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Biographie

Chris Cornell

Né en 1964 à Seattle, Chris Cornell est mondialement connu comme le chanteur de Soundgarden et d'Audioslave. Pendant son enfance difficile, marquée par une violente dépression, il trouve refuge dans la musique, avec les Beatles comme initiation, puis il se met à jouer de la batterie et de la guitare. Débutant en 1984 avec son premier groupe, il enregistre 6 albums avec Soundgarden, dont notamment Badmotorfinger et Superunknown qui contient l'énorme succès Black Hole Sun. L'album se vend à 7 millions d'exemplaires. A l'époque un peu vite accolé à la scène grunge, Soundgarden pratique un rock varié et abrasif, parfois psyché' et même stoner, inspiré de sons 70's, Led Zeppelin en tête. En 1991, Cornell enregistre un album hommage à son ami Andrew Wood décédé d'une overdose, au sein de Temple Of The Dog, formation qui comprend notamment des futurs membres de Pearl Jam. L'album contient notamment Hunger Strike, en duo avec Eddie Vedder.

En 1997, Soundgarden splite, et Cornell finit par enregistrer son premier album solo, Euphoria Morning, qui sort en 1999. celui-ci renferme le morceau Wave Goodbye, hommage à son ami Jeff Buckley disparu quelques années plus tôt, dont il semble avoir tiré quelques influences. A la suite du split de Rage Against The Machine, Chris Cornell est approché par les musiciens du groupe, orphelins de Zack de la Rocha. Il accepte leur proposition et le groupe Audioslave ainsi formé enregistre 3 albums entre 2002 et 2006, s'attirant beaucoup de succès dès le début, tout en draguant ostensiblement le rock mainstream. Chris Cornell enregistre fin 2006 le titre You Know My Name pour la BO du nouveau James Bond, Casino Royale, et commence à bosser sur un deuxième album solo. Au moment où Tom Morello s'implique davantage lui-même dans son propre projet solo The Nightwatchman, Audioslave, privé de tournée, finit par spliter en février 2007. Carry On sort en juin 2007 et confirme que le chien fou, encore alcoolique il y a quelques années, a vieilli, préférant le confort du rock tout public à ses déchirures d'autrefois..

16 / 20
1 commentaire (15/20).
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Higher Truth ( 2015 )

Partons d'un constat avant d'aller plus loin, Chris Cornell a 50 ans. Difficile de lui demander de nous refaire de la musique comme Audioslave ou à plus forte raison comme Soundgarden. Higher Truth est donc son cinquième album solo et autant le dire tout de suite, c'est un disque original et marquant. 

Cet opus presque totalement acoustique, c'est la première chose à signaler, est en effet assez homogène en qualité et nous offre de bonnes voire très bonnes chansons. Plus non négligeable, les paroles sont très belles, reflet d'un homme blessé par la vie. L'amour et la rupture y tiennent une place prépondérante avec notamment Nearly Forgot My Broken Heart, le single et la première piste du disque. Chris Cornell y chante le désamour avec le talent qu'on lui connaît. C'est donc la première pierre d'un album sensible comme en témoigne Dead Wishes où le chanteur expose ses fêlures. Il est encore question de rupture et de comment rester amis avec Worried Moon, nantie d'un refrain plein de feeling et d'arrangements très réussis à l'image de ce petit solo d'harmonica. 

Higher Truth est ainsi tout entier construit sur de belles orchestrations. Chris Cornell  y pose sa voix chaleureuse, avec son joli vibrato et ce timbre reconnaissable entre tous. Through The Window est probablement l'une des chansons qui montrent le mieux le coeur doux-amer du disque, mais on peut en dire autant de la très touchante Let Your Eyes Wonder. Josephine est au contraire une pure chanson d'amour, sorte de moment de légèreté et de rêverie, dédiée à sa compagne VIcki. Cornell nous gratifie par ailleurs d'un hymne avec la chanson Higher Truth. Preuve que tout n'est pas que mélancolie sur ce disque, Only These Words est une ritournelle entraînante. La complainte du mal aimé Circling pique comme une rose et touche encore au cœur. Enfin les cordes font l'originalité de Our Time In The Universe, mais c'est son refrain magnifique qui nous emporte. 

Il serait par ailleurs dommage de ne rien dire des pistes bonus de la version deluxe du disque. Le lancinant blues Bend In The Road et son refrain désenchanté "Just put a bend in the road I’m growing tired of straight lines". Wrong Side est une autre superbe complainte, évoquant par instants une route désertique, lieu d'errance pour Chris Cornell. Misery Chain est une autre ballade typique du chanteur qui ne démérite pas en qualité. Enfin la version remixée de Our Time In The Universe se dote d'une basse groovy et de percussions un peu plus présentes, sans égaler l'originale. 

Higher Truth est donc une réussite pour Chris Cornell qui chante toujours merveilleusement bien, et qui nous offre un album à la fois doux et amer, triste et enjoué, mais toujours profondément humain. 

A écouter : Nearly Forgot My Broken Heart, Higher Truth, Our Time In The Universe
12 / 20
5 commentaires (13.9/20).
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Carry On ( 2007 )

You Know My Name, tel était le nom du morceau enregistré par Chris Cornell pour la BO de Casino Royale. Que ce soit la renommée de James Bond ou de Chris Cornell, même combat. Et comment pourrait-il en être autrement après une carrière aussi riche en sommets artistiques ou commerciaux, voire les deux à la fois, de Soundgarden à Audioslave en passant par Temple Of The Dog. On est en 2007, et pour la seconde fois de sa vie d'artiste, Chris Cornell est tout seul aux commandes d'un album. Carry On succède ainsi à Euphoria Morning sorti en 1999, et devrait cette fois lancer pour de bon la carrière solo du chanteur.

Depuis quelques années, passées avec Audioslave, Cornell glisse tranquillement mais sûrement vers le son pop rock, ne crie pratiquement plus, élimine les aspérités abrasives de sa musique, tout cela au risque de s'aseptiser complètement. Carry On ne fait pas exception, puisqu'il s'agit d'un authentique album à chansons avec un Chris Cornell de plus en plus classique dans son chant, une tonalité générale plutôt pop, et une production bâteau qui mise beaucoup sur les mélodies de guitares. Ce n'est pas désagréable, avec ce côté crooner qu'on lui trouve notamment sur Arms Around Your Love, mais on peut aussi juger rébarbatives des compositions comme Safe & Sound dans le même style. La performance vocale n'est pas en cause, la qualité des musiciens non plus, simplement on s'ennuie. Pour autant, ce registre plus chanteur que rockeur a ses réussites, notamment la sautillante Poison Eye ou bien She'll Never Be Your Man et ses arrangements pleins de groove et de petits détails sympas, comme ce piano au son vintage. Difficile néanmoins d'apprécier pleinement ce disque quand on connaît le pedigree du bonhomme, l'impression d'ensemble est très partagée. La mièvrerie de certains morceaux, tels que Ghosts, est ainsi plus ou moins compensée par d'autres plus accrocheurs, par exemple No Such Thing et ses passes de guitares échevelées, ou bien encore l'entêtante Killing Birds, très mélodique et entraînante. 

Il y a quand même de petits bijoux sur ce disque. A commencer par l'étonnante reprise de Billie Jean de Michael Jackson, transformée en joli blues avec une performance vocale de premier plan autant dans la retenue que les déchirements et une orchestration épurée faite de guitares abrasives et de piano parfaitement entremêlés. Du bon Chris Cornell, qu'on aurait aimé au même niveau tout du long. Le contraste avec un morceau plus gentillet tel que Scar On The Sky (la version chichiteuse du Shadow On The Sun d'Audioslave?) n'en est que plus fort, même si là encore, le travail d'arrangements est appréciable, avec un son tantôt acoustique et limpide, tantôt psyché' et distordu. Quoiqu'il en soit l'album est inégal, pour un poppy et pas très intéressant Your Soul Today, on se retrouve avec le plutôt Beatles Finally Forever,  témoignage des premières grandes émotions musicales du chanteur. Silence The Voices ressemble par moments à un vieux morceau de Stevie Wonder maquillé façon rock, autant dire qu'il laisse un sentiment assez curieux à l'auditeur. Mais déjà arrive un autre sommet de l'album, Disappearing Act, perle d'émotion dans cet océan de bonnes intentions un peu trop souvent inexpressives. Ici, on a une belle alchimie entre le chant toujours impeccable de Cornell, de fins arrangements et des sentiments puissants. Quant à You Know My Name, placé en fin d'album, ce morceau a une classe folle, mélange bien troussé de rock épique et de parties symphoniques qui colle à merveille à l'excellent 21ème James Bond qu'il illustre. Un mot aussi sur Today, piste bonus très sympa avec un chant tout en sensibilité, et de bonnes vibrations groovy tant par la rythmique que les sonorités.


Au final, Chris Cornell signe un album trop souvent ennuyeux par manque d'audace, mais sympathique, traversé ça et là d'éclairs de talent. Les ingrédients sont souvent les mêmes, du rythme, du sucre poppy, des influences afro-américaines (comme sur Revelations, dernier album d'Audioslave) et des textures musicales pleines de détails, mais la sauce ne prend pas sur toutes les pistes. Bien joué néanmoins et parfaitement interprété, mais il est vraiment dommage de voir Chris Cornell se brider avec l'âge. On retiendra de ce Carry On une poignée de morceaux de bonne tenue, en attendant mieux de Cornell, dont le précédent effort solo est bien supérieur à celui-ci.

Trois morceaux en écoute sur son myspace.

A écouter : Billie Jean, You Know My Name, She'll Never Be Your Man
16.5 / 20
2 commentaires (18.75/20).
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Euphoria Morning ( 1999 )

Deux ans après la séparation de Soundgarden, Chris Cornell enregistre son tout premier album solo, Euphoria Morning, un disque qui dévoile une nouvelle facette du chanteur, plus fragile. Pour l'occasion, il s'est bien entouré, avec notamment le batteur Josh Freese et ses amis Alain Johannes et Natasha Schneider qui assurent l'essentiel de la musique. Euphoria Morning est un album élégant sur lequel on sent poindre d'autres influences que celles à laquelle Cornell avait habitué.

Avec Can't Change Me, on découvre un Chris Cornell adouci, plus mélodique que jamais et posant ses mots sur une composition rock feutrée. Musicalement, c'est cette orientation qui ressort de l'album, quelque chose de pop rock, mais avec des arrangements ambitieux et une atmosphère de perdition. Cornell ne va pas forcément très bien et ça s'entend au fil de compositions souvent fêlées et douces amères, où la légèreté des phrases musicales le disputent à la gravité du propos (Preaching The End Of The World). Beaucoup de plaisirs acoustiques sur ce disque, mais aussi beaucoup de sensibilité dans le chant, plein de nuances et de feeling. On sent que le contact de gens aussi talentueux que Jeff Buckley l'a influencé, notamment lorsqu'il s'aventure dans les aigus sans se déchirer la voix comme autrefois. Cornell lui dédie d'ailleurs Wave Goodbye, où son chant très mélodieux et caressant rappelle parfois celui de son ami défunt.

Tempéré, cet album n'en recèle pas moins des variations régulières, aussi bien du timbre de Chris Cornell, qui n'a peut-être jamais aussi bien chanté, que des pistes musicales, superbement ouvragées. L'ex-frontman de Soundgarden se montre ainsi capable de se faire crooner sur le morceau When I'm Down, arrangé façon blues au piano et enrichi de choeurs soul, ou bien encore Disappearing One, avec une intro jazzy étonnante et pas mal de reverb' lui donnant un cachet 60's. Il n'en oublie pas pour autant ses racines avec par exemple Mission, titre mid-tempo qui n'aurait pas dépareillé sur un disque de Soundgarden, avec cette tension sous-jacente et ces guitares incisives. Par moments, il double ses parties vocales, comme pour la touchante Moonchild, à d'autres il évolue en toute retenue et simplicité, particulièrement sur Sweet Euphoria, très beau morceau acoustique. Aucune piste n'est ennuyeuse sur cet album, ni Pillow of Your Bones, à la fois percutante et débridée, ni Steel Rain, "la" ballade lacrymale de l'album, électrique, lancinante et mélancolique. L'un des meilleurs titres composés par Cornell, toute époques confondues. Euphoria Morning s'achève sur la version française de Can't Change Me, hommage de Cornell au pays où il réside désormais, avec un accordéon en image d'Epinal parfaitement intégré à l'ensemble, un texte chanté avec un délicieux accent, des choeurs féminins, pour un résultat plus émotionnel et encore mieux arrangé que l'original.

Euphoria Morning faisait en 1999 montre de très belles promesses de la part de Chris Cornell d'une carrière solo surprenante et intéressante. Il s'agit là d'un album subtil, superbement arrangé et interprété, où l'émotion le dispute à la richesse des ambiances. Une réussite.

 

A écouter : Can't Change Me, Steel Rain, Sweet Euphoria, Mission, Disappearing One