Avec cette collaboration, Denison Witmer approfondit ce qu’il n’avait fait qu’entrevoir sur ses précédents opus, à savoir une déclinaison Folk-Pop aux relents Country. Un album à rapprocher de titres comme "24 Turned 25" (Philadelphia Songs), "Farther On" et "Suzanne", tous deux présents sur Recovered ; pour résumer, pas les morceaux les plus mémorables de la carrière de Witmer, même si certains précités font office de reprises.
Dans ce cas là, pourquoi faire appel à cette section rythmique ? Sûrement pour donner un peu plus de peps à ses compos habituelles, tout en rendant hommage à ces artistes que le songwriter admire (cf.biographie). And Flows Into The Sea éloigne un peu plus l’auditeur des rivages où ces icônes, que sont Elliott Smith et David Bazan (Pedro The Lion), se dressaient à hauteur des œuvres de l’artiste originaire de Lancaster. Des pistes comme "Are You Lonely?" , "All The Days And Nights", et "Days Repeating" semblent dépourvues d’intérêt, linéaires et donc sans surprise, facilitant le renoncement. Le second aspect négatif provient de cette batterie claquante, constamment en surimpression, et qui finit par gâcher le tout ("Lawyers And White Paper, "You Could Be Anything"). De la même manière, l’aspect Country, qui passe notamment par l'utilisation d'un Lap Steel, apparaît par moment de manière incongrue, et nuit à certaines ambiances comme c’est le cas sur "Better Or Worse". Cette dernière, des plus intimistes, propose pourtant un très joli duo du chanteur accompagné d’un piano, à l’image de "Saint Cecilia" (Philadelphia Songs), ou plus récemment "What Ain’t Given is Lost" de Federal.
En définitive, jamais le River Bends n’est aussi agréable à écouter, que lorsqu’il fait du Witmer façon "Breathe In This Life" (Safe Away) : chant doucereux, picking envoûtant, clavier discret. On pense alors à "Chestnut Street" (la suite de "Chestnut Hill" ?) et ses quelques arrangements qui viennent enrichir le tout : percussions, piano, chant féminin. Et dans une moindre mesure à "22". Bizarrement, l’apogée du style Witmer apparaît lorsqu’il fait quelques infidélités à son style de prédilection, profitant d’une entrevue avec le River Bends. "I Love You April" et "It Takes Time" en sont les témoins les plus parlant, réminiscences des précédentes œuvres du songwriter avec sa folk dépouillée, son grain de voix, son clavier, et littéralement percutés à une minute de leur fin par l’orchestre.
Complément d’une discographie déjà riche, And Flows Into The Sea vient se placer comme un coup d’essai, pas forcément réussi, mais en tout cas pas désagréable à écouter. Disons qu’il y a de fortes chances que l’on passe son temps à ‘sauter’ certaines pistes, quand c’est pas directement pour repasser sur un album solo.
A écouter : I Love You April; It Takes Time; Chestnut Street