GRAINES DE PUNK
Les Bad Brains furent, dans les années 80, l’un des groupes phares du punk hardcore américain. D’albums high-energy en shows déments, ils se bâtirent une solide réputation dans l’underground rock. Une compilation parue en 2003 retrace la carrière de ce groupe essentiel, dont l’influence sur le heavy-rock US se fait encore sentir aujourd’hui.
La compilation Banned In DC — Bad Brains Greatest Riffs, parue courant 2003 retrace la carrière du groupe, avec des titres issus de la période indé du groupe (82-90). Un skeud chaudement recommandable à tout amateur de heavy rock débridé, et dont le son, par instants franchement lo-fi, contribue au charme de la musique. Banned In DC, globalement dominé par des morceaux frénétiques et ultra-speed, est pourtant assez varié et atteste de la diversité des compos du groupe, du hardcore au heavy metal en passant par le reggae (quatre titres). Le disque est essentiellement constitué d’un paquet de morceaux furieux, typiques du punk hardcore US, c’est-à-dire exécutés pied au plancher. A ce titre, Pay To Cum, I Against I (qui figure également, en version live, en bonus vidéo), F.V.K. pourraient presque faire office de manifeste. On distingue aussi At The Movies et son riff mélodique ou encore l’excellent Big Takeover en live, stoogien dans sa frénésie. Quatre morceaux de reggae figurent à la fin d’album, après l’éjaculation du furibard Joshua’s Song (33 secondes !). Un reggae de bonne facture, qui tranche avec la rage et le speed prédominants sur le reste du disque, et qui, à vrai dire, n’est pas mal venu.
A première écoute (distraite), on peut avoir l’impression d’avoir affaire un groupe punk de plus, sans nuance. Mais après quelques écoutes, les subtilités sont plus distinctes. Et il apparaît que le groupe était à l’avant-garde du heavy-rock, fusionnant les genres avec habileté, comme sur With The Quickness et Soul Craft métissage rap, punk et metal, ou sur le fantastique Re-Ignition, combinant heavy metal et chant reggae, nasillard. Et il n’est pas étonnant, donc, de lire que les Bad Brains ont influencé des groupes aussi variés que Fugazi, les Chili Peppers, Living Colour, Vision Of Disorder, POD, Fishbone ou les Beastie Boys. Un titre comme Joshua’s Song semble même annoncer le metal déjanté de System Of A Down. Quant à la voix de HR, on devine qu’elle a pu marquer l’inimitable Mike Patton (Mr Bungle, Faith No More, Tomahawk, Fantômas) : tout en modulation, elle oscille entre hargne punk, hoquets rock’n’roll, et chant clair.
En somme, Bad Brains est un groupe qui mélangeait intelligemment les genres, bien avant Faith No More, puis toute la vague néo-metal. Et ici, pas de ballade mielleuse à vomir, façon Staind, et merci bien. Rien que de la bonne came, quoi.
A écouter : I Against I, Big Takeover, Re-Ignition, Joshua's Song, Banned in DC, I