress Of Ignorance

A écouter : Chain Wandering Deeply - Distress Of Ignorance - Unrepairable Gentloness
19.5 / 20
22 commentaires (18.55/20).
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All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead ( 2001 )

Selon la tradition bouddhiste enseignée par la doctrine du Samsara, "la mort mène à la renaissance". A l’image de la destinée du Soleil, il est demandé à chaque homme d’abandonner la vie pour pouvoir renaître éternellement. En 2001, Envy opte pour ce sacrifice et met au Monde une œuvre dont l’intensité est telle qu’on a peine à croire que ses auteurs y aient survécu.

Envy émerge au point "Zero". Là où tout s’achève. Où tout commence. Brume noisy, beat saturé et grincement des amplis. Voici le couloir de la naissance. "Farewell to Words". Premier cri, premier aggrippage à la vie. L’adieu est déjà là, en symbole de la fin sans qui le commencement demeure impossible. "Received The End Now". Ici intervient la rencontre de l’Homme et du feu. "Farewell To Words" imprime au destin la marque tragique de ses auteurs. Avalanches rythmiques, déchirement sonore, fureur inouï du chant. L’attaque de All The Footprints You've Ever Left And The Fear Expecting Ahead rend toute rémission impossible, tout retour en arrière vain. Et , au milieu de l’insurrection verbale, apparition d’un break venu d’ailleurs. Appel radio depuis l’espace. Reprise de l’incendie. Envy vient de franchir la stratosphère.

Les paroles de All The Footprints parlent des chutes inéluctables, des choix laissés à l’abandon, de l’obsédante réalité de la douleur, de l’angoisse qui ne meurt jamais et de la solitude face à l’effondrement. Sanctifiant chaque morceau de son hémoglobine par ses textes, incarnant cette élégie de tous les instants, Tetsuo avance veines ouvertes, le creuset au bras et la plainte comme ultime testament dans la main gauche ("Left Hand"). Littéralement accablé, sans cesse penché sur l’arrête tranchante du précipice, le frontman s’adonne à une partition hurlée, puisée au plus profond de son être et délivrée au prix d’un arrachement des côtes et du thorax. "A Cradle Of Arguments and Anxiousness", à ce titre, atteint les cîmes de l’émotion, mettant sur pied une schizophrénie vocale vertigineuse, entre grâce et calcination, sur laquelle se juxtapose l’anthologique "Mystery and Peace" et son pont céleste. Incantation et envoûtement sous le filet pluvieux des guitares. Envy gicle en faisceaux ("Tout n'est que poussière..."), persécute le silence et désagrège l’auditeur. "A blast blows me out".

Constamment dans le rouge, proche de l’extinction, Envy se rend sur des versants qu’on croyait synonymes de non-retour. Grâce à ses spoken words ("Invisible Thread") qui feront date dans l’Histoire, ses accalmies magiques (et que dire de ses envolées/montées), le drapé de ses cordes ("Your Shoes And The World To Come") et sa batterie couverte d’ecchymoses ("The Light Of  my Footprints". "C’est ma tête qu’on cogne contre les cymbales.."), Envy a fait don de soi au Monde, participant de ces évènements qui font qu’après cela, on est forcé de dire que "jamais rien ne sera plus pareil".
All The Footprints est plus qu’un œuvre musicale, c’est le point d’unification des deux mondes :
La voie de l’Eternité.

A écouter : The World To Come