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Biographie

Beastmaker

C'est à Fresno, ville californienne située entre San Francisco et Los Angeles que se forme en 2014 Beastmaker, composé de Trevor William Church au chant et à la guitare, Andres Alejandro Saldate (aka "Juan Bonham") à la batterie et John Tucker à la basse. 
Influencé par des groupes comme Black Sabbath, Pentagram, Slayer ou encore la NWOBHM, le trio signe chez Rise Above Records et sort en 2016 son premier LP, Lusus Naturae.
Le groupe ne perd pas de temps et revient un an plus tard avec un deuxième album, Inside The Skull, toujours chez Rise Above Records.

Inside The Skull ( 2017 )

Après un Lusus Naturae prometteur l’an passé, Beastmaker est déjà de retour avec un deuxième LP au nom et à la pochette qui ne laissent que peu de doutes quant aux intentions du trio californien. Son objectif : faire pénétrer profondément ses riffs dans nos crânes de doomsters ne demandant pas mieux que de se faire matraquer et percer par les répliques récurrentes du séisme originel provoqué par l’avènement de Black Sabbath. S’il s’agit ici d’un sous-genre musical dans lequel on ne fait généralement pas les difficiles tant que la lourdeur et un certain malaise sont de la partie, l’on peut vite tomber dans un exercice de style stérile. C’est malheureusement ce qui handicape Inside The Skull qui, s’il a le bon goût de ne pas dépasser 40 minutes, voit Beastmaker faire du surplace. Là où Lusus Naturae faisait preuve d’une fraîcheur et d’une énergie indéniables, son successeur  nous plonge dans une situation paradoxale, celle de ne pas lui trouver de défaut majeur mais de ressentir une réelle déception à l’écoute de ses dix chapitres.

Il n’y a donc aucune prise de risque sur ce disque, ce qui est à la fois rassurant lorsque l’on est simplement en quête d’une dose de Stoner / Doom basique, mais néanmoins frustrant lorsque l’on est à l’affût du truc en plus permettant à un groupe de sortir de la mêlée. Je vous l’accorde, il est certainement très difficile de se réinventer lorsque l’on est capable, comme Beastmaker, de dérouler du riff à la demande et que le public qui vous fait face n’en demande pas plus (moi le premier, comme cela s’est vérifié lors de leur passage à Paris l’an dernier). Il émane cependant d’Inside The Skull un sentiment de sécurité et un manque d’aspérités pénalisants au fil des écoutes. Tout n’est pourtant pas à reléguer au rang de simple copie de N.I.B ou de Sweet Leaf. Certains morceaux touchent au but, comme Now Howls The Beast, qui nous emmène directement sur la lande du Chien des Baskerville, ou Nature Of The Damned et son changement de tempo très efficace. L’ensemble sonne cependant de façon un peu trop propre pour nous maintenir longtemps sous tension. Plusieurs riffs tournent clairement dans le vide (Heaven To Hell, Of God’s Creation, Inside The Skull) et le chant de Trevor William Church, l’un des points forts du groupe, donne l’impression de traverser certains titres sans être totalement convaincu de l’intérêt de l’histoire qu’il est en train de nous raconter. 

La déception, à la hauteur de ce qu’avait laissé entrevoir Lusus Naturae, n’arrive finalement pas totalement à gâcher le plaisir d’écoute d’un album que l’on relance presque sans y penser, de façon machinale et par facilité. C’est là toute la dichotomie d’un style que l’on souhaiterait voir muter mais qui n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il se repose sans honte sur l’héritage d’un groupe dont on n’a sûrement pas fini de célébrer le génie.

16 / 20
1 commentaire (19/20).
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Lusus Naturae ( 2016 )

Nouveaux venus dans les rangs du label fondé par Lee Dorrian (Napalm Death, Cathedral, With The Dead) à la fin des années 80, les Californiens de Beastmaker font particulièrement couleur locale avec ce premier LP à la pochette identifiant immédiatement les terres musicales arpentées par le trio. Une fois l’album lancé, tous les ingrédients d’un Doom-Stoner-Psyché teinté d’occultisme sont là : les cloches, les riffs sabbathiens, le chant embrumé, les textes habités par un Mal omniprésent et par la magie noire…Si le nombre de groupes empruntant cette voie augmente chaque semaine à vue d’oeil, le fait d’y voir le tampon Rise Above, référence en la matière, pouvait cependant laisser présager d’une formation ayant suffisamment de talent pour ne pas simplement recracher de façon stérile les groupes qui l’ont marquée (Black Sabbath, Pentagram, Witchfinder General…mais aussi Slayer, Metallica ou la NWOBHM).

Lusus Naturae (que l’on pourrait traduire par « phénomène de foire ») n’a peut-être pas l’originalité d’une femme à barbe ou de frères siamois, mais il envoie cependant son lot de tubes particulièrement efficaces, parfaitement interprétés et produits. Dès l’entame, Beastmaker démontre sa capacité à cracher du riff au mètre tout en affichant une volonté de rester direct et efficace grâce à des morceaux ne dépassant que rarement les 4 minutes 30.
Clouds in the Sky annonce la couleur, sombre et inquiétante ("Chaos is what he needs, planting his evil seeds"), mais que le chant de Trevor William Church, l’un des points forts de cet album, parvient à éclaircir en y instillant une énergie certainement héritée du goût du bonhomme pour le Heavy Metal. La misanthropie assumée d’un Electric Wizard, autre groupe dont on ressent l’influence majeure sur Lusus Naturae, n’a pas sa place ici. Les puissances démoniaques sont partout (Eyes Are Watching, Skin Crawler), mais elles sont combattues avec un peu plus de légèreté, nous rappelant autant la trilogie Evil Dead que l’âge d’or de la Hammer. Beastmaker varie la cadence (le très réussi You Must Sin, l’imparable Mask of Satan) pour toujours revenir, quoiqu’il arrive, vers le Doom des origines (Burnt Offering, It, The Strain). La pincée d’originalité présente sur le disque est à aller chercher dans des morceaux comme Find The Stranger ou Lusus Naturae, compositions plus ambitieuses qui laissent penser que le trio a la capacité, s’il le souhaite, de se diriger vers un Doom à la fois plus « progressif » et « grungy », tant la deuxième partie du morceau-titre invoque le fantôme de Layne Staley, regretté chanteur d’Alice in Chains

Beastmaker synthétise ses influences sans se laisser écraser par leur poids et en extrait la matière d’une musique faisant le lien entre les époques. Même si l’ensemble ne surprend pas vraiment, la fraîcheur qui en émane et le potentiel que l’on devine chez les natifs de Fresno suffisent à faire de Lusus Naturae l’un des meilleurs albums du genre en ce début d’année 2016.

Le groupe était à Paris le 15 avril en première partie de Blood Ceremony. Le compte-rendu du concert est à lire ici.