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Biographie

Dirge

Dirge se forme en 1994 à l'initiative de Marc T. et Laurent P., et officie dans un métal industriel auquel ils resteront fidèles sur 3 démos : Infected Brain Machine, Mind Time Control et Dead Network Access. Peu après, Laurent P. quitte le groupe mais deux nouveaux membres viennent le remplacer : David K. et Franck T.. Le groupe effectue un virage musical vers une branche plus noise. 1998 voit la sortie du premier album Down, Last Level. L'année suivante arrivent Alain B. et Christophe D. qui alourdissent la musique, la rendent plus abrasive, et le groupe sort alors, en 2000, son second album Blight And Vision Below A Faded Sun.
Franck T. et David K. quittent le groupe, replacés par Chrisitan M. et Stéphane L. et Dirge sort son troisième album And Shall The Sky Descend en 2004. Le groupe enchaine alors les concerts avec par exemple Unsane, Nasum, Cult Of Luna puis s'enferme en studio fin 2006 pour enregistrer Wings Of Lead Over Dormant Seas, qui sort en 2007.Dirge commence à écumer les concerts, puis s'enferme en studio pour enregistrer Elysian Magnetic Fields, qui sort début 2011.

16 / 20
7 commentaires (16.79/20).
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Hyperion ( 2014 )

A force d'évoluer dans pénombre Dirge se traîne (encore) de nos jours une étrange réputation d'éternel second couteau, reste rarement évoqué comme la première référence d'une scène qu'il a pourtant grandement participer à façonner. Peu concernés par l'air du temps, moins visibles que nombre de leurs compères, le grand coup de chasse opéré ces dernières années sur la scène "Post" hyper-amplifiée aura néanmoins permis de dégager quelque peu la vue des parisiens et, surtout, le quatuor ne semblant pas particulièrement adepte des grandes manœuvres de communication, celle du public. Difficile en effet d'oublier Elysian Magnetic Fields pour qui l'aurait écouté, même avec toute la mauvaise volonté du monde.

Pourtant le parcours de Dirge est à l'image de ses albums: lent, évolutif mais constant. Les français sont de la classe des groupes qui prennent le temps. Une moyenne de trois ans entre chaque livraison, des ambitions sans cesse revisitées, redirigées et un noyau qui reste en revanche inamovible, d'une lourdeur apocalyptique mais jamais forcée, toujours au service d'atmosphères impénétrables. Bien que flexible dans son expression Dirge n'en reste pas moins un formation fidèle à une certaine idée de la musique. Hyperion ne dérogera pas à cette règle immuable pour s'affirmer rapidement comme une nouvelle démonstration de l'alliance entre force brute, intelligence et subtilité.

Lorsque "Circumpulation" ouvre les hostilités sur le ton, peut-on alors penser, du classicisme Dirge vise déjà plus loin. Hyperion tout juste lancé, celui-ci dévie déjà, s'active dans les profondeurs et tourne imperceptiblement autour de son axe sous l'impulsion rythmique de ses créateurs. Lancé par ce premier morceau à la reconquête de territoires industriels longtemps laissés en friche (époque Down Last Level), Dirge construit ici et comme à son habitude de longs tableaux aux ambiances mortellement désincarnées pourtant terriblement organiques et oniriques ("Filgree", "Remanantie"), parvient plus que jamais à viser l'épure sans céder au minimalisme, invente son équilibre entre Metal en apesanteur, bruitisme et apnées Doom suffocantes, refuse l'appel de la lumière auprès de laquelle tant d'autres auront fini par se brûler les ailes. Sans tourner le dos aux élans mélodiques glaçants qui faisaient l'originalité et la réussite d'Elysian Magnetic Fields après un Wings of Lead Over Dormant Seas superbe mais handicapé par son jusqu'auboutisme. En 2014 la formation parisienne continue d'étendre la zone d'inconfort qu'elle tisse depuis 20 ans sans même approcher le point de rupture, se maintient constamment en orbite, à proximité immédiate des codes du genre avec lesquels elle joue un fascinant ballet entre attraction, répulsion, exagération et sublimation. Jamais loin de Neurosis, rejoint récemment par Cult of Luna (Vertikal) dans cette zone trouble à laquelle si peu accèdent, Dirge reste cependant cette entité unique difficilement qualifiable qui, alors qu'elle valide tous les points de passage dans le groupe de tête de la scène Post, finit invariablement par s'évader en hors-piste pour en ramener le singulier et l'inattendu.
Lorsque l'on (re)croise sur le chemin emprunté par cette sixième livraison vers les tréfonds de la mélancolie, Nicolas Dick (sur la vibrante "Floe") ou Tara Vanflower (la voix de Lycia émergeant de l'énorme "Venus Claws") nous ne sommes finalement guère surpris. Si la simple idée de la mise en abyme résultant de ces rencontres est vertigineuse, le résultat est au delà de toutes les espérances, Dirge parvenant à verser l'univers de ses invités dans le sien pour faire de chaque morceau une pièce musicale à la charge émotionnelle unique, hors catégorie, complètement démesurée malgré un format resserré.

La cohésion sonore et la puissance de l'univers de Dirge semblent atteindre de nouveaux sommets. Plus concis et quelque peu libéré des entraves à la compréhension de son œuvre qu'ont pu causer ses expérimentations les plus poussées le quatuor confirme sa capacité à enrichir son propos sans rien perdre de sa force hypnotique. Hyperion enracine un peu plus fermement les parisiens dans de cette autre scène française faite de guerriers silencieux, galériens du son fiers et droits n'en finissant plus d'étendre dans l'ombre un réseau sonore tentaculaire passionnant et foisonnant en évolution permanente. Pour cela nous les remercions.

16 / 20
9 commentaires (17.22/20).
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Elysian Magnetic Fields ( 2011 )

Comment amorcer la suite de Wings Of Lead Over Dormant Seas, une pièce maitresse de 2h qui fait encore trembler les murs ? Sans doute en continuant la route, en embarquant pour une nouvelle exploration, cette fois réduite de moitié. Elysian Magnetic Fields, comme si Dirge, après s'être enfoncé dans les racines du Monde, s'attaquait à l'Enfer, plus particulièrement l'Elysée, lieu de repos pour les héros symbolique de la mythologie grecque. Les Français n'ont pourtant pas allégé leur musique, car avec 8 titres, le combo se plie encore à l'exercice d'un PostCore (ou PostMetal) toujours aussi massif. En l'apparence, rien n'a changé dans le son de Dirge : obscur, moite et lourd, mais en profondeur, Dirge évolue à travers des titres dont la variation se fait plus rapide, avec un chant beaucoup plus présent s'il ne devient par la même occasion l'un des éléments majeur de ce disque (entre chuchotements sur Cocoon et tonnerre grondant sur le morceau-titre).
L'approche musicale n'en est pas moins viscérale au possible, prenant aux tripes sans discontinuer alors que l'on aurait pu attendre une musique plus intellectualisée au vu du précédent opus. Même si tout s'avère pensé et réfléchi (Sandstorm en est le parfait exemple grâce à ses samples), les titres de Elysian Magnetic Fields ne sont qu'une succession de sensations, d'atmosphères comme le sont The Eye Of Every Storm et Given To The Rising de Neurosis ou Tellurique de Kill The Thrill (Nicolas Dick vient d'ailleurs poser sa voix sur ce nouvel opus). On pourrait presque s'attendre à un disque cauchemardesque, dantesque, mais Elysian Magnetic Fields a un côté presque naturel, n'usant pas d'horreur mais berçant plutôt l'auditeur dans des atmosphères grondantes et orageuses.
Qu'en est-il réellement de la musique de Dirge ? Des montées en puissance, des riffs abrasifs (Falling), un océan de sensations (les mouvements de Apogée) qui ne sont en rien fades face à Wings Of Lead Over Dormant Seas. Ce disque est à la fois très proche sur ses sonorités mais totalement différent dans son approche : moins terrestre au sens primaire (pensez aux premiers Cult Of Luna) mais tout aussi sombre (Apogée, Cocoon), comme si les éléments n'étaient plus terre et eau mais air et feu, plus volatiles en étant aussi destructeurs. 
Difficile de ne pas se faire happer dès le premier titre et d'imaginer arrêter la lecture du disque. Disque intense, troublant, Elysian Magnetic Fields s'avère riche en ambiances et ne se mord jamais la queue. Si l'association avec Neurosis peut sembler assez réductrice, elle n'en est pas moins éloquente : même manière de travailler les riffs, d'agencer les morceaux ou simplement constat final similaire, à un tel point que le dernier titre, Apogée, se mêlerait sans problème à la disco des Américains. Dirge n'est heureusement pas un ersatz de ses aînés et le montre sur le puissant Morphée Rouge ou le pachydermique Obsidian.

Chaque titre se rapproche d'un élément physique ou culturel : Elysian Magnetic Fields et la mythologie grecque (en sus des phénomènes Magnétiques), Obsidian, Cocoon et Sandstorm aux phénomènes naturels (Roche et Faune), Apogée à l'astronomie (encore un point qui amène à penser que les derniers opus de Dirge sont un voyage sensoriel et physique). Pourtant, chacun de ces morceau peut être caractérisé en quelques mots : la noirceur de l'Obsidienne, la transformation du Cocon, l'élévation et la chute sur Apogée et Falling, ... Impossible de passer outre ces sentiments lors de l'écoute de ce disque, même si ces principes para-musicaux ne sont qu'une infime partie de ce qui caractérise Elysian Magnetic Fields.

Dirge avance encore et toujours dans cette association de lieux et de musique. Elysian Magnetic Fields enfonce le clou, et même si l'exploit des 2 heures de Wings Of Lead Over Dormant Seas n'est pas réitéré, ce nouvel opus n'en est pas moins une œuvre majeure du combo dans le paysage musical français qui, on l'espère, ne s'arrêtera pas là.

A écouter : Cocoon - Morphée Rouge - Apogée
17 / 20
6 commentaires (18.08/20).
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Wings Of Lead Over Dormant Seas ( 2007 )

Dirge qui nous livre un album de 2h de post-cequevousvoulez, dont un morceau d'une heure. Tentative intéressante, mais qu'il est nécessaire de voir dans sa globalité et non comme un simple double album composé de pavés distincts. Wings Of Lead Over Dormant Seas, où "Les Ailes de Plomb Sur des Mers Inertes", ca s'annonce lourd, massif, imposant. Cet album de Dirge est comme une fissure, un séisme qui se propage lentement, mais avec des effets dévastateurs.

Dirge explore la Terre sur 6 morceaux. Parce que cet album peut être réduit à ceci : un parcours initiatique, une expédition au fin fond de la Terre dévoilant d'innombrables facettes et aspects de notre planète. On débute sur Meridians par une épopée sur des territoires sombres, vides, dévastés. Un désert du Sahara où le sable serait noir et la vie absente. Sur Epicentre, Dirge descend au centre de la Terre, se rapproche du noyau tout en propageant ses ondes à travers le sol. Lotus Continent apparait comme plus mystique, avec quelques bruits épars venant se mêler aux lourds riffs diffusé sur 16 minutes. Dirge n'effleure pas ses instruments, en arrache la moelle épinière avec la force d'Isis, l'obscurité de Neurosis ou la froideur de Cult Of Luna. Sauf que Dirge va au-delà. L'approche se fait plus lente, la musique progressant avec assurance et là où Neurosis sait accélérer le rythme, Dirge maintient le sien, là ou Cult Of Luna sait se montrer aérien, Dirge ne quitte pas terre. Pelican a dévoilé sa poésie, Dirge maintient la sienne, la malmène pour notre plus grand plaisir. Ce qui pourrait choquer à la première écoute est cette capacité du groupe à jouer des riffs hypnotiques, pouvant presque sonner répétitifs s’ils n’étaient pas captivants. En effet, la personne adepte des changements de rythmes incessants ou des solos à 100 à l’heure se sentira dépassée sur Wings Of Lead Over Dormant Seas. Cet album ne s’écoute pas à la légère, en fond sonore, mais plutôt comme un pavé où l’attention se doit d’être concentrée sur un point : la musique.

 Même les plus douces et exotiques End, Infinite et Nulle Part sont des fragments de ce voyage initiatique que propose les français. Nulle Part, qui clôt le premier disque, serait presque l’aboutissement du parcours, lorsque le but recherché est presque atteint et que le cœur semble plus léger. Même le chant, le plus souvent pesant et rauque sur l’album, prend une dimension presque divine.

Le dernier morceau, Wings Of Lead Over Dormant Seas, pourrait faire l'objet d'un essai à lui seul. Une intro toute en douceur, quelques bruits d'eau résonnant à travers un lac souterrain tandis qu'une voix s'élève pour conter cette odyssée menée par Dirge dans l'exploration musicale de Wings Of Lead Over Dormant Seas. Cuivres, électronique viennent se mêler aux instruments plus classiques. Là où Dirge se trainait sur le premier disque, le groupe décide de ralentir à nouveau le pas, comme fatigué, essoufflé par cette expérience qui tient en haleine. Le morceau évolue avec une grâce et une subtilité telle que la moindre variation se déroule sur plusieurs minutes, apportée délicatement pour finalement prendre de l’ampleur et assommer peu après. Ce qui fait mouche avec Dirge n’est pas forcément la noirceur où même l’ampleur de l’album, mais plutôt la manière dont celui-ci tient un rythme fascinant, est varié sans que le fil continu ne soit rompu sur la totalité de l’album, à la manière de Godspeed You Black Emperor.

On pourrait palabrer pendant plusieurs heures, Wings Of Lead Over Dormant Seas a glissé lentement, emportant tout sur son passage, délaissant l'auditeur, le vidant de son énergie. Dirge réussit là un coup de maître, pesant chaque note et tenant en haleine l'homme perdu, rendant l'écoute de Wings Of Lead Over Dormant Seas bien mystérieuse. Un cran au-dessus de And Shall The Sky Descend, Wings Of Lead Over Dormant Seas ravira tout explorateur musical...

A écouter : Comme une pièce massive et de qualité