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Biographie

Ben Frost

Ben Frost est un musicien australien, né en 1980 et immigré à Reykjavík (Islande). Très influencé par le contraste entre le minimalisme classique et le metal ou le punk rock, ses compositions electroniques viscérales combinent le puvoir suggestif des machines à la furie menaçante des guitares. Wire Magazine dit de lui que sa musique ressemble à celle d'Arvo Pärt telle que la jouerait Trent Reznor (NIN).

Ben Frost est également connu pour ses diverses collaborations (avec Björk, Tim Hecker, Fennesz ou Johan Johannsson) et ses travaux avec le quartet Amiina qui figure d'ailleurs sur le dernier LP en date de Frost, By The Throat, sorti en 2009.

A U R O R A ( 2014 )

Ben Frost est un aventurier des sons. Chaque nouvel album de l’Australien est un voyage vers de nouvelles contrées durant lequel les turbulences sont légions. A plusieurs reprises me suis-je laissé prendre au piège d’un aller simple aux soubresauts vertigineux. Steel Wound en 2003, Theory of Machines en 2006 ou encore le fameux By The Throat en 2009. Chacune de ses aventures regorge de textures et d’atmosphères uniques qui ont permis à Ben Frost de devenir, avec Tim Hecker, l’emblème d’une expérimentation sonore apaisante, rageuse et toujours inédite. Après plusieurs années passées à réaliser des bandes originales pour le théâtre ou le cinéma, Ben Frost revient en 2014 avec A U R O R A, surprenant à plus d’un titre. 


Qu’il peut faire parler, ce nouvel album ! Il faut dire que les attentes érigées au fil des années étaient grandes. Cela faisait cinq ans que le prodige Australien ne nous avait pas gratifié d’un véritable album. La conception d’A U R O R A s’est faite entre de très bonnes mains. Autour de Ben Frost se trouvent entre autres Greg Fox (ex LiturgyShahzad Ismaily ou encore Thor Harris, le viking percussionniste chez Swans. Le tout également sous la houlette de Tim Hecker et Lawrence English en production. Les attentes étaient grandes, vous dis-je. 
Pourquoi cet album porte-t-il à débats ? Outre sa durée assez faible pour le temps d’attente (41 minutes), ce qui surprend rapidement l’auditeur est bien l’usage de sons Techno-Trance  pour le moins déconcertants. Nolan, Venter ou encore A Single Point of Blinding Light en sont les exemples les plus marquants. Alors oui, je ne dirai pas le contraire. À la première écoute, l’étonnement qui me parcourait était aussi grand que l’attente suscitée. 
Le premier morceau donné en pâture, Venter, laissait déjà entrevoir ce penchant pour, disons-le, une certaine facilité mélodique dont Ben Frost ne nous avait pas habitué. Le côté industriel du morceau parvient cependant à y donner une dimension surréaliste et bruitiste délectable. L’entame est tout aussi formidable, avec cette montée en puissance percussive menée par le grand Thor Harris. La présence de sons de cloches (que nous retrouvons aussi sur The Teeth Behind Kisses et Nolan) avant la déflagration sonique est elle aussi à rapprocher de ses  travaux chez Swans

Toutefois, le morceau le plus étonnant à cet égard reste indéniablement Nolan. Tandis que Ben Frost s’évertue à superposer un nombre incalculable d’effets noisy, le tout rythmé par un une basse gargantuesque, le morceau décolle vers 5min25 et l’arrivée d’un synthé édulcoré façon Techno 90’s pour le moins surprenant. On arrête la lecture. On regarde la jaquette, circonspect. Non, je ne me suis pas trompé. Il s’agit bien de la nouvelle sortie studio de Ben Frost. On termine l’album, interloqué, soufflé, bousculé comme d’ordinaire, mais non pour les mêmes raisons. La déception primaire à l’écoute de ce nouvel album a véritablement commencé à disparaître qu’au bout d’une bonne dizaine d’écoutes. 
Ces morceaux aux passages si décriés ne me dérangent plus, constituant même selon moi les points forts d’A U R O R A. Nolan et Venter sont de véritables pierres angulaires de la nouvelle proposition de Ben Frost. Ajoutons à ceux-là Sola Fide et ses assauts noisy sous couverts de basses étouffées en filigrane d’une puissance magistrale, ou encore Secant et sa mélancolie bruitiste. Non, le véritable problème de cet album est bien son inégalité dans la qualité. Flex en introduction, The Teeth Behind Kisses ou encore No Sorrowing n’apportent pas grand chose à l’œuvre finale et participent plutôt à alourdir le propos. 


A U R O R A constitue bien un challenge d’ouverture d’esprit pour les plus réfractaires aux élucubrations technoïdes. Toutefois, la dichotomie assumée n’enlève rien à la qualité habituelle des compositions fantasmagoriques de Ben Frost, quelque part entre Ambient cauchemardesque et Techno-Industrielle décharnée. Le fourmillement d’innombrables détails pernicieux plonge l’auditeur dans un bain d’acide dont l’épiderme peine à se remettre. Vous êtes prévenus. 

A écouter : Très fort.
17 / 20
5 commentaires (15.3/20).
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By The Throat ( 2009 )

Avec Theory of Machines (2006), Ben Frost s'était révélé comme l'un des acteurs les plus intéressants de la scène electro. Poursuivant un travail de fond sur la puissance visuelle du son et l'enchevêtrement des genres musicaux, l'Australien avait émigré en Islande et rejoint le collectif Bedroom Communauty, initié (entre autres) par Valgeir Sigurðsson, fameux producteur dans son pays (on lui doit notamment Lost in Hildurness de Hildur Guðnadóttir, Medúlla et Vespertine de Björk, Finally We Are No One de múm ainsi que les deux derniers albums de Frost).
Ainsi accompagné, Ben Frost s'est frotté à d'autres esprits (il a notamment travaillé avec Amiina sur la B.O de In Her Skin; le quatuor étant également présent sur l'album) et a multiplié les collaborations et les projets afin de diversifier au maximum ses influences et élargir sa palette créative.

Cela se ressent- se vit- sur By The Throat. L'album possède une aura cinématographique qu'il devient rapidement difficile de qualifier à l'aide de genres. Et si Killshot s'ouvre sur un bruit blanc, c'est pour bien signifier l'étendue du spectre sonore que parcourt Frost tout au long de sa plongée. D'emblée, les guitares grésillantes et assourdissantes plongent l'album dans le noir, à la limite d'un drone angoissant alors que les loups hurlent au loin (The Carpathians). Une introduction marquante qui doit beaucoup à Sunn O))) ou KTL. L'auditeur est alors à l'orée de la forêt, livré à lui-même en milieu hostile, la faible lueur de phares venant à peine éclairer les flocons qui tombent dru, inlassablement, dans la nuit. By The Throat prend à la gorge, immerge dans la crainte et l'incertitude. Que ce soit par son minimalisme (Leo Needs A New Pair of Shoes, magnifique dialogue piano / banjo, O God Protect Me dont la seule pulsation obsédante glace le sang) ou l'aggressivité de ses sonorités qui emplissent l'espace (Híbakúsja, qui sombre peu à peu dans l'inconnu; le final dantesque de Through The Roof of Your Mouth), le disque maintient une dualité crispante qui oblige au repli sur soi, comme seul point de repère.

On connait l'apport des cordes du quatuor Amiina, dont Sigur Rós n'a cessé d'exploiter la force dramatique ( ( ) doit son ambiance en grande partie grâce aux Islandaises et Von aurait tout à gagner à être réinterprété par elles). Ben Frost, à son tour, fait du groupe une véritable toile sur lequel il vient peindre ses fréquences sonores (les cuivres, les cliquetis, les cordes que l'on fait vibrer sur Peter Venkman, Pt.II). Sans aucun doute, By The Throat aurait pu être la bande originale d'un film d'horreur tourné par David Lynch (songez aux déambulations labyrinthiques de Inland Empire) ou celle des nouvelles morbides de Michael Gira (Swans) auquel Frost fait d'ailleurs référence (Studies for Michael Gira). Pour être exhaustif, mentionnons que derrière ces visions troublantes se cachent également Jeremy Gara (ex-The Arcade Fire), le groupe de grindcore Crowpath et Nico Muhly aux arrangements. Une diversité de featurings qui reflètent justement les variations sonores auxquelles confronte By The Throat.

Eprouvant mentalement et physiquement, obsédant jusqu'à la paranoïa, By The Throat est une expérience à couper le souffle, un cauchemar sans lendemain. Ben Frost s'insinue dans les confins de l'imagination pour mettre sa technique au service d'une Oeuvre abyssale et viscérale. Un voyage cathartique au bout de la nuit dont on ne ressort pas indemne alors que s'amène l'ombre menaçante des machines.

A écouter : Au casque, seul, dans le noir.