Child Abuse porte dans son nom un large spectre du génome de sa musique. Une musique vicieuse, violente, provocatrice et poussant inexorablement à la confrontation. Ce deuxième album du trio new yorkais n'est pas de ceux qui s'écoutent en background. S'y frotter est synonyme de s'y adonner corps et âme. Car c'est directement sur le cerveau que la mathématique Child Abuse agit, comme un algorithme subtil savamment et brutalement exécuté. Cut And Run = Poignarder, puis regarder sournoisement crever par dessus l'épaule, pour aller recommencer l'instant suivant, avec la variante qui fait toute la différence. C'est la ligne de conduite que Child Abuse a eut la bonne idée d'adopter pour orchestrer son massacre en règle, femmes et enfants compris, évidement. Cut And Run va définitivement plus loin que son prédécesseur, les bons tuyaux y sont développés jusqu'à leurs aboutissements et les aspects irritants gommés. A aucun moment, Child Abuse ne percute le vide. Chaque salve touche de manière chirurgicale. Le processus est désormais bien rodé sans pour autant avoir perdu une once d'intensité. Car c'est un fait, ces dudes ont en permanence leurs démons collés aux basques. Pour s'en débarrasser, quoi de plus efficace que d'être encore plus pervers et maléfique qu'eux et ainsi inverser le rapport de force ?
Il n'y a toujours pas de guitare chez Child Abuse, c'est le clavier CASIO (ça dit tout), meurtri et étripé, qui se charge d'édifier le cocon en fils barbelés duquel s'extirpe un chant qui littéralement, dégueule viscères et cervelles. Mais plus que tout autre chose, c'est la batterie qui sélectionne précisément les cibles et appuie sur la gâchette. Et la gâchette, Oran Canfield l'a très facile. Son jeu, indéniablement influencé par le jazz et les patterns death metal, est capable de revirements de situation - entre mitraillage grindcore et feeling groovy - superbement bien amenés. Les idées pleuvent à tous les niveaux. Les coups de matraques également. Diamétralement opposé à Genghis Tron, Child Abuse laisse de côté le vecteur prog branlette pour resserrer son propos sur une fusion grind/no-wave infiniment plus sombre et vindicative servi par un son live qui nous place au coeur du carnage. Grand bien leur en a pris.
Tracklist : 1.Hold This 2.Bebe 3.Cut & Run 4.Opportunity Zone 5.Financial Burdon 6.Froze Toes
A écouter : Les babines retroussées