Le Black-Metal n'appartient plus à une élite et ses pauvres bougres peinturlurés vêtus de leurs risibles costumes cloutés. Ca, vous le savez déjà depuis un moment si vous suivez des groupes comme Wolves In The Throne Room ou plus récemment Altar Of Plagues et Cobalt pour ne citer qu'eux. Deafheaven fait parti de ces groupes qui ne font pas vraiment du Black-Metal, qui n'utilise pas ces codes usés jusqu'à la moelle, qui ne fait même pas parti de cette scène et qui en plus passe son temps à jouer avec des groupes de Hardcore. Les traitres. Une fois de plus, c'est le genre de groupe qui divisera, qui fera profondément chier les puristes, mais qui réjouira heureusement ceux avides de nouveaux horizons musicaux, ceux qui peuvent croire que le Black-Metal peut être synonyme de beau.
Deafheaven c'est avant toute chose bien plus qu'un groupe de Black-Metal. Certains diront que ça ressemble à du Post-Rock / Shoegaze comme pour le début d'Unrequited et d'autres à du Screamo avec les mélodies à se damner en milieu de morceau sur Language Games. Il y a surement un peu de tout ça dans Roads To Judah. Disons que ça donne l'impression d'écouter un mélange d'Envy, d'Alcest et de Wolves In The Throne Room puisque Deafheaven fait parti de ces groupes pour qui le Black-Metal peut se faire atmosphérique en allant fouiller dans d'autres styles musicaux. Fatalement, le rendu sonore est assez différent des productions du genre. Les guitares ne sont pas ultra-trafiquées si ce n'est le delay obligatoire pour donner cet aspect aérien et brumeux aux mélodies, la batterie est plus sèche qu'ordinaire, même si assez lointaine tout comme le chant écorché, amer et désabusé. Dans l'ensemble, le rendu est plus organique, naturel et aéré que les productions de metal noir. De l'art de faire du Black-Metal sans vraiment en faire donc.
Mais mélanger des genres n'est pas tout car encore faut-il bien s'y prendre. Et c'est surtout là que les cinq californiens vont fermer le clapet aux réfractaires. Car Roads Of Judah est d'une beauté à couper le souffle. Toute considérations stylistiques mises à part, Deafheaven saisi les tripes, touche la corde sensible. Et c'est là le plus important. Il sait inclure les accalmies, superbes, apaisantes (Violet), mais aussi trouver les éclats de violences terribles, les passages déchirants et dramatiques forgés dans la douleur (Language Games) qui serrent le cœur. Roads Of Judah c'est aussi la douceur, la délicatesse et la légèreté des arpèges ou des trémolos de guitares, c'est l'impression de flotter au dessus des nuages pour être brutalement envahi par les ténèbres. Et pourtant Roads Of Judah est incandescent, éclatant et lumineux, malgré ces ombres inquiétantes qui fondent sur nous. La route qu'empreinte Deafheaven est bouleversante car il sait toucher l'obscur et la grâce, puis mêler ces deux sentiments comme peu de groupes savent le faire.
Roads Of Judah est une parfaite réussite et fait parti des disques indispensable pour le genre en 2011. D'une teneur très personnelle, il ne plaira certainement pas à tout le monde, mais si l'on prend le temps de le découvrir, de se laisser submerger par les émotions qu'il diffuse, alors on tient là quelque chose de grand et d'incomparable.
A écouter : comme s'il n'y avait qu'un disque de Black-Metal à écouter cette année