Après avoir franchi un nouveau cap avec la signature chez Atlantic Records et un Plans au son et aux mélodies résolument consensuels, Death Cab for Cutie annonçait cette fois-ci une nouvelle tournure et un album plus ‘lourd’ et plus ‘dissonant’ (sic).
Soyons francs, Narrow Stairs ne déstabilisera personne. Il est plutôt témoin de l’ambigüité à laquelle doit faire face le groupe, coincé entre son nouveau statut de flambeau de la scène indie et l’intimité que requiert la mélancolie de ses chansons.
Si l’album ne surprend pas sur le fond - Death Cab oblige- on retrouve ces airs légers mêlant piano et guitares douces avec, en toile de fond, la voix mi-sucrée mi-désabusée de Gibbard, c’est plutôt du côté des émotions dégagées qu’il faut chercher le manque. Dans la lignée de Plans, la rythmique poppy prend le pas sur le soin apporté aux mélodies, trop policées, qui perdent alors leur capacité à émouvoir ("No Sunlights"). Alternant sans cesse entre des morceaux au rythme soutenu à l’intérêt variable et à l’affect moins immédiat (fatigant "Long Division" malgré une montée bien amenée) et d’autres plus low tempo, le groupe n’est cependant jamais aussi touchant que lorsqu’il prend le temps de ralentir et de raconter ses histoires ; ainsi le fade "You Can Do Better Than Me" tranche avec le magnifique "Grapevine fires", son piano et ses chœurs au milieu d’un vignoble embrasé. A l’instar d’un "Talking Bird" à l’instrumentation lascive, presque bluesy, rappelant les meilleurs moments de Transatlanticism, Ben Gibbard chavire lorsqu’il adopte ce ton confidentiel qui sied tant pour chanter le temps perdu et les regrets qui en découlent.
Que reste-t-il alors de nos amours ? Un peu d’amertume certes, malgré une volonté de se renouveler malgré tout. "I Will Possess Your Heart", 8 minutes, pour présenter l’album était osée. Durant plus de 4 minutes, le groupe prend le temps de poser son ambiance, une boucle de basse sur laquelle viennent progressivement se greffer les autres instruments avant un final dans le pur jus Death Cab. Une prise de risque (mesurée, soit) qui a toutefois du mal à trouver sa place sur cet album, la faute à un tracklisting mal ordonné où les morceaux s’enchainent en creux sans véritable cohésion. La même sensation bancale apparaît quand débutent les percussions de "Pity and Fear" que viennent stopper un refrain convenu et une fin abrupte. Au bout du compte, des tentatives trop timides et pas assez mises en valeur pour permettre à cet album de prendre l’envol tant attendu.
Death Cab restera Death Cab, oui, un peu plus près des étoiles certes, mais un peu plus loin de nous. Comme un vieil ami qu’on perd lentement de vue.
A écouter : Malgré tout