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Biographie
Devin Townsend s'est fait connaître en 1993 lorsque le guitar hero Steve Vai le choisit comme chanteur sur l'album Sex and Religion ainsi que pour la tournée mondiale qui s'ensuit. Agé de 19 ans, et originaire de Vancouver, c'est une formidable occasion pour un jeune musicien démarchant à l'époque les labels avec la demo de son groupe Noisescapes. C'est en 1995 qu'il commence à travailler en solo sur le projet Strapping Young Lad. Il reçoit le renfort du batteur Adrian White sur le disque Heavy as a Really Heavy Thing ainsi que sur l'album pop punk parodique Cooked on Phonics enregistré sous le nom de Punky Brüster. Strapping Young Lad a enregistré trois autres albums depuis.
En 1997, c'est l'album Biomech qui sort sous la bannière d'Ocean Machine. Après coup, l'album est rebaptisé Ocean Machine et crédité sous le nom de Devin Townsend. Au fil des ans, Devin sort trois autres albums sous son propre nom, en parallèle de ceux de Strapping Young Lad. Il s'agit de Infinity, Physicist et Terria, enregistrés systématiquement avec des musiciens différents, tout comme le son de ces albums. Prolifique, il y a ajouté deux albums sous le nom de Devin Townsend Band, groupe conçu comme le parallèle de S.Y.L., Accelerated Evolution (2003) et Synchestra (2006), et encore deux autres d'electronica à savoir Devlab (2004) et The Hummer(2006).
Musicien hyper créatif, perfectionniste et maniaque (il est de notoriété publique qu'il souffre de troubles bipolaires), Devin Townsend se signale depuis des années par sa capacité à expérimenter et créer un son dense et riche, empilant les couches instrumentales pour faire naître des atmosphères sans cesse renouvelées. Après un break dû à la naissance de son fils Reyner, et malgré ses déclarations appuyées sur son ras le bol de l'industrie musicale et son besoin de prendre du recul, il est tout récemment revenu avec Ziltoid the Omniscient, un nouvel album solo au concept cintré. En revanche, il semble que les aventures de Strapping Young Lad et The Devin Townsend Band soient bel et bien terminées en ce qui concerne le canadien, ainsi que les tournées.
Annoncé en grand pompe comme son album le plus violent, Deconstruction a fait saliver pendant de longues semaines plus d’un fan de feu Strapping Young Lad. Et puis ladite galette est arrivée sur nos platines… Brisons tout de suite le suspens en mille morceaux : Deconstruction n’est pas l’album le plus agressif du sieur Townsend. Certes, ce disque, coincé entre un Ki jazzy et intellectuel, un Addicted poppy et immédiat et un Ghost ambiant et atmosphérique, s’avère être sans problème l’album le plus violent de la tétralogie du Devin Townsend Project. Pour autant, on reste relativement loin du bulldozer Strapping Young Lad. Il faut dire que depuis la fin de Strapping Young Lad, le musicien canadien s’est débarrassé de ses démons et apparait comme nettement plus apaisé. Fini le temps où il ressentait l’obligation d’endosser le costume du méchant de service. Le masque est désormais tombé et Devin joue plus libéré. Le Devin Townsend Project, et Deconstruction plus spécifiquement, sous des métaphores parfois bizarres (des histoires de hamburgers !!!) compte cette quête de liberté. Ce disque est l’occasion pour Townsend d’inviter quelques personnalités du monde de la musique, et pas des moindres : Joe Duplantier (Gojira), Fredrik Thordendal (Meshuggah), Mikael Akerfeldt (Opeth), Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan), Dirk Verbeuren (Soilwork), Ihsahn, Tommy Rogers (Between the Buried and Me) ou encore Paul Masvidal (Cynic). La liste a de quoi laisser pantois… Pour autant, les prestations de ces guests de luxe restent relativement discrètes (voire très discrètes !) et ne dénaturent en rien l’univers de Townsend. Musicalement, Deconstruction se rapproche de l’album Ziltoid the Omniscient mais en version XXL ; ce qui en un fait un opus à la fois robuste (la lente montée en puissance de Praise the Lowered, l’accélération ravageuse de Juular), fou (le passage dance de The Mighty Masturbator, le totalement déstructuré Deconstruction) et gavé jusqu’à la gueule de musique. La digestion est ainsi longue et de nombreuses écoutes seront nécessaires pour apprivoiser ce monolithe. Mais comme (presque) toujours avec le musicien, le jeu en vaut la chandelle tant le metal déstructuré de Deconstruction est unique et riche. En étant tatillon, on pourrait peut-être reprocher deux choses à ce disque. D’une part, on pourrait presque y déceler un petit syndrome du « too much » tant Townsend semble parfois avoir voulu caser tout son univers sur un même disque. Et d’autre part, avec une approche assez symphonique et très hachée (le rythme de Stand par exemple), Deconstruction manque parfois un peu de groove. Pourtant, ce groove aurait non seulement permis de faire souffler l'auditeur, mais il aurait surtout rendu les passages barrés encore plus barrés. Au-delà de ces deux points, Deconstruction reste un disque de grande qualité… Mais en a-t-il déjà été autrement avec le génie canadien ?
Tracklisting: 01. Praise The Lowered (Feat. Paul Kuhr) (6:02) 02. Stand
(Feat. Mikael Ã…kerfeldt) (9:36) 03. Juular (Feat. Ihsahn) (3:46) 04.
Planet Of The Apes (Feat. Tommy Rogers) (10:59) 05. Sumeria (Feat. Joe
Duplantier, Paul Masvidal) (6:37) 06. The Mighty Masturbator (Feat. Greg
Puciato) (16:28) 07. Pandemic (Feat. Floor Jansen) (3:29) 08.
Deconstruction (Feat. Oderus Urungus, Fredrik Thordenal) (9:27) 09.
Poltergeist (4:25)
A écouter : Planet of the Apes, Sumeria, The Mighty Masturbator, Juular
Au moment où l'on apprend la fin programmée de Strapping Young Lad, Devin Townsend revient avec un album solo au concept génialement frappadingue. Pensez, un extra-terrestre débarque sur terre pour s'accaparer toutes les réserves de café et poursuivre sa route au sein de l'omniverse. En gros, Ziltoid the Omniscient c'est Mars Attacks meets Starbucks meets Devin Townsend. Ce dernier s'est chargé de tout, aidé en cela par un avatar du programme Drumkit from hell utilisé sur le Catch 33 de Meshuggah.
L'album permet de revisiter en quatre dimensions (et oui, y a aussi celle du temps!) toute la carrière du canadien. Ca résonne en effet d'impacts typiques de Strapping Young Lad, notamment sur By Command, de passages aériens période Terria, d'accélérations brutales et de langueur en apesanteur façon Ocean Machine. Gros morceau à déguster, ce Ziltoid the Omniscient se révèle au fur et à mesure dans toute sa plénitude musicale et la richesse de ses compositions. Du thrashy Ziltoidia Attaxx! et son refrain heavy az fukk, on passe ainsi sans problème à la bien nommée Solar Winds, piste lumineuse et étirée. 10 minutes de pure beauté plastique, avec un Devin Townsend au chant aéré et majestueux traversé d'éruptions de métal en fusion. Plus pop et indéniablement éthéré est Hyperdrive, un morceau bien accrocheur.
Devin varie les plaisirs et ça s'entend tout au long de pistes contrastées où les ambiances rêveuses succèdent aux agressions incisives, en particulier N9 et son final dantesque ou bien encore Planet Smasher, morceau écrasant et dense nanti d'un excellent refrain. Ziltoid the Omniscient fait ainsi figure d'oeuvre jouissive, tant pour son créateur totalement investi dans son concept délirant que pour l'auditeur qui redécouvre avec bonheur toutes les facettes d'un artiste hors norme. Le voyage l'emmène ainsi à bord d'un vaisseau apte à toutes les nuances de Color Your World, nouvelle piste ambitieuse de 10 minutes habitées de violence météorique et d'accalmies étoilées. Puissante, mélodique, variée, avec encore une remarquable performance vocale, du tout bon. Quant à The Greys, elle complète à merveille le tableau avec une superbe atmosphère lunaire avant l'épilogue de cet aventure débridée (les anglophones vont bien se marrer).
Au final, Ziltoid the Omniscient est aussi barré que purement jubilatoire. Très aboutie, cette récréation fait aussi figure de re-création de tous les archétypes musicaux de son auteur. On a ainsi d'autant plus de plaisir à parcourir l'omniverse avec le fou furieux canadien. Pas son meilleur album, mais clairement une classe à part.
A écouter : comme un voyage délirant dans l'hyper-espace
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