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Biographie

Black Flag

Greg Ginn - guitare
Charles Dukowski - basse
Dez Cadena - guitare
Henry Rollins - chant
Robo - batterie

Lassé des bluettes des Eagles et d' Electric Light Orchestra, Greg Ginn fonde Black Flag avec Keith Morris (futur Circle Jerks) aux alentours de 1977 à Los Angeles. Après quelques années difficiles, le line up se stabilise autour de Chuck Dukowski (basse), Robo (batterie), et Dez Cadena (actuellement membre des Misfits) au chant. Le groupe effectue quelques concerts sous cette formation et, lors de son premier US tour en décembre 1980, fait la connaissance de Ian MacKaye et Henry Garfield/Rollins, alors chanteur de State of Alert. Un an plus tard, Garfield/Rollins est invité à finir le set avec le groupe lors de son passage à Washington et intègre, peu après, Black Flag, Cadena se consacrant exlusivement à la guitare.
Après sa tournée anglaise, Black Flag perd son batteur Robo  au profit de Bill Stevenson (Descendents, Only Crime) juste après la sortie du premier album Damaged.

Le second album My War sort en 1983, toujours avec Stevenson, mais sans Dukowski qui jette l'éponge. Il est remplacé par Kira Roesler.

A partir de 1984, commence une intense période d'activité pour Black Flag. Le groupe sort deux albums, le split Family Man et Split it In, et se lance dans d'incessantes tournées en Europe et aux States. L'année 1985, bien qu'aussi active avec la sortie des albums Loose Nut et In My Head, voit toutefois le départ de Bill Stevenson et de Kira Roesler. Ils sont respectivement remplacés par Anthony Martinez et C'el pour une tournée des States qui s'avèrera être la dernière, Greg Ginn décidant de mettre fin à l'aventure de Black Flag au milieu de l'année 1986. Un an plus tard naît le Rollins Band.

Chroniques

My War Damaged
17 / 20
2 commentaires (15.75/20).
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My War ( 1983 )

Le développement de la science a tué Dieu et l'homme n'a pas eu d'autre choix que d'aller chercher le Sacré là où il le peut désormais : dans l'art. Véritables légendes vivantes, certains musiciens sont quasiment déifiés de leur vivant et nul doute que Black Flag l'a été dès ses premières productions. Si Damaged peut être considéré comme la bible du Hardcore alors My War n'est rien d'autre que l'équivalent des 95 thèses de Luther.

Pourtant la face A du disque a tout pour nous donner tort puisque l'on est confronté à un Hardcore traditionnel et très similaire aux nombreuses productions de l'époque, le talent de composition de Ginn en plus et les vocaux viscéraux de Rollins comme chant liturgique pour parfaire la scène. Mais déjà le doute nous prend : les paroles plus sombres agissent et on se demande s’il s'agit du même groupe qui parlait de fêtes et de torchages de gueule sur Damaged.  « Can't Decide » illustre à merveille ces petits changements timides de cette première face. Le titre éponyme nous fait comprendre que si les Californiens sont encore aujourd'hui difficilement égalables en terme de sauvagerie, c'est bien pour une raison simple : ils sont habités par la musique qu'ils jouent. Désireux de ne pas la voir disparaître, les musiciens partent donc en guerre contre les suiveurs, les étriqués, les fermés d'esprit.

La face B est celle qui va changer le monde. Trois morceaux de six minutes environ, longs, lents et glauques. Comme pour montrer à leur Eglise dans quels travers elle s'est embarquée, Black Flag prouve que lenteur et violence font bon ménage.  L'atmosphère pesante qui se dégage est magnifiée par le dépouillement mélodique, le chant de possédé et les paroles de Rollins.  « Nothing left inside » hurle-t-il tandis que l'on peine à distinguer si Ginn prend la peine de jouer ou s'il laisse son instrument s'exprimer seul tant le volume sonore est démentiel. Le groove morbide et maladif qui se dégage de « Three Nights » n'est pas sans rappeler ce que fera plus tard Eyehategod ou The Melvins avec cette basse très en avant, ronflante.
N'allez pour autant pas croire qu'il n'y a aucun lien entre les deux faces du disque tant l'identité sonore du groupe est intacte : le son est là pour nous le rappeler, si vivant qu'il nous transporte plus de 30 ans en arrière, mais aussi les envolées lyriques de Ginn, salvatrices et inspirées au milieu de cette noirceur.

Si l'on considère le disque en lui même, sans prendre en compte son immense paternité, on a là le meilleur album de Black Flag, ce qui est déjà plus que significatif. Mais une oeuvre ne devient pas une légende par hasard. Black Flag, déjà reconnu dans le petit monde fermé du Hardcore en 1984, n'hésite pas à se lancer dans quelque chose de nouveau. Un pari gagnant puisque le groupe va influencer de nombreux musiciens des environs de Seattle tels que The Melvins, Mudhoney, Nirvana et ainsi avoir une ascendance certaine sur la future scène Sludge, Grunge et Noise Rock.

A écouter : évidemment
17 / 20
6 commentaires (16.42/20).
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Damaged ( 1981 )

Lorsque Henry Garfield/Rollins quitte State of Alert, Black Flag n'est pas encore la grosse machine destinée à écrire l'une des plus belles pages de la scène hardcore californienne et américaine. Pour autant, le groupe n'est pas inconnu des puristes, écumant les quatre coins des States depuis 1978 avec du matos extrait des premières démos.

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. C'est en partant de ce constat que Greg Ginn, fondateur de Black Flag, créé le label SST Records qui servira de réceptacle à toutes les productions du groupe. La première d'entre elles, Damaged, catalyse à elle seule toute la colère accumulée durant ces quatre années passées à chercher un label qui voudrait bien le distribuer. L'album est empreint d'une telle rage que les quinze morceaux qui le composent sont autant de coups de lattes à la société américaine du début des années 80. Black Flag y distille un hardcore acéré en continuité avec le punk de la fin des seventies, sans aucune concession, où tous les instruments concourent à une agressivité dont il est difficile de désigner le vainqueur. On est à des années-lumières de l'esprit surf.

Inutile donc de s'attendre à du travail fignolé. Les morceaux sont courts, sans breaks, le plus souvent exécutés sur un tempo moyen (excepté "Depression") laissant tout loisir à Rollins de hurler son mécontentement à qui veut l'entendre. Pas le temps de lambiner que "Rise Above", repris des centaines de fois avec plus ou moins de succès, nous éclate à la gueule, plantant un décor que l'on devine revendicatif et unitaire. La tendance se confirme sur "Spray Paint", "Gimme Gimme Gimme", "TV Party", ou "Six Pack", composées comme si elles étaient destinées à être reprises en choeur, le poing levé. Seul "Damaged I", blues hystérique clôturant l'album, fait figure d'OVNI au coeur de ce maelstroem.

Outre son caractère musical explosif, Damaged est également l'occasion d'apprécier les capacités d'auteur critique de Rollins. "Thirsty & Miserable", "Six Pack", "What I See", et surtout le délirant "TV Party", petites historiettes parfois proches de l'univers de Bukowski, illustrent assez bien le comportement - conscient ou inconscient - de l'américain moyen, façonné par des années de politique ultra libérale et de néant culturel télévisuel.

L'album n'échappe, bien évidemment, pas à l'usure du temps. Toutefois, si l'oeuvre comporte un petit côté suranné, notamment au niveau du son, très artisanal, et du style, il n'en conserve pas moins une incontestable énergie, un esprit de révolte, une authenticité qu'il est, malheureusement, de plus en plus rare de retrouver de nos jours.

Avec Damaged, Black Flag entre définitivement au panthéon du hardcore US aux côtés des autres dinosaures que sont Minor Threat, Dead Kennedys, Germs ou les Bad Brains.

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A écouter : "Rise Above", "Depression", "Six Pack"...et tous les autres.