Biographie

Bokanovsky

Jeune quatuor de Toulon, Bokanovsky officie dans un style screamo hardcore sombre et direct. En 2007, le groupe part sur les routes d'Europe avec sous le bras un premier 12 pouces éponyme, une première production qui débouche sur un split aux côtés des excellents Tesa. Clément, occupant le poste de guitariste, s'investie également dans le label Desertion Records (The Third Memory, Lakhmé, Tesa...). 2009 agrandit la discographie puisque sortent coups sur coups un split avec les tchèques de Lakmé et un 12', We Stumble, le tout suivi d'une belle tournée aux Etats-Unis.

15.5 / 20
3 commentaires (15/20).

We Stumble ( 2009 )

We Stumble est à ce jour l’œuvre la plus ambitieuse qu’ait entrepris Bokanovsky. C’est aussi sa plus réussie.

2 pistes (qui pourraient n’en être qu’une). 2 longues pistes (15.27 et 8.49). Evolutives, progressives et abrasives. Bokanovsky parle rugueux, joue âpre, avec les membres crispés et dégoulinants de sueur. Ici la basse craque sans arrêt, la batterie gémit, trainant la trame de ce 12’ dans des méandres et des dédales claustrophobiques et désabusés.

Comme Isaïah, Trainwreck ou A.S.T.R.O., Bokanovsky ne souhaite pas être catégorisé "screamo band". Il refuse le standard. Il s’affranchit de ses diktas. Il déborde. Et l’ensemble bave en conséquence ; bileux et nauséeux au possible, en atteste le song-writing anglais/français de haute facture : "Au début on s’est demandé comment on en était arrivé à se sentir aussi dégoutté/ [...] En fait, c’est demain qui a fait qu’on s’est dit que petit à petit rien ne repousserait...". On retrouve ainsi l’envie d’en découdre des premiers efforts, mais avec une écriture plus désespérée, trempée dans les mares noueuses des crusts tchèques (Dakhma, Lakmé), ilrandais (Tugunska, The Dagda) et galliciens (Ekkaia). "On s’est usé jusqu’à la moelle/Parce qu’on s’est épuisé à essayer". C’est justement cette usure qui donne à Bokanovsky sa nouvelle profondeur. Parce ce qu’il est désormais crevacé. Et parce qu’il a de quoi à présent mettre "la peau sur la table". De là, son alternance de moments rough et de vacillements (quand tout le groupe chante à l’unisson) ; de là, cette capacité à trouver l’équilibre entre la rage, le mélodique et l’émotionnelle. Emo-epico-crust. A la Fall Of Efrafa. Le long de ses changements de rythmes furieux et de ses ambiances sombres, We Stumble se laisse alors successivement trébucher, goûter à la boue avant de remonter son visage fangeux et de cracher ses râles tendues : "On s’est épuisé à simplement émerger / A sortir la tête de cette putain de merde". Only by trying.

Il a fallu du temps à Bokanovsky. Pour rouiller un peu, pour bouffer des vers aussi ; et ressentir dans sa chair ce sentiment inexorable que tout est dégueulasse. We Stumble en est le fruit. La voix accrochée à une écharde.

En écoute ici et disponible chez purepainsugar.

A écouter : car il n'y a rien d'autre esprer
14.5 / 20
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Split with Lakmé ( 2009 )

Ce que j’aime chez Bokanovsky, c’est cette charge émotionnelle straight et à fleur de peau qui émane de ses échauffourées sonores. On y perçoit la rage, l’indignation et la volonté d’exprimer un sentiment authentique dont le hardcore serait la seule silhouette possible. En s’attaquant ici à la critique du système médico-psychiatrique, le groupe de Toulon reprend la tradition d’opposition à la norme qui va de Diogène à Michel Foucault en passant par André Breton et les travaux du Docteur Hans Prinzhorn. Dubuffet en fit l’Art Brut. Quelle expression mieux choisie pour qualifier un tel split et un tel mouvement (i.e. le screamo/crust) ?

Et les deux formations amies y font honneur. "De Couloirs en chambres froides" est ainsi un des meilleurs morceaux jamais enregistré par Bokanovsky. Entre ses doubles chants (dont la voix claire évoque Daïtro), ses changements de rythme (Après un commencement screamo traditionnel survient l’avènement du punk avant qu’échoie un finish post apocalyptique), ses guitares fuselées aux accents Isaïahens, le quatuor confirme sa nouvelle stature fixée par le remarquable We Stumble. Et ce n’est pas "Slow Down" son 2e titre qui dira le contraire, tant l’alternance entre le "je dicte le rythme à coup de bûches" et le "je calme le tout brusquement avec des accalmies emo hardcore à la Spirit Of Versailles (époque "There Goes  Rhymin’Simon")" fait mouche. Au 3e acte (la Face B), Lakmé n’est pas là pour changer la tonalité de la tragédie. Entre spoken work digne d’Indian Summer sur fond de riffs lugubres et brames gutturales dans la grande tradition du genre, les tchèques se répandent brillamment en 5m59 dans une trainée emo-crust étirée et soignée ("Naucil jsem se nevidet te celou").

En prime, un artwork signé Hugues de Puzzle Records, les paroles des chansons, des textes personnels écrits par chacun des membres des groupes et le sentiment profond que c'est dans ce genre de split qu'on retrouve la vraie signification des mots "échange" et "partage".

En écoute ici pour Bokanovsky et pour Lakmé.

A écouter : comme de l'Art Brut
14 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Bokanovsky ( 2007 )

Ce premier jet de Bokanovsky matérialise bien plus que la sortie d'un disque mais aussi la concrétisation d'une aventure humaine faites de rencontres, d'amitiés et de moments difficiles, un parcours illustré par le sympathique livret accompagnant la musique ou encore par ce journal de bord synthétisant leur récente tournée sur les routes d'Europe.

Le combo toulonnais cherche et trouve le point d'équilibre entre le screamo coupe gorge façon Orchid et le filon brumeux initié par les poisseux héritiers de Union Of Uranus. C'est ainsi qu'une guitare aiguisée, source de mélodies, progressent urgemment en surface et que des profondeurs, émergent un chant cru, âpre et cerné de rancoeur renforcé par d'efficaces back vocals. L'ensemble des morceaux utilise à bon escient cet aspect ambivalent sans observer le moindre moment de faiblesse. Du virulent "What about friendship and love ?" au ténébreux "A l'aube nos passions s'arment" introduit par un sample issu de "Brave New World" par Aldous Huxley (?), on reste en alerte d'un bout à l'autre sans demander son reste. Maintenu à flot par l'intensité des guitares, plaqué à terre par les roulements de batterie intégrés à des structures hardcore traditionnelles mais imparables, il est bien difficile de rester insensible à la débauche d'énergie de Bokanovsky.

L'entrain de The Third Memory parasité par la grisaille de Hyacinth (pour rester dans l'hexagone), voilà le programme de ce "12 pouces one sided"  entre screamo et hardcore crusty, joliment illustré, et surtout suffisamment identitaire pour supposer d'une suite hissant leur style encore un peu plus loin.

A écouter : What about friendship and love ? - The age of machines over our existence