Paysage. Octobre., c'est le genre de disque qu'il ne viendrait pas à l'esprit d'écouter à moins d'être un gros amateur de musiques expérimentales et de fouiner sans cesse sur la toile les projets solos toujours plus nombreux. Avec l'avènement des home studios, n'importe qui ou presque peut enregistrer chez lui et sortir des démos expérimentales avec un stakhanovisme effréné, puis la diffuser librement sur des sites communautaires. De quoi être sceptique sur la qualité de ces productions, mais à l'écoute de cet album, il faut bien reconnaître qu'on y trouve de belles choses qui, même en tant que novice en la matière, font leur effet.
Il y a un quelque chose dans ce Paysage. Octobre. qui me rappelle Pensées Nocturnes, surtout son album Grotesque. Cette manière d'appréhender l'Etrange, d'y plonger tête la première, de l'incarner en musique. A l'image de cette pochette froide aux contours floutés et aux formes difficilement perceptibles, Échancrure brouille les pistes pour mieux tromper nos sens, y développe une musique abordant plusieurs styles allant des musiques électroniques en passant par le Jazz, le Drone ou l'Ambient par exemple. L'obscure et le saugrenu en ligne de mire, chaque sonorité est là pour nous y entrainer au plus profond. La plongée dans ces eaux troubles se fait quelque peu en douceur accompagné d'une présence fantomatique qui se déplace entourée de quelques basses sourdes et de discrètes apparitions de la guitare qui nous guide lentement vers cette mélodie enfantine au xylophone (II) que l'on retrouvera également en guise de conclusion sur VIII. Mais cet univers désincarné prend véritablement forme sur III et VI avec leurs rythmes Indus carnivores et leurs guitares plaintives et stridentes. On y croisera également des passages presque Jazz à la Bohren Und Der Club Of Gore (II), ou des cordes graves dressant des cathédrales à la Blut Aus Nord (IV), le tout évoluant dans des dissonances maladives et des éléments classiques (violon, piano...) rappelant encore une fois Pensées Nocturnes. Paysage. Octobre. se veut entièrement instrumental en dehors que quelques samples de spoken-words sur III ou de rares murmures lointains.
En apportant différents éléments d'horizons divers, Echancrure mène pourtant sa barque de Charon vers un tout finalement assez cohérent avec l'univers macabre proposé. Le propos est maitrisé jusqu'à la fin, la construction des titres (qui forment plutôt une longue et unique piste) soigné. Bien sûr, il reste à préciser que Paysage. Octobre. sera surement jugé abscon, ou même carrément évité, comme c'est souvent le cas avec ce type d'œuvre difficile d'accès. Mais elle saura aussi trouver son public d'auditeurs avertis et aguerris qui sauront succomber à ces paysages froids et austères aussi fascinants qu'éprouvants. C'est bien là le principal.