Le continent Nord-Américain a décidément plus d'un tour dans son sac dans le domaine du rock indépendant. En marge d'une scène britonne au bord de l'asphyxie, des groupes comme Interpol, ou encore The Arcade Fire viennent insuffler le bol d'air frais dont semble avoir besoin la perfide Albion. Death From Above 1979 fait partie de ceux-ci, débarquant dans le paysage musical avec pour seules armes soniques une basse et une batterie.
Le duo canadien nous propose dès les premières secondes un rock édifiant et abrasif dans lequel la basse saturée et gavée de fuzz tient, une fois n'est pas coutume, le premier rôle. A la différence des binômes comme les Whites Stripes ou Lightning Bolt, la musique de DFA1979 préfère jouer la carte de la densité sonore plutôt que celle de l'aspect dépouillé, ou noise/bruitiste. On ne peut effectivement se résoudre au fait que deux personnes seulement soient à l'origine d'une telle énergie. Cette impression s'avère renforcée par la rythmique sans faille, sachant se faire tantôt explosive, tantôt groovy. Une performance d’autant plus remarquable pour le batteur, puisque ce dernier se charge par ailleurs du chant.
En ce qui concerne le fond, nos deux "cousins Machin" officient dans un véritable magma de genres qui peut se résumer à la va vite comme la rencontre improbable entre Black Sabbath, Refused et The Who. On se retrouve alors rapidement immergé dans une ambiance humide et rock’n’roll à souhait que le groupe va décliner sous diverses formes. DFA1979 nous propose en premier lieu une sorte de garage hardcore débridé et délicieusement corrosif, dans lequel les riffs de basse cavalent à toute vitesse tel un dragster en perte de contrôle ("Turn It Out", "Going Steady", "Cold War"). Mais comme le montre la voix acide et criarde de Sébastien Grainger, le groupe est tout aussi attaché au rock presque hard des 70’s. L’ombre des Who ne plane donc pas bien loin de "Go Home, Get Down" ou "Blood On Our Hands".
Dans un prolongement quasi chronologique, ainsi qu’en raison de la prépondérance de la basse, il est peu surprenant de voir DFA1979 flirter par la suite avec le stoner d’un Queens Of The Stone Age (le très réussi "Little Girl", le bondissant "Black History Month"). Mais ce qui ressort de ce "You’re A Woman, I’m A Machine", c’est avant tout une énergie immédiate, pouvant même se traduire jusqu’au brûlot le plus punk ("Pull Out"). A l’inverse, le combo de Toronto sait également faire fluctuer le tempo afin de rendre sa musique des plus groovy et dansante (le hit "Romantic Rights"), voir même sensuelle ("Sexy Results").
Ce "You’re A Woman, I’m A Machine" constitue donc la rampe de lancement idéale pour Death From Above 1979. L’album nous délivre des titres incroyablement efficaces, appuyés par un son peu commun et spontané (ce qui fait cruellement défaut Outre-manche en ce moment il faut bien l’avouer). Une très bonne surprise.
A écouter : Romantic Rights, Going Steady, Cold War