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Biographie

Enslaved

Enslaved se forme en juin 1991 autour de Ivar Bjornson et Grutle Kjellson, respectivement âgés de 13 et 17 ans à l'époque. Le nom est tiré du morceau Enslaved Is Rot, extrait d'une démo d'Immortal. Les deux musiciens sont actuellement les seuls rescapés du line-up originel, un trio avec Trym Torson à la batterie. Les prémisces d'Enslaved sont apparues lorsque le duo était encore dans un groupe de Death Metal nommé Phobia et qu'ils ont décidé de s'orienter vers un son plus Black. Pourtant, loin de n'être qu'un erzatz de MayhemBeherit ou Darkthrone, même si leurs premiers sons se tournent vers un Black Metal viking et mélodique, les Norvégiens s'orientent vers un son plus Rock et Progressif, évoluant sans cesse au fil de leurs albums. Le dernier album en date des Norvégiens est In Times, celui-ci rencontre un franc succès du fait de son contenu qui oscille en la brutalité du Black et des mélodies très recherchées proches parfois d'un feeling Rock étourdissant. 

16 / 20
23 commentaires (16.87/20).
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In Times ( 2015 )

Avec Enslaved on est à peu près sûr d'une chose, c'est qu'on ne risque pas d'être déçu. Avec un line-up inamovible et une prédilection confirmée pour un black metal progressif aux accents rock et folk, on sait aussi en quel terrain on va voyager. En outre avec six morceaux et 53 minutes de musique, cet opus est un peu plus direct en apparence et en fait tout aussi riche que ces prédécesseurs. 

Le premier morceau Thurisaz Dreaming est un concentré de metal à la Enslaved. Il débute par une pure agression black norvégien qui nous rappelle d'où vient le groupe avant de se prolonger par une mélodie aérienne et le très beau chant clair de Herbrand. Puis un nouveau mouvement musical plus épique encore se fait entendre avant que les cris black reprennent le dessus et qu'enfin le groupe nous laisse sur un beau passage musical. En 8 minutes on retrouve ainsi nos amis norvégiens très en forme avec un black protéiforme et inspiré. Building With Fire se révèle plus calme en introduisant une veine black and roll à la Enslaved, voix criarde par dessus un riff plutôt rock, et toujours ce chant clair majestueux qui rivaliserait avec Opeth. La construction du morceau est à ce titre encore une fois excellente avec de beaux passages de claviers et des guitares aériennes quand il le faut. On a même droit sur l'ensemble du disque à des solo inspirés. 

One Thousand Years Of Rain enfonce par ailleurs le clou du black n' roll grâce à un riffing puissant sur lequel voix claire et chant black s'entremêlent. Un très bon morceau avec une belle recherche mélodique, des chœurs emphatiques ici, un pont acoustique là. Enslaved se montre ainsi inventif et démontre à ce stade une parfaite maîtrise de son sujet. Nauthir Bleeding démarre en douceur avant de nous offrir une nouvelle terre de contrastes entre le chant criard de Grutle et le jeu toujours fluide et inspiré des guitares. Un souffle épique balaie ainsi la chanson avec force. In Times le morceau titre est aussi le plus long de l'album, avec dix minutes d'un voyage étourdissant. Toute la panoplie y passe, avec des envolées de chant clair appuyées par un riffing rock au diapason et des passages criards soutenus par de bons gros riffs bien costauds, ou encore un pont aérien et magique. Probablement la meilleure piste de cet album, celle où Enslaved met vraiment tous les ingrédients pour sublimer sa musique avec limpidité. Daylight se fait lumineuse pour clore cet album. Là encore le mélange entre puissance metal et douceur fait merveille. 

Sans atteindre le niveau d'un Riitiir, Enslaved perpétue un héritage musical riche et abouti où les très bons disques sont légion. In Times ne fait pas exception. Déjà un des meilleurs disques de 2015. 

A écouter : tout
17 / 20
10 commentaires (17.95/20).
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RIITIIR ( 2012 )

Avec plus d’une dizaine d’albums au compteur et plus de vingt ans d’existence, Enslaved s’est forgé une carrière solide faite de hauts… et de sommets !! Enslaved ne connait en effet pas les bas et n’a jamais commis le moindre faux pas. Enslaved avance, évolue, prend des risques, mais ne trébuche jamais. Et ce n’est encore pas avec ce RIITIIR qu’Enslaved nous fera goûter la saveur amère de la déception. Mieux que ça, ce nouvel opus est à placer directement parmi les chefs d’œuvre du combo norvégien, ce qui n’est pas peu dire.

RIITIIR prend l’héritage de ses glorieux ainés, IsaEldBelow the LightMonumensionFrostAxioma Ethica Odini, etc. (tous en fait !!), et synthétise cet héritage, le malaxe dans tous les sens, en extrait la substantifique moelle et en ressort épique et aventureux.

Ce statut particulier, RIITIIR le doit à sa profonde cohésion. Si cette expression se retrouve parfois galvaudée, elle prend ici tout son sens tant cet album donne une puissante impression d‘homogénéité. D’autant qu’Enslaved pratique aujourd’hui du…. Enslaved. Le groupe joue SA musique, un style qui lui appartient et qu’il a forgé au fil des ans. Personne ne peut mêler ce black metal de viking avec des touches progressives et classic rock avec autant de consistance. Personne.

RIITIIR, c’est la sensation de prendre un drakkar rempli de vikings en rute en pleine tronche (l’attaque black metal de Roots of the Mountain nous rappelle qu’Enslaved se souvient d’où il vient) tout en planant dans une atmosphère 70’s enfumée (par exemple le solo de guitare bourré de feeling de Materal, la fin majestueuse de Roots of the Mountain ou encore la douce conclusion de Forsaken), le tout terrassé par une lourdeur inouïe (écoutez les riffs écrasants -ou plutôt devrais-je dire ECRASANTS !!!- de Thoughts Like Hammers ou Veilburner). Sans ce que ce melting pot ne paraisse incongru le moins du monde. Chez 99,9% des groupes, un tel mélange aurait été suspicieux, bancal, voire carrément casse-gueule. Chez Enslaved, ça ne suscite pas la moindre interrogation. C’est juste normal. Et tellement maîtrisé. Le groupe reconnait d’ailleurs lui-même en interview que son line-up actuel peut être considéré comme son line-up classique. Impossible de le contredire sur ce point : le groupe se connaît désormais parfaitement, connaît ses forces, ses talents, probablement ses limites aussi, et base sa créativité sur cette parfaite connaissance de lui-même.

Enslaved mêle avec un tel équilibre ces mondes opposés qu’on en perd le nôtre… d’équilibre ! Le chant purement black metal du bassiste Grutle laisse place avec une grande facilité aux envolées en chant clair du claviériste Herbrand Larsen. La rudesse de l’extrémisme musical s’entremêle divinement bien avec la finesse du rock progressif. L’ambiance plombée du metal s’accouple dans la joie et la bonne humeur avec des références psychédéliques du meilleur effet. Le tout avec une profonde cohésion. C’est cela RIITIIR. C’est cela Enslaved

A écouter : Tout
16 / 20
8 commentaires (16.94/20).
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Axioma Ethica Odini ( 2010 )

Rien ne ressemble plus à Enslaved qu'Enslaved. Entre Black Metal et Rock Progressif, le combo Norvégien a trouvé sa voie, se tournant de plus en plus vers le second style précité sur ses derniers opus. Axioma Ethica Odini ne dérogera pas à la règle, même si la grosse surprise est passée avec Vertebrae. Il faut dire que le quintet montre de plus en plus sa diversité, notamment en tournant ou collaborant avec quelques artistes que l'on n'associera que peu à la scène Black Metal (Shining, Fe-Mail pour former Trinacria).
L'écoute de Axioma Ethica Odini donnera un peu la même sensation que celle d'un album d'Opeth : une musique qui part parfois dans tous les sens, avec un gros travail sur les mélodies et de nombreuses influences prédigérées qui permettent l'alternance entre Metal pur jus et Rock Progressif. Le fait que les 2 groupes aient tourné ensemble n'est donc pas un hasard si l'on regarde d'un œil global les discographies respectives.
Néanmoins, par rapport à Vertebrae, les parties plus blackisées reviennent sur le devant de la scène, comme un lien avec les précédentes sorties du combo. Ce retour n'est pas pour déplaire : Que ce soit sur Raidho, The Beacon ou même plus simplement le titre d'ouverture Ethica Odini, on sent que Grutle Kjelsson et sa bande ont réalisé un gros travail sur la composition de certains titres et les lignes vocales (en particulier le chant assez virulent) sur 60 minutes, notamment sur Lightening, titre clôturant en apothéose ce disque. On retrouve ainsi véritablement les musiciens qui avaient composé Isa ou Monumension, 2 albums qui préfiguraient déjà la tournure que prendrait Enslaved tout en gardant une grosse prédominance Extrême.
Les rythmiques et riffs très 70's (Pink Floyd, King Crimson) sont toujours aussi présentes (Night Sight, Giants) et ce malgré le retour des racines plus blackisées sur la plupart des titres (The Beacon, Ethica Odini), classant cet album comme le bâtard de Vertebrae et Isa. La magie opère toujours, avec une facilité presque déconcertante et une tendance à se tourner vers des compos très riches (alternance d'ambiances, de tempo ou même de chants) qui pourtant ne donnent pas une sensation de "fourre-tout bordélique". C'est là le talent d'Enslaved au final : sortir quelque chose de complexe à l'apparence tellement simple et abordable, qui séduira autant un vaste panel de personnes.

Ce nouvel album ne s'effrite pourtant pas en quelques écoutes malgré son apparente facilité d'accès. La responsabilité à une musique multicouches : riffs, chant ou même backing-vocals se superposent mais ne se mélangent jamais. Chaque passage dans le lecteur s'accompagnera donc de quelques découvertes plus ou moins intéressantes, avec un gros sentiment d'exploration musicale (Ethica Odini, l'interlude Axioma, le profond Singular). Comme toujours, Enslaved réalise un énorme travail d'écriture, avec un revers parfois douloureux : la multitude d'informations que les oreilles emmagasinent en quelques minutes peut à la fois dérouter et séduire. Pourtant, on retiendra toujours quelque chose de différent, selon l'état d'esprit, l'atmosphère ou les conditions dans lesquelles se trouve l'auditeur.

Axioma Ethica Odini est donc peut être un peu moins psyché que Vertebrae (Ethica Odini, Waruun) mais le groupe fait toujours la part belle à ces multiples envolées et plans kaléidoscopiques. Beaucoup plus facile à aborder que son prédécesseur, il fait pourtant preuve d'une plus grande homogénéité -ce qui le rend au final plus digeste- et se révèle le lien adéquat entre Ruun et Vertebrae. Enslaved réussi et toujours son pari : sortir des bancs du Black Metal simple et basique.

A écouter : Sans appréhension
15.5 / 20
7 commentaires (17.29/20).
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Vertebrae ( 2008 )

Enslaved : fer de lance du Black Metal, puis d’une certaine idée de son renouveau depuis maintenant trois albums - pour autant de réussites. Les norvégiens sont pour ainsi dire des monstres de la scène extrême. La sortie de Vertebrae, leur dixième album n’est donc pas la moitié d’un événement.

Une fois encore Enslaved a évolué, poussant toujours plus loin sa démarche de diversification. C’en est maintenant fini du raw Black Metal, mais cela nous le savions déjà. Désormais Enslaved se nourrit d’influences progressives, a allégé ses sonorités. Isa avait magistralement ouvert la voie, bien lancé par un Below The Lights non moins excellent mais appartenant encore à une autre période de la vie du groupe. Ruun avait poursuivi l’œuvre entamée, aérant toujours plus le Metal des Norvégiens… Vertebrae vient aujourd’hui certainement clore ce nouveau chapitre.

Enslaved n’est donc pas revenu à ses premières amours, loin de là. Les quelques déçus des quatre dernières années pourront donc surement continuer à l’être. D’autant plus que le quintet prend ici crânement le pari d’aller au bout de sa démarche et est cette fois clairement passé du côté progressif de la force. D’avantage de chant clair (Center), d’avantage de feeling Floydien, encore moins de Black Métal : le pas franchi est saisissant. Logique car dans la continuité des albums précédents, mais saisissant. Un constat déroutant, voire déplaisant tant Isa, déjà,  avait réussi à allier puissance, classe, agressivité et fragilité à merveille pour définitivement faire de la formation une entité musicale entièrement à part. Beaucoup espéraient dès lors l'arrivée d'un autre ovni. Enslaved, eux,  n’ont jamais essayé de reproduire un tel chef d’œuvre. Judicieux choix, le challenge était probablement insurmontable.
A la place nous voilà avec Vertebrae calé entre les deux oreilles. C’est peut être déjà la troisième écoute et toujours le même malaise sans pouvoir décrocher pour autant: où sont passés les norvégiens dans ce festin d’arrangements rock progressif agrémenté de réminiscences d’un passé bien plus furieux (The Watcher, New Dawn)? Nous serions vraiment en droit de nous poser la question. A vrai dire, ils sont toujours bien présents à leur manière.
Ouverture : Clouds. Premier contact avec Vertebrae. Un titre à la production et aux sonorités déroutantes dès les premières secondes et qui pourtant sera le déclencheur. Une fois apprivoisée, cette composition est la clef qui permettra de faire sauter le verrou des intentions d'Enslaved. Faire fi de ce que nous connaissons, de ce que nous attendions, pour aborder cet album comme n’importe quel autre (tâche loin d'etre aisée) et tout simplement constater.

Constater l’orchestration fabuleuse de ces huit morceaux (passionnant Clouds, Center qui tiendrait presque du mouvement Post dans ses instants les plus dépouillés ou ce Vertebrae presque intimiste), se régaler du travail de titan réalisé sur les guitares, apprivoiser ce shriek parfois totalement mis à nu (la floydienne Ground), privé de la saturation grésillante et du riffing puissant que l’on était en droit d’attendre, s’évader. La démarche musicale d’Enslaved est infiniment personnelle, restant fidèle à un seul et unique crédo : toujours et encore plus loin. Les norvégiens composent la musique qui les passionne et non celle que l’on attend d’eux. Enslaved évolue sans se renier, tant pis pour ceux qui seraient restés bloqués dans une époque plus reculée de leur discographie. Le travail de mixage effectué par le groupe est d’ailleurs formidablement exploité par Joe Barresi qui confirme une fois de plus son talent. L’ambiance est belle et posée, un brin mélancolique voire triste, l’accroche de plus en plus aisée au fil des écoutes. L’addiction pourrait bien finir par poindre…

Vertebrae, album facile et mou ou exigeant et inspiré ? Dans l’absolu, la deuxième option parait évidente. Au regard de la discographie d’Enslaved, un peu moins… et pourtant… et justement même. Jamais les norvégiens n’ont livré tous leurs secrets lors d’un premier contact et Vertebrae ne déroge absolument pas à la règle malgré ses abords trompeusement accessibles. Aussi, serait-il idiot de passer à coté de cinquante minutes d’évasion pour une simple question d’impatience… non?

A écouter : Libre de tout préjugé.
15 / 20
9 commentaires (16.17/20).

Ruun ( 2006 )

Si j’étais un album, je crois que je détesterais être Ruun. Peu importe son contenu d’ailleurs, et la teneur de sa musique, ce disque avant même ne serait-ce que la composition des prémices d’un de ses titres partait d’avance avec un lourd handicap, celui de succéder à la trilogie des runes d’Enslaved, et plus particulièrement à Isa, fleuron de celle-ci. Vous me direz  « Tant que la musique est bonne !», ce à quoi je répondrais d’une manière peu démagogue « Oui mais tout de même… ».  Succéder à l’immense rune qu’était Isa, son tempérament de feu incarné par le black metal, sous une épaisse couche de glace innommable, évoquée par une atmosphère psyché rock 70’s,  tel est le lourd dessein de Ruun. Comment pourrait-on imaginer ne serait-ce qu’une suite à cet aboutissement artistique quasi parfait, orchestré au cours des années par les norvégiens ? Et pourtant il le faut ; revenir à la réalité de la vie d’artiste dénotera avec notre vision d’observateur de la remarquable carrière d’Enslaved, mais pourtant il faudra se rendre à l’évidence, le groupe est loin d’avoir déposé ses dernières forces avec Isa, et c’est tant mieux.

De premier abord, on aura peut-être la vulgarité de se dire que Ruun a joué la facilité, en reprenant bon nombre des ingrédients de son devancier. Ne serait-ce qu’en examinant son artwork, on dénote une familiarité avec celui d’Isa (alors qu’Enslaved avait pour habitude d’en proposer des divers et variés). La thématique reste également la même : bien que le groupe cultive son adoration de la mythologie nordique depuis ses débuts, la thétique des Runes est une nouvelle fois à l’ordre du jour, bien qu’abordée sous un angle différent puisque de manière plus globale. Mais la ressemblance ne s’arrête pas là, on sent dès les premières secondes de Ruun qu’il est totalement dans le prolongement d’Isa. Entroper ouvre le bal avec un riff qui nous rappelle d’emblée que le groupe n’a pas d’égal pour créer des trésors d’efficacité. Tout au long du disque on sent ce black metal qui n’en est plus, alternant ses ambiances psychédéliques toujours prenantes et la fureur de son énergie. Tantôt l’hypnotisme d’une folle virée menée par les nombreux timbres utilisés par le synthétiseur galopant (Fusion Of Sense And Earth), les chants clairs (RUUN) et les soli de grande qualité (Hair To The Cosmic Seed) nous retourne, tantôt c’est la maestria des lignes de guitare de ce metal si efficace (Api-Vat) qui s’en charge. La majestueuse profondeur dans cette mine d’or qu’est la musique d’Enslaved est toujours palpable, un travail sur le détail infime, servi par une production judicieuse, toujours très claire (et là aussi proche d’Isa).
Là où Ruun opère une déconnection par rapport à ses prédécesseurs et même un tournant dans la carrière d’Enslaved (il en fallait un de toute manière), c’est par la teinte très lumineuse qui s’en échappe. Ce côté presque beau se mue même parfois en mélancolie. Les rares traces de cette noirceur singulière qui faisait la personnalité d’Isa et ses deux frères ont quasiment disparu. La haine devient symbolique à travers le chant de Grutle et même si cela manque, le nouveau visage de la musique des norvégiens est ainsi fait. Comme une fougue salvatrice, comme si le groupe relevait la tête après un long et douloureux périple artistique, on sent presque une sérénité (Essence et ses chants clairs) et un équilibre trouvés, après tant de sacrifices. Et c’est là le principal reproche que l’on peut faire à ce disque. Au-delà de son indéniable qualité, il parait, de par un côté progressif bien plus marqué qu’auparavant, et ce de bout en bout, presque l’œuvre d’une machine rodée et bien huilée. Enslaved aurait-il perdu son âme ? N’allons pas jusque là, mais parfois on se demande si ce génie du riff ne s’est pas transformé en mécanique quelque peu moins sincère. Le groupe essaie, à travers une démarche artistique toujours volontaire, d’évoluer, de continuer sa longue expédition au travers de la musique, gardant toujours un pied vers ses origines, le black metal. Toutes les influences digérées au cours du temps se font sentir, formant un agrégat musical fascinant mais presque excessif. Tout est bien agencé, mais Enslaved est moins percutant, moins franc qu’auparavant avec son auditeur, et c’est fort dommage.

Ruun n’était presque pas attendu, tant il est arrivé vite après Isa, et il déçoit presque, malgré une qualité incroyable. C’est bien ce qui en fait son grand paradoxe : les perles qu’il renferme sont envoûtantes, d’une richesse incroyable, mais font bien pâle figure comparées au chef d’œuvre qu’elles ne sauraient en aucun cas suppléer. Moins de magie, moins de voyage des sens, la bête s’est décidemment faite bien trop progressive. Ce disque ne sera certainement pas l’album de trop, celui qui marquera l’arrêt de mort d’Enslaved, mais symbolisera certainement la deuxième charnière dans la carrière du groupe, tout en étant un album de transition. Que donnera la suite ? Nul ne le sait, mais ne soyons pas pressés d’en savoir plus. Enslaved est capable de grandes choses on le sait, et il lui faudrait certainement du temps pour réfléchir à la suite.

A écouter : à peu de choses près, tout.

Return To Yggdrasil - Live In Bergen ( 2005 )

Avec Isa, dernier album en date du groupe, Enslaved a frappé un grand coup. La tendance qui semblait se dessiner depuis Monumension s’est bel et bien concrétisée tout au long de cette année 2005. Les norvégiens ont désormais un public bien plus hétérogène et surtout plus conséquent, la faute à un viking métal complètement imbibé de rock influences 70’s. Alors bien ou pas, je ne suis guère là pour le dire, et ce n’est d’ailleurs pas la question. Intéressons - nous plutôt aux conséquences de ceci. Du fait de cette situation, Enslaved a connu ces derniers mois la plus grosse tournée que le groupe ait jamais entrepris à travers l’Europe (y compris en France, une date mémorable au Fury Fest et même au delà. Découle de ce périple un DVD live, révélant l’ambiance de l’un de ces nombreux shows, à domicile de surcroît.

Return To Yggdrasil – Live In Bergen, tel est son nom, offre donc un set du groupe de plus de cinquante minutes . Evidemment très axée sur Isa, la setlist revêt un aspect très inattendu et fait la part belle aux titres les plus ambiants du répertoire d’Enslaved. Contrairement au show du Fury Fest, seule date française de l’année 2005 pour le groupe, qui avait réservé un set à l’intensité et à la férocité incroyables surchauffant la déjà brûlante salle Velvet, cette soirée à Bergen, immortalisée en mai dernier, se déroule dans une ambiance presque feutrée, propice aux longues progressions des vikings et seule Jotunblod, extraite de l’album Frost vient brusquer la paisible salle remplie d’un cortège de doux chevelus. Apanage des concerts de black métal ou choix de setlist, toujours est-il qu’Enslaved offre une main de fer dans un gant de velour, grâce à ses ambiances et à son univers, soutenu d’une part par la projection d’essais artistiques plutôt réussis (réalisés par Asle Birkeland, déjà auteur des jaquettes d’Isa et de la réédition de Vikinglir Veldi) et par un musicien supplémentaire à la guitare sèche, augmentant l’aspect nature des compositions du groupe. On a donc ici tout l’art d’apprécier la qualité des concerts du groupe et les divagations vers lesquelles il tend à aller artistiquement parlant.
Pièce centrale du DVD, le live n’en est pourtant pas le seul intérêt et l’on retrouve un film rapportant la tournée du groupe (avec Vreid ) au cours du printemps 2005, au travers de destinations aussi variées que différentes au niveau de l’accueil du groupe par les autochtones. On y retrouve évidemment les inévitables passages de lifestyles, rencontres avec fans, délires et autres activités plus ou moins superflues mais tout du moins inhérentes aux tournées d’un groupe de rock, et, chose énervante, toutes en norvégien non sous-titré, ce qui rend la chose inexploitable, à moins d’avoir poussé le vice de la passion du black métal jusqu’à avoir appris la langue de ses suppôts… Pas sous-titrée non plus, mais en anglais cette fois-ci, une interview, réalisée juste après le show de Bergen, assez intéressante est également disponible dans les bonus, ainsi que le clip d’Isa, pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu.

Au final, ce Return To Yggdrasil – Live In Bergen s’adresse plutôt aux amateurs du groupe en connaissant déjà l’univers, car sans réel intérêt pour un néophyte qui entrera bien mieux dans sa musique via ses albums. Le show, au son impeccable et à la réalisation bien faite saura donc illustrer l’univers d’Enslaved et les quelques bonus feront de même. La fonction du DVD live est donc bien remplie, mais l’on peut rester un peu sur sa faim, malgré le soin apporté au tout.

A écouter : avec les yeux
18 / 20
14 commentaires (18.86/20).
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Isa ( 2004 )

Que reste-t'il du black metal en 2004? Alors que la plupart des formations intéressantes délaissent peu à peu le traditionalisme et les claviers pour une approche du genre plus moderne ou électronique (Dodheimsgard et Satyricon en tête), d'autres préfèrent une évolution constante, ne regardant jamais en arrière, avalant les dogmes des anciens pour n'en recracher que l'essence pure.
Enslaved fait partie de cette seconde catégorie, sachant surprendre à chaque opus, autant par la variété de leur jeu que par leur ouverture aux autres genres.
Avec Isa, les norvégiens nous gratifient de leur galette la plus nature et la plus aboutie.
Relativement proche d'un Satyricon dernière génération, la Bète Isa (car il s'agit bel et bien d'une Bète sauvage) n'en a pas moins oublié ses racines; tout ici rapelle la nature. Une nature puissante et envoûtante, à l'image des riffs, reconnaissables entre mille. Les guitares, en opposition aux productions récentes du genre, sont mixées en avant, créant un tissu sonore très planant dans les plages instrumentales, pour éclater l'espace d'un instant, brûlant dans des envolées rageuses.
Mais il serait réducteur de limiter Isa à ses seuls riffs, car l'approche musicale ici proposée dépasse nettement les carcans du genre: Enslaved propose une musique très progressive, étonnement libre (se rapprochant parfois du Death), et gagnant évidemment en richesse. Le groupe a énormement travaillé les ambiances, pour aboutir, au bout de 15ans de black metal, 15ans de dur labeur et d'anonymat presque total, à un veritable voyage onirique, puissant et épique, d'une richesse inouïe. Desservies par de longs breaks instrumentaux à la beauté troublante, les voix ont été particulièrement soignées, s'intégrant à la musique sans jamais l'eclipser. Lorgnant vers un idéal de perfection très 70's, l'album atteint son paroxysme sur le dernier (vrai) titre, Reogenesis. D'abord surpris par la clarté de ces voix tout simplement bouleversantes, on est ensuite submergé par des soli psychédéliques très Pink Floydiens, où chaque instrument est décelable, n'essayant jamais de prendre le dessus sur les autres, servant uniquement la musique.
Mais n'oublions pas que nous avons affaire à un album de Black Metal, un album envoûtant mais non moins agressif, où le paganisme des textes trouve sa source dans la mythologie nordique. Car Isa est une Rune avant tout, une Rune puissante, peut-être la plus dangereuse de toutes, une rune symbolisant "la beauté et l'horreur, le chaos et la serenité."
Loin de n'etre qu'un album réussi, Isa s'impose comme une pierre angulaire du genre, sans conteste l'album black de l'année, enfant improbable entre un Satyricon, un Pink Floyd et un Vintersorg, suintant l'intelligence et la maîtrise.
Que dire de plus? On se tait, on éteint les lumières et on écoute...

A écouter : Oui