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Biographie

Celeste

Né en aout 2005, la formation lyonnaise comprend des membres de Forge, Mihai Edrisch, Flashfalcon et Hijackers. Celeste, selon eux, c'est un peu comme si Shora dans sa période poilue rencontrait Daturah sous coke. De l'énergie en barre servie par un discours et attitude sans fond ni forme. Après un Ep, Pessimiste(s), sorti en 2006, l'année 2007 voit débarquer le premier album du groupe: Nihiliste(s). Sans cesser, Celeste abat ses cartes, s'enfonçant dans une noirceur de plus en plus intense avec Misanthrope(s)Morte(s) Née(s) puis Animale(s).

Infidele(s) ( 2017 )

Quand on parle de Celeste, on ressort la même rengaine. Celle du truc massif, lourd, mix étouffant entre Hardcore et Black Metal. On pourrait s’arrêter là, tant cette recette semble être réutilisée sur les derniers opus, avec toujours plus ou moins de succès.
Il n’y a clairement rien à dire sur la qualité des titres. De « Tes amours noirs illusoires » à « De l’ivresse au dégoût », rien ne laisse la part à un quelconque souffle d’air frais, les titres sont 100% dans le domaine du connu si l’on s’est un tant soit peu intéressé aux albums précédents.

La prod semble moins criarde, rendant peut être l’opus moins agressif, mais le flot continu de haine ne cesse de résonner avec la même efficacité. Les quatre ans depuis Animale(s) n’ont pas calmé le combo, qui a gardé la même amertume hypnotique (« Sotte, sans devenir »), donnant encore du grain aux détracteurs du groupe. Les visages sont devenus corps, les contours se sont mués en un amas de chair mais cette évolution est uniquement visuelle : Celeste EST Celeste, et en sera sans doute jamais plus, ni moins. Comprenez par là : peut-on reprocher à Chuck Palahniuk son style d’écriture ? Il en sera de même ici, le seul moyen pour les Français d’évoluer et d’innover étant de changer radicalement d’ambiance. Mais quand on entend « Entre deux vagues », en a-t-on vraiment envie ? Car l'efficacité prend ici pleinement son sens, au détriment d'une véritable innovation : les plans tout comme la noirceur ne feront qu’appuyer à nouveau sur les mêmes mécanismes, déclenchant ces relents poisseux sur « Tes amours noirs illusoires » ou « Sans coeur et sans corps » ou encore ce tourbillon sonore de « Sombres sont tes déboites ».

Violent ? Celeste l’est encore, mais on a pris l’habitude d’apprécier l’effet pervers de sa musique, notamment sur certains plans typiquement Black Metal qui offrent encore de belles envolées et montées en puissance (l’évolution progressive instrumentale de « Sotte, sans devenir »). La voix ne tremble jamais, fil conducteur crachant ses mots sans jamais faiblir depuis maintenant quelques albums et dont le timbre a su garder la même intensité (peut être un reproche que feront certains).

Infidele(s) ravira ceux qui ne le sont pas encore. Titre prophétique ou malheureux hasard, cet opus n’apporte rien de plus, si ce n’est un exercice parfaitement exécuté. Si vous avez laissé tomber sur les dernières sorties, vous pouvez esquiver Infidele(s), mais si Celeste vous donne toujours des frissons, il y a de fortes chances que l’effet soit le même ici.

A écouter : Tes amours noirs illusoires
17 / 20
12 commentaires (17.0833/20).
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Animale(s) ( 2013 )

Celeste ne semble jamais vouloir en finir. Le dégout de l’être, le rejet de la bienséance et des faux-semblants quotidiens, Animale(s) s’en fait porteur. Double-album aux ascendances Black Metal, Sludge, Screamo, …, ce disque se joue de nous comme le loup de sa proie. Massif, avec son pan sonore constant (« (X) » et « (Y) ») rappelant les ambiances acérées de la mouvance Black (« Cette silhouette paumée et délabrée qui sanglote et meurt »), mais aussi extrémiste dans ses propos et sa musique. Rien n’est fait pour qu’Animale(s) soit un disque facile : deux parties, un sensation d’agression omniprésente lorsqu’on ne ressent pas le malaise humain (« Serrés comme son coeur lacéré ») jusqu’à la funeste « Outro ». La passion, fil conducteur des 2 êtres centraux d’Animale(s), se fait dévorante, primaire et brutale.
Le regard perçant de Morte(s) Née(s) n’est plus. Les yeux sont clos ou à peine entrouverts, comme si on retournait dans le noir, las, éreinté. Pourtant, tout laisse à penser qu’il ne s’agit que d’un masque : le jeu de batterie sur « Empreinte d’érotisme » est un martèlement continu, sorte de douleur constante qui ne pourrait dissocier la romance du mal-être. « Y » est un disque rappelant Year Of No Light sur son tempo, avec une ambiance beaucoup plus noire et un dernier titre s’assimilant à une libération mortuaire, avec quelques cuivres qui pourraient clore ici une ère d’aversion.

Vous pensez être sauf ? Que votre misérable vie de mâle dominant a plus d’importance qu’une autre ? Animale(s) est cette histoire tragique, un Roméo et Juliette mis en scène par Argento, finissant de vous piétiner avec les intérêts de toute la souffrance de « Il y a bien des porcs que ça ferait bander de t’étouffer » ou « De sorte que plus jamais un instant ne soit magique ».
Point de répit, Celeste en remet une couche avec « Dans ta salive, sur sa peau », extrémiste et extreme, redondance de la haine et du dégout déjà porté par Misanthrope(s) ou Nihiliste(s). L’amour et la passion ne sont rien sans violence, colère et chagrin. Le romantisme n’existe pas sans l’égoïsme. Tout n’est que pulsions. Il est d’ailleurs très difficile de sortir la tête de l’eau, d’arriver à mettre en pause cette cacophonie dissonante tant Animale(s) peut happer l’existence. On s’y engouffre, tête la première, repassant sans cesse certains titres (« Cette silhouette paumée et délabrée qui sanglote et meurt », « Empreinte d’érotisme ») et plus rien n’a de goût, si ce n’est celui de cendres.

N’allez pas croire qu’Animale(s) est un disque putassier, sain, facile ou humble. Bien au contraire, Celeste est grand, majestueux, sombre, ambitieux … Les mots pourraient manquer, les superlatifs ne feront qu’accentuer le rejet de ceux pour qui le combo n’est qu’une façade sans âme tandis que les musiciens osent ce Animale(s) en deux temps, risquant l’overdose sonore. De toute façon, on s’en fout, plus rien n’a d’intérêt depuis longtemps maintenant…

A écouter : Surtout le disque 2
15.5 / 20
12 commentaires (17.17/20).
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Morte(s) Née(s) ( 2010 )

Requiem pour un massacre. Elem Klimov. 1984. La Biélorussie dévastée. Fiora aurait pu être l’enfant de l’artwork. Pour illustrer cette génération venue dans un monde sans espoir et déjà proche de son épilogue. Morte(s) Née(s) est sa bande son. Son allégorie.

Ainsi commence le 4e opus des lyonnais ; entre la fange et la forge ; porté par une silhouette sonore de plus en plus black metal et servie avec une haine qui ne désemplie pas. "Ces belles de rêve aux verres embués"/ "Les mains brisées comme leurs souvenirs"/"Il y a bien des porcs que ça ferait bander de t’étouffer." Celeste reprend ses maléfices. Les amplifie. Monolithe de riffs suffocantes, batterie martiale qui dicte ses sentences par la double, et chant gueulé en diable. Comme si l’air était un ennemi. Comme s’il fallait combattre la lumière. Méphistoceleste ?

Alors deux écoles s’affronteront. Ceux pour qui 4 productions en 5 ans, c’est trop ; qui se diront que Celeste "c’est toujours pareil" - (ceux là n’ont-ils pas entendu le lourd et filandreux finish post-hardcore et son violon élégiaque ajouté par Ombeline des Fragments de la Nuit ?) - ; et les autres qui défendront le concept, qui suivront la formation dans les méandres de son art nauséeux. Car il faut l’admettre qu’avec Morte(s) Née(s), le trio franchit encore un cap dans sa capacité à faire d’un gouffre d’acrimonie une musique à la limite de l’hypnotique. Il n’y a qu’à écouter le couple "Un miroir pur qui te rend misérable"/"De sorte que jamais plus un instant ne soit magique" pour s’en rendre compte. Crépusculaire comme une réunion du Comité de Salut Public. Glauque jusqu’à la torture (La monumentale "[S]" et ses cris de souffrance). Noir. Noir. Noir.

En écoute sur myspace et disponible chez Denovali.

A écouter : "De sorte que plus jamais un instant ne soit magique"
15 / 20
5 commentaires (14.9/20).
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Misanthrope(s) ( 2009 )

Misanthrope(s) ne mène à rien. C'est une merde sonore qui met douloureusement plus de 50 minutes à sortir. Et qui ne soulage même pas, laissant une trace à la couleur putride derrière elle. A la fin, Celeste se regarde le nombril, satisfait, et s'embourbe dans un concept fumeux qui creuse sa propre tombe dans une terre fangeuse. Nihiliste(s) vénérait le veau d'or du non-sens en pleine chute des idoles, Misanthrope(s) est le regard dédaigneux qui éclabousse ceux qui sont restés. Il est la destruction par la haine. Un jusqu'au boutisme hautain et complètement vain qui obstrue l'horizon par ses visions- soit disant- abyssales dénuées de toute compassion. Misanthrope(s) ne vaut même pas l'oreille qu'on lui jettera de même qu'il mérite d'être ignoré en retour.

L'indifférence comme seule réponse valable au crachat qu'est ce disque. Irrespectueux, puant, méprisant, Misanthrope(s) érige l'égoisme en art de vivre masturbant ses instruments dans une orgie de mauvais goût, faisant abstraction de ce que son auditoire veut mettre dans l'écoute. Et ce n'est ni l'artwork hideux, pseudo-romantique aguicheur ni le pompeux putassier des titres pour exaltés attardés qui viendront justifier le contraire. Eructant des textes dont la résonnance se fracasse sur les parpaings instrumentaux, Johan liquéfie ses mots sans se soucier des tâches laiteuses qui maculeront un auditeur délavé dont on se débarrassera sans égards, comme un mouchoir après utilisation.

Pire, Misanthrope(s) en serait presque à souhaiter qu'on le plaigne et qu'on l'accompagne dans son isolement outrageux. Tactique vicieuse qui veut réunir tout le monde dans son rejet du monde. "Voyez comme je vous hais!". En se permettant le luxe de n'offrir aucune variation et de maintenir la corde au cou serrée tout le long, il veut happer et forcer à contempler ce vide, fasciné, pour mieux le toucher. Un déluge frontal abusif qui va trop loin dans son délire égocentrique sous lequel on étouffe et finit par vomir. La sortie, vite! Une redite? Ouais, car Celeste a la prétention de nous baiser une seconde fois. A la différence près, que, contrairement à Nihiliste(s), l'effet de surprise s'estompe. On le savait, on l'attendait. Pourtant, par devant, l'onde de choc est encore plus forte. Et, au bout du rouleau, on finit non seulement par exécrer ce groupe prétentieux et sûr de lui mais aussi par se haïr de s'être laissé emporter par un flot abrutissant de conneries sonores. Le plaisir masochiste des faibles, celui de se sentir souillé. L'indifférence était définitivement la seule réponse valable à ce brûlot suffisant auquel on se sent obligé de succomber.

Je ne vous aime pas. Je n'aime pas cet album. Car quoiqu'il advienne, tout est à chier.

L'album est en écoute intégrale ici.

A écouter : Evidemment. Rflchis.
15.5 / 20
15 commentaires (16.97/20).

Nihiliste(s) ( 2007 )

Malade du monde, tragiquement accablé, Celeste reprend la courbe nietzschéenne de sa création pour passer du pessimisme au nihilisme. Le temps des (dés)illusions est révolu.

Dénué de tous sentiments de pitié, tout entier tourné vers la déconstruction, Celeste organise son nouveau massacre sonore par le biais d’un édifice ultra dense, portant la trace d’une volonté âpre de marquer sévèrement les esprits et de rompre avec toutes racines emo potentielles. "On pendra les femmes et les enfants en premier", "Au Feu le Savoir", "Abandonner tout espoir à 20 ans", "A jamais dénudée", le nom des titres annoncent sans équivoque l’idéologie de l’opus, écumant de rage et d’anathèmes. Les mots, à l’intérieur, achèvent un processus d’écriture débuté dans "Quoiqu’il advienne, tout est à chier". Absence d’espoir, appels rances gorgée de nausée : les phrases sont lâchées crûment, au milieu du tumulte, rattachées entre elles par une bile quasi maladive.

Véritable chemin de croix (inversé) au milieu d’un maquis phonique, Celeste avance en saccageant toutes les lois de l’apesanteur jusqu’ici connues. Appuyé sur un jeu basse/guitare d’une effarante lourdeur, le quatuor plombe chacune de ses interventions, rajoutant couche sur couche, dans une linéarité sans faille qui va jusqu’à faire croire dans les premières écoutes à une seule et même piste. Désireux de se cramer la gueule, Johan chante le chalumeau à la main et calcine le peu d’espace qui restait hors d’atteinte, tandis qu’une double pédale vient par intermittence achever le travail de sape ("Mais Va vendre ton dédain"). Les voies d’air alors obstruées, les perspectives aériennes sabordées à la base, Nihiliste(s) affiche sa violence de propos dans un étouffement post-hardcore jusqu’au bouttiste.

Amplement ancré dans la lignée abrasive de son précédent EP Pessimiste(s), les accalmies épurées en moins, Celeste gravit avec ce premier album un échelon supplémentaire dans la dimension compacte de son exercice. Davantage sale, à la limite de l’obscène, il paraîtra certainement trop "monolithique" pour les plus profanes. Reste que de par son intensité et son déploiement sans concession, il assoit désormais les lyonnais aux côtés de Time To Burn, sur les hautes berges du post-hardcore hexagonal.

En écoute sur myspace et en libre téléchargement ici.

A écouter : pour tout cramer
15 / 20
8 commentaires (14/20).
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Pessimiste(s) ( 2006 )

En choisissant comme premier nom d’EP Pessimiste(s), Celeste (avec deux ex Mihai Edrisch) affiche d’emblée la part sombre de son identité, et si le nom du groupe se réfère aux astres, qu’on ne s’y trompe pas, ce sera celui de De Nerval, le "Soleil Noir de la Mélancolie".

Il faudra donc cinq secondes avant que la voûte céleste s’entrouvre et déverse son flot, cinq secondes avant que les éléments se déchaînent. Pessimiste(s) est un gigantesque cri nauséeux, fait de tonnerres de voix et de parois musicales humides, dont on perçoit uniquement quelques traces de griffes, vestige d’âmes ayant cherchées à s’accrocher en vain. Cinq titres enchaînés aux fonds des abîmes, portés par une musique lourde et chaotique dont il nous faut dénouer les assauts. Influencé par les travaux de Breach ou Shora (époque Shaping The Random), Celeste revisite l’enfer "afin de tromper l’ennui". Les cordes de guitares s’emmêlent, la batterie gronde, au milieu d’une odeur de souffre(ance) qui se répand, inexorablement comme une brume opaque.

Errant "d’abysse en abysse" au gré d’une mélodie obsessionnelle et torturée, Pessimiste(s) s’agrippe au cerveau, le contorsionne et fait mal. En tête de la barque, Johan hurle de tout son corps, tantôt accablé, tantôt furieux, les mots poétiques, déchirés évoquant à nouveau ses thèmes chers que sont l’enfance, la passion, la douleur ou le dégoût du monde ("Quoiqu’il advienne, tout est à chier"). Ces relents malades, écœurés évoquent alors l’univers du Initial de Cortez. Toutefois, malgré cet effet "voix sous le tumulte" pas désagréable, on regrettera peut-être que ces paroles ne soient pas plus audibles. Il faudra donc accepter à défaut, le recouvrement par les riffs, son inondation, puis la noyade. Et c’est sous ce déluge d’accords qu’apparaitra alors l’éclaircie, amenée par quelques passages ralentis et épurés, desquelles parviennent quelques perles de notes qui évoquent le "C.Thomas Howell as the Soul Man" de Botch ("Diluons nos souvenirs d’enfance", "De notre aversion à notre perversion").

Incandescent de la première à la dernière minute, Pessimiste(s) expose en cinq éclats l’univers de Celeste, mélange d’oppression, de rage et de désespoir nihiliste. Simple EP, il n’attend que la confirmation d’un album pour inscrire ses auteurs au firmament du hardcore français.

En écoute sur myspace.

A écouter : pour goter l'abme