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Biographie

Decapitated

Né en 1996 en Pologne, Decapitated est un projet entre bon copains qui ne tarde pas à se faire un nom dans son pays, puis sur la scène européenne. Après quelques démos, le groupe sort son premier album Winds Of Creation, salué par la critique pour sa violence et se rapidité d'exécution, qui font immédiatement penser aux géants de Vader.

Sortent ensuite Nihility et son infernal Spheres of MadnessThe Negation, puis Organic Hallucinosis, qui achèvera faire connaître le groupe à l'échelle internationale. 

En octobre 2007 survient l'accident de tourbus qui causera la mort du batteur Vitek, alors âgé de 23 ans seulement. Alors qu'on pensait le groupe mort, le frère de Vitek, Vogg, remet le groupe sur pied et s'entoure d'un nouveau line-up avant de sortir Carnival Is Forever, qui reprend la tâche du groupe là où il l'avait laissée.

Anticult ( 2017 )

Decapitated fait partie de ces groupes « roulette russe », avec une discographie à géométrie variable qui laisse planer le doute à chaque nouvelle sortie. Les Polonais n'avaient pas franchement rebattu les cartes depuis l'album-deuil de 2011, Carnival Is Forever, et Anticult ne constitue malheureusement pas une relève saisissante.

Quand on a entendu des pavés tels que Organic Hallucinosis,Winds Of Creation ou l'album à tête de biche sus-cité, on est en droit de s'attendre à une branlée Death Technique en règle, faisant sursauter à chaque coin de rue par ses rythmes incongrus, ses cassures, ses prouesses. Problème : Decapitated a abandonné la niche squattée depuis une dizaine d'années pour de nouveaux horizons. Déjà foulés sur Blood Mantra, ce sont des chemins Death/Thrash moderne/Groove qu'emprunte désormais la formation. Exit donc les saillies victorieuses comme Homo Sum ou Day 69, et place à des riffs plus accessibles mais moins inspirés que par le passé. On y entend du Devildriver, du Lamb Of God, mais...en un peu plus fade. 
Soyons clair, un changement de direction après une décennie à mariner dans la même sauce est à la fois un pari risqué mais tout à fait louable. Plutôt que de s'enliser (et s'ennuyer), la bande à Vogg prend le parti de s'expatrier sur des terres moins hostiles, sans y apporter quelque chose de nouveau ou de prenant. Le deal est simple : Anticult offre huit morceaux souffrant du syndrome « sympa mais sans plus ».

Parce que oui, quand on entend des titres comme Kill The Cult au refrain bête comme tout mais accrocheur, ces motifs vaguement Soilworkiens sur Deathvaluation ou les accélérations-lessiveuses de Earth Scar, on passe un moment plutôt cool. Pas de quoi s'en relever la nuit cependant, pour la simple et bonne raison que le groupe paraît bien souvent en sous-régime. D'un côté on trouve une batterie à pleine turbine (et répétitive), de l'autre des anti-climax assez fréquents chez les guitares. Earth Scar (avec son chant très Gojira période baleine spatiale) ou Anger Line en sont des exemples assez criants : on te sert une intro annonçant que tu vas te faire avaler tout cru, et puis voilà que l’adrénaline retombe mollement pour un solo oubliable ou un ligne de gratte sans réelle dynamique. Aïe. Anticult manque de la folie du passé, d'inventivité dans la composition et de séquences mémorables. 

Sans verser dans le mauvais goût ni le raté complet, Decapitated ne parvient pas à faire d'Anticult un album à l'identité très prononcée. Trop de titres finissent aux oubliettes même après une dizaine d'écoutes, car anecdotiques, et trop peu d'entre eux (Deathvaluation en tête et Never) sauvent vraiment les meubles. Les Polonais montrent qu'un vrai potentiel est présent (dans ces nouveaux styles), mais l'exploitent trop rarement. Allez les gars, la prochaine fois : Let's Groove.

A écouter : Deathvaluation
17 / 20
19 commentaires (15.58/20).
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Carnival Is Forever ( 2011 )

Comment parler de Decapitated sans évoquer le tragique accident de tourbus survenu en 2007 entraînant la mort du jeune Vitek (23 ans), frère de Vogg, respectivement batteur et gratteux au sein de la formation polonaise ? Un accident qui ramène brutalement à la réalité le groupe en pleine tournée, et surtout en pleine ascension. Quatre années se sont écoulées, beaucoup de messages de soutien du monde entier ont été adressés au groupe et à Vogg en particulier. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais annoncé son envie de mettre un terme à l’aventure Decapitated.

Et là, miracle, un nouvel album est annoncé. Carnival Is Forever. Comme pour nous rappeler que la vie n’est et ne sera qu’à jamais une vaste blague. Une blague pleine d’ironie, d’humour noir, comme le groupe a pu en faire les frais en 2007 alors que les deatheux profitaient de leur succès grandissant. La pochette nous le confirme d’ailleurs : pas d’artwork gore cette fois-ci, mais une palette froide et quelque peu glauque représentant une fillette dans un champs portant un masque de biche, sa silhouette se découpant sur le ciel gris acier derrière elle. L’ombre de Vitek plane sur cet album, d’une part car de l’aveu de Vogg même, Carnival Is Forever lui est dédié, et d’autre part car la quasi-totalité des titres ont été composés par les deux frangins avant le décès du cadet. Etant le seul membre ayant tenu à rester dans le groupe, Vogg a du s’entourer d’un nouveau line-up qui devait assurer autant que le précédent. On présente donc rapidement Rafal Piotrowski au chant, Filip « Heinrich » Halucha à la basse et Kerim « Krimh » Lechner derrière les fûts. Facile d’imaginer le poids de la tâche que les nouveaux venus viennent de se voir confier.

Question musique (car c’est bien le but premier d’une chronique, j’ai tendance à l’oublier), on peut affirmer sans rougir que Decapitated est de retour. Si on reste toutefois loin d’un Nihility ou d’un Winds Of Creation, on pourrait tout de même parler de Carnival Is Forever en tant que suite logique de Organic Hallucinosis. L’album agit en effet dès la première écoute, et il nous tarde de nous écouter en boucle The Knife, United, l’intro ultra-précise de Homo Sum ou encore le riff bouncant de 404.
Au rayon nouveautés, on note évidemment la guitare clean, qui s’invite sur la piste éponyme Carnival Is Forever, A View From A Hole, et la triste instrumentale Silence. Sans pour autant faire basculer Decapitated dans un quelconque délire progressif, ces passages permettent au groupe de faire respirer l’album et de temporiser quelques secondes avant d’envoyer la sauce comme il faut. Quelques samples discrets ont également été disséminés à travers le skeud, et donnent du punch bien senti à certains breaks (The Knife, Carnival Is Forever).
Comme à l’accoutumée, il vous faudra plusieurs écoutes attentives pour assimiler les subtilités rythmiques et riffiques (oui, j’invente des mots, t’as qu’à écrire des chroniques si t’es pas content !) de chaque piste. Les breaks et les solos nous assaillissent sans prévenir (The Knife, Carnival Is Forever, Pest), tous les musiciens semblent se donner corps et âme pour donner à cet album un aspect tragique outre l’aspect brutal et débridé typique de la formation, et le brailleur Piotrowski nous délivre un chant rauque proche de celui de son prédécesseur, mais en maîtrisant mieux les variations d’intonations (chants death criards / profonds / hurlés etc). Les morceaux de bravoure ne manquent pas, on pense au superbe break / solo de United, qui laisse entendre la double pédale de Krimh et la basse de Halucha tourner à fond les ballons pendant que Vogg se fend d’un solo épique. Sur la piste Carnival Is Forever encore, ce dernier nous laisse également profiter du son tranchant de sa guitare après une intro sombre et tumultueuse.
Toutes les pistes ayant une « personnalité » très marquée, comprendre des riffs assassins qui se retiennent facilement et des éléments qui sautent aux yeux et se gardent en mémoire, vous n’aurez aucun mal à vous enfiler les quarante minutes de Carnival Is Forever, d’autant que la prod résolument plus moderne (qui ne plaira pas à tout le monde, donc) vous aidera à ré-appuyer sur « Play » une fois de plus.

Beaucoup d’inventivité et d’inspiration donc pour un groupe qui renaît de ses cendres sous une forme toujours brutale, mais qui a tout de même évolué. On aurait pu craindre que la mort d’un des membres n’adoucisse leur musique, il n’en est heureusement rien. Qu’on se le dise, Decapitated est de nouveau debout, et même sans tête, il compte bien faire des ravages dans les rangs des fosses de concert. 

A écouter : The Knife, United, Carnival Is Forever, 404