Osant le grand écart façon Cave In, car passant progressivement et sans heurt d'un flux sonore éthéré parcouru d'influences post hardcore à un indie rock langoureux, Brazen est bel et bien l'archétype du groupe pouvant se permettre d'attaquer de front chaque pente sans risquer la dégringolade. Démontrant un talent incontestable dans les travers ombrageux des terrains conquis par Fugazi ou Sunny Day Real Estate sur Orphaned, les suisses abordent ici l'ascension par la face opposée. La pente est certes plus douce mais les sentiers labyrinthiques davantage sujets à d'imprévisibles écarts de conduite.
Aura, Dora est incontestablement un disque surprenant, de par le radical changement de cap musical effectué par Brazen mais surtout du fait des multiples trouvailles disséminées tout au long de ces 10 morceaux servis d'arrangements à n'en plus pouvoir. Usant de tous les artifices, Brazen tisse des atmosphères versatiles virant de nuances par l'entrée en jeu de claviers, de cuivres ou de lignes de chant amenant en permanence de toutes nouvelles orientations aux morceaux. Introduction aux couleurs orientales peintes par une cithare (lyre peut-être ?), cuivres veloutés, guitares tendues, "The Escapist" est sans aucun doute l'image la plus marquante de la large palette instrumentale et émotionnelle que Brazen est capable de déployer.
Oscillant entre pop minimaliste ("Ordinary Song", "Aura, Dora"), indie rock vaporeux et gracieux aux refrains totalement imparables ("Yesterday Was You", "Harbours of Stone", "Calling Season"), rock progressif & psyché, le combo conserve tout du long un voile onirique conférant à Aura, Dora une véritable identité, homogène et caractérielle, dont la découverte des secrets ne sera envisageable qu'au fil des écoutes successives. Un effort qui demandera de passer outre les premiers instants déstabilisants pouvant laisser sous-entendre un album indie pop insipide et mielleux alors que Brazen ne se laisse à aucun moment aller au songwriting facile.
Aura, Dora est une frise à la structure accidentée et complexe aux bords arrondis par une interprétation délicate et cotonneuse qui retrace un héritage rock approprié depuis la pop des 60's jusqu'à l'indie rock des 90's. Musicalement très riche, de par la multitude d'instruments usités à bon escient mais aussi par le biais d'un chant et de choeurs à l'aise sur de nombreux versants, la nouvelle étape franchie par Brazen témoigne d'une large ouverture d'esprit et d'un détachement vis-à-vis d'une quelconque mode tout à leur honneur. Classe.
A écouter : Yesterday Was You - The Escapist - Harbours of Stone