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Biographie
Dälek est un MC bien étrange à cheval entre plusieurs scènes des musiques alternatives. Ayant goûté à la culture hip-hop depuis ses origines dans les années 80, l’énergumène rencontre dans le milieu des 90’s celui qui va devenir son partenaire attitré concernant toutes ses productions, à savoir Oktopus. Dälek devient alors à part entière une formation, basée sur un duo, qui accueillera dans ses rangs nombreux personnages et prendra part à des collaborations multiples et variées.
Pratiquant un hip-hop sale, malsain et misanthrope, utilisant sans répit des masses sonores empruntées aux scènes indus et noise, Dälek se positionne bien à part de toute la scène dont il est originaire, y compris de labels comme Anticon qui ont toujours revendiqué au sein du hip-hop une certaine marginalité. C’est cet aspect unique qui vaut au duo une signature après seulement un album officiel chez Ipecac, label de Mike Patton, bien habitué des projets singuliers et novateurs, large contributeur à la chute des barrières inter stylistiques.
Après une collaboration avec le Techno Animal de Justin Broadrick (Jesu, Godflesh, Napalm Death, etc…), dont on pourrait rapprocher facilement le duo américain, From filthy tongue of gods and griots, deuxième album officiel de la formation pose les bases des sonorités du groupe, et fait remarquer la formation grâce à la machine bien rodée que constitue leur label, et bien évidemment la qualité de leur musique. Par la suite, Dälek produit trois collaborations avec des artistes aussi opposés que surprenants dans ce genre de rôle, à savoir Kid 606, Faust et Velma. Les rapprochements improbables se poursuivront, après le troisième album de la formation, Absence (2005), qui fera largement connaître la formation du milieu du rock indépendant avec une alléchante tournée en compagnie d’Isis et Jesu. Absence, quant à lui, est un bloc abyssal, noir et violent, qui assied l’identité de Dälek dans des entrelacements violents et très noise.
L’album suivant, Abandoned Language (2007) sort légèrement la tête de l’eau pour des évolutions plus ambiancées et organiques. La tournée qui en découle en Europe est encore une fois hors du commun, puisqu’il s’agit d’une collaboration avec les légendes suisses du post-punk que sont les Young Gods, pour une création/confrontation des plus intéressantes qui écumera les festivals de l’été 2007.
Tout au long de son évolution Dälek a posé les jalons d’un nouveau langage au sein du hip hop. Un langage où le flow du MC côtoie les nappes shoegaze de My Bloody Valentine et les assauts industriels dignes des pires méfaits d’Einstürzende Neubauten. Oui, les comparaisons sont faciles et éculées mais force est de constater qu’elles sont justes. A l’écoute de Gutter Tactics on comprend aussi pourquoi Oktopus cite les Melvins, Black Sabbath et Throbbing Gristle pour qualifier l’album. Parce que Dälek puise l’essence de leur musique pour souligner son expression. Et nous ne pouvons qu’être sidérés par force du propos.
Après Absence et Abandoned Language Dälek dispose aujourd’hui d’une palette de couleurs conséquente lui permettant plus que jamais de nuancer son propos. Ces nuances ne sautent pas au visage, c’est le moins que l’on puisse dire. C'est plutôt la colère bouillonnante de Gutter Tactics frappe dès l’intro et son discours vindicatif en forme de bilan plus noir que noir de l’Amérique à travers les deux derniers siècles. Mais au fil du disque les choses s’affinent et les contours s’affirment. C’est ce qui est fascinant avec Dälek, sa musique est tellement saturée de détails que chaque écoute la rend plus profonde, ou en tout cas nous rapproche de ce que le MC et Oktopus cherchent à nous dire. La deuxième partie de l’album est peut-être moins ouvertement violente, mais la colère est sous-jacente, elle gronde dans des nappes et des sons travaillés à l’extrême, servis par une production parfaite qui rend parfaitement compte de la profondeur de l’abime.
Quelle classe… Dälek a la classe. Gutter Tactics est un album très riche, de ceux que l’on ronge encore et encore pour espérer toucher à la substantifique moëlle, celle là même qui se dérobe alors qu’on pensait l’avoir trouvée. Et Dälek de nous faire creuser encore, toujours plus profond. Chef d’œuvre ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. Mais maintenant que le mot est lâché...
A écouter : Oui
Les secrets de Dälek sont lourds de sens, torturés et durs à entendre. Ils se méritent et s’acquièrent à mesure que l’identité de l’artiste se construit au gré de son épopée musicale atypique et déterminée. Après un Absence abyssal et profond, une introspection noire forcée et désagréable, le duo Dälek/Oktopus explore avec son nouvel opus, Abandoned Language, des contrées plus claires, mais toutes aussi denses et immersives.
Toujours austère, la musique de Dälek donne l’impression d’une bouffée d’air à côté d’Absence. Les timbres utilisés nagent entre ceux d’instruments acoustiques douceâtres (cordes, bois, flutes, tous enregistrés avec un orchestre) et les créations synthétiques d’Oktopus, le tout agencé en un enchevêtrement continuel de strates allant et venant, jouant le jeu de la substitution et des crescendos interminables pour des titres emprunts d’une continuelle tension. Mais ne vous y trompez pas, Dälek est loin d’en arriver à des cieux lumineux et salvateurs. Cet air que nous apporte Abandoned Language, malgré son odeur curieuse et attirante, il est vicié, sale et chargé de plomb, et donne à tituber quiconque le respire. Les sonorités individuellement légères n’en dissonent pas moins une fois croisées entre elles ou conjuguées de telle sorte qu’elles puissent en devenir dérangeantes. Et la production, volontairement moins agressive, n’altère en rien la portée des instrumentales, accentuant au contraire cet antagonisme développé sur ce troisième opus et qui en forme l’essence même : tout aussi chargé par une utilisation massive de sonorités légères qu’il soit, le malsain n’est en rien altéré et prend bien au contraire une curieuse dimension. Toutes ces nappes de sons synthétiques et acoustiques glissent en finesse sur les émotions, entre mélancolie et violence contenue, et sont jalonnées d’éléments surprenant d’agressivité, intrusions d’instruments ou assauts soudains de crissements bruitistes. Les instrumentales, bien à l’opposé de ce qui caractérise le hip-hop dans la majorité des cas, tiennent ici un rôle prépondérant, un rôle fusionnel avec les lyrics et l’atmosphère globale, et démontrent à elles toutes seules l’intelligence des cortex qui les ont pensées. Lorsque le flow massif et caractéristique de Dälek se met en marche, plus monocorde et impassible que jamais, c’est pour décrier le rôle du texte, du mot, l’importance des écrits vis-à -vis de l’humain. Plus exclusif, de par sa rareté, il prend une importance jamais atteinte, et chacune des interventions du MC pèse de tout son poids, et semble lourd de sens par la manière dont les instrumentales la déposent avec un côté grave et solennel. Abandoned Language s’en retrouve d’une cohérence parfaite, sorte de cheminement évolutif à travers des thèmes et des ambiances précieusement travaillés, à la fois malsaines et complexes.
Dälek est définitivement et une nouvelle fois à part ; dans le paysage du hip-hop d’abord, même si Abandoned Language affiche une légère propension à utiliser des beats plus traditionnels, en se positionnant à l’inverse des productions actuelles, y compris de la culture dite alternative regroupant tous les Mcs un peu nerds sur les bords ; mais de manière globale par rapport à la scène musicale indépendante, en prouvant comme peu le fond à quel point sa musique est cohérente et fortement identitaire vis-à -vis d’influences tellement larges qu’elles ne peuvent compter que pour une notion strictement inverse du plagiat. Abandoned Language délaisse quelques peu les flirts avec l’indus, mais fournit un travail électronique plus qu’intéressant et singulier, pour un album dense, toujours sombre et plein de tension, qui au final ne laisse aucun doute sur l’identité de ses géniteurs.
A écouter : Oui, mais pas sans connaître Absence.
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