Upper Air. Comme une aspiration à s'envoler. Si le titre et la pochette (des nuages tourmentés sur lesquels flotte le nom du groupe) en disent long sur les intentions des folkeux de Bowerbirds, c'est en écoutant les premiers instants de "House of Diamonds" qu'elles prennent forme, premières notes délicates qui épousent une voix détachée aux intonations pleines de sentiments. Comme une invitation à aller toujours plus haut, accompagné de douces mélodies acoustiques low ou mid tempo, assurément plongées dans les 60's, évoquant certains passages dylaniens - "Nothern Lights" et ses choeurs finaux ou la discrétion douce-amère de "Bright Future".
Contrairement à leur précédente sortie, Hymns for A Dark Horse (2007), Upper Air se détache des instrumentations minimalistes et intègre violons, harmonicas et percussions. Les voix masculine et féminine entrelacées sur "Chimes" gagnent en intensité, soutenues par un accordéon lancinant. Le tout, utilisé avec parcimonie et magnifiquement arrangé n'est rien d'autre qu'une manière de densifier les compositions et de renforcer ce côté aérien qui fait de l'album une merveille de confidentialité. Orchestré par la voix et les mélodies de Phil Moore, Upper Air surprend par son homogénéité et sa dimension spirituelle.
Trio de Caroline du Nord, Bowerbirds a souvent été assimilé à la scène freak folk, mélange de folk traditionnelle et de percussions ou sons à vent plus originaux. Bien qu'étant un peu à part sur cette scène, le groupe partage avec quelques uns de ses piliers (Devendra Banhart, Joanna Newsom, Cocorosie par exemple) une affection toute particulière pour la nature, un retour au nomadisme qui fait voyager les mélodies. Les arpèges éthérés de "Crooked Lust" auraient très bien pu être joués sur la harpe de Joanna Newsom et Beth Tacular possède le même grain de voix que cette dernière, d'un aigu appuyé et comme hors du temps. "Beneath Your Tree" offre à ce titre un des plus beaux morceaux de l'album. "And the moon will rise in the evening / and I'll fall to sleep beneath your tree, / and the wind will howl through your leaves / and serenade me" chante-t-elle avec son compagnon quand les instruments se languissent de l'absence de l'être aimé. Chaque morceau révèle un certain degré d'intimité, constamment sur le fil, en équilibre fragile; hommes, instruments et nature ne font plus qu'un dans une écriture qui n'aura jamais été aussi simple, mais jamais aussi riche non plus.
Héraut d'une nudité retrouvée et d'une insouciance à privilégier au-delà des peines, Bowerbirds touche par la légèreté de ses accords et une certaine idée de la joie de vivre, qui se fait écho dans le timbre d'une voix faussement désinvolte. Sans surprise, Upper Air est sans doute un des meilleurs albums folk sortis cette année. Rien de moins.
A écouter : En apesanteur