Depuis ses tout premiers balbutiements, le folk punk des Anglais a des accents western. Leur nom même le sous-entend : Crazy Arm est un pur sang au sang pur, rouge et bouillonnant, bouillonnant de Rouge. Généreusement engagé, ouvertement communiste, sur son second méfait, il invite deux nouveaux congénaires à rejoindre le parti et perpétuer la tradition des 'protest songs' habitées... Epaulés par Victoria Butterfield et PJ Pearson aux claviers discrets, la troupe dénonce la guerre ("Meet the Marines", tiré de Cross Country et lifté), les partis d'(extrême) droite ("The Right Wing Never Sleeps", "Song of Choice" reprise de Peggy Seeger), les inégalités sociales, etc.
Musicalement aussi, le spectre est vaste: tantôt folk bluegrass sur "Song Of Choice", bluesy sur le duo acoustique envoûtant "Charnel House Blues", tantôt punk rock ("Bandalito", "The Endless Carriage" et ses influs country, sa chevauchée fantastique, son refrain au riff ravageur...) Les Brits invoquent même le Boss sur les singles en puissance ("Tribes/Animals", "Little Boat"). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'organe de Darren Johns est au moins aussi chaud, versatile et pénétrant que celui du performeur roots rock. La diversité se retrouve également chez les guitares habiles ainsi que la section rythmique aussi précise qu'agile.
Bref, sur Union City Breath, il y en a pour tout le monde, mais pas grand chose n'est à jeter. Et à chaque nouveau titre l'impression renouvelée de cette machine à tubes qui n'a strictement rien à envier à Against Me!, qui renvoie The Gaslight Anthem à ses devoirs d'écolier trop sage et pop-ulaire... Populaire, Crazy Arm le reste au sens premier du terme. Investi d'un profond humanisme, il a ce pouvoir d'attraction qui rassemble les foules, cette prédisposition à la musique authentiquement anthémique et fédératrice, acaparés ces derniers temps par un Frank Turner surmédiatisé et démesurément révéré.
Les Anglais franchissent donc expertement le fameux "cap du deuxième album" avec un grower qui, avec les écoutes, égale le parpaing Born To Ruin, notamment par sa diversité accrue, son implacable cohérence, et son songwriting captivant.
A écouter : "The Endless Carriage", "City And Western", "200 Pints of Blood", "The Right Wing Never Sleeps"