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Biographie

Bad Astronaut

Dirigé par l'éminent frontman de Lagwagon Joey Cape, Bad Astronaut s'est formé comme trio en 2000 et s'est rapidement avéré être, entre autres, un exutoire pour le petit brun qui ne peut pas tout se permettre avec Lagwagon. Il y a aussi Marko 72 à la basse qui a officié au sein de Nerf Herder, Swingin' Utters et actuellement dans Sugarcult. Non conformiste et expérimental, le groupe franchit un premier pas avec Acrophobe EP en 2001. Puis, l'expérimentation va encore plus loin jusqu'à Houston: We have a drinking problem en 2002 qui voit l'arrivée de 4 nouveaux membres supplémentaires, ce qui porte le total à 7 musiciens (après une période de transition à 5).

16.5 / 20
4 commentaires (16/20).
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Twelve Small Steps, One Giant Disappointment ( 2006 )

On dit souvent qu’il faut mourir pour rentrer dans la légende. Après la disparition tragique de Derrick Plourde, batteur du groupe et meilleur ami de Joey Cape, ce dernier fit l’annonce que cet album serait le dernier, ne voulant poursuivre le projet sans celui avec lequel il l’avait mis sur pied. Voici donc l'épilogue, Twelve Small Steps, One Giant Dissapointment, le dernier acte qu’on regarde avant le baissé final du rideau.

1,2,3,4,5,6,7,8,9 : compte à rebours enclenché, la navette est prête au décollage. « Good Morning Night » s'élance, premier titre oxymore, pour le symbole. Puisque la suite ne sera plus qu’une longue nuit sans fin. Aucun doute sur les auteurs. Le son BA jaillit, et c’est comme une évidence : clavier à la Adventures of Jet, tempo qui varie toutes les 10 secondes, break atmosphérique, effet vocal. Bells ring, Waking ! Comme à l’accoutumée, Bad Atronaut nous livre une œuvre riche et foisonnante dont les premières écoutes ne parviennent à embrasser toute l’étendue. Il faut donc y revenir, sans cesse, pour parvenir à tout entendre.
Les californiens réussissent là où tant d’autres ont échoué, en gardant un son reconnaissable entre tous, sans pour autant recopier le schéma précédent. Explorant des terrains à la lueur d’une basse groovie (« Beat »), des rocks western tout droit sortis d’un film de Sergio Léone (« Best Western » dans laquelle Cape pousse un cri dans un registre qu’on ne lui connaissait pas), intronisant des voix féminines (« San Francisco Serenade ») ou des ambiances lentes et évolutives ( les 8 minutes de « The « F » World » et ses passages post rock), les 7 astronautes démontrent une nouvelle fois cette capacité de créativité qui subjugue.

Les amoureux de la première heure ne seront pas perdus pour autant et trouveront au delà de ces nouvelles avancées, les particularités qui ont fait la renommé du groupe. Ces acoustiques qui transportent (« Minus », « Violet »), l’utilisation de violons ou de banjos et mandolines, les « noises » un peu partout, et cette alternance de douceur et d’intensité. Fruit d’un gros travail de composition (4 ans d’efforts) et de production, Twelve Small Steps... possède en outre un visage émotionnel plus exacerbé encore que sur les précédents opus. Profondément marqué par le suicide de son ami, d’ordinaire déjà mélancolique, Joey Cape nous livre en effet ici un songwritting bouleversant, sans retenue et gorgé de larmes , en s'adressant directement à Derrick, par delà la tombe, et en mettant en mots la douleur et l’amertume qui le consument. 13 titres au final, comme 13 marches qui mènent à l'adieu définitif.

Composé de titres qui resteront dans l’anthologie du groupe (« Good Morning Night », « One Giant Dissapointment », « Minus », « Best Western », « Autocare », « The "F" World »), Twelwe Small Steps One Giant Disappointment clôture l’aventure spatiale d’un groupe OVNI, qui aura su en un ep, un split et deux albums se faire une place unique dans le monde de la musique.
Le vol est fini, Bad Astronaut appartient désormais à la légende.

En écoute sur myspace.

A écouter : oui, couter.
18 / 20
1 commentaire (18.5/20).
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Houston, We Have A Drinking Problem ( 2002 )

Autant le préciser tout de suite, la deuxième création de Joey & Co. risque d'en déconcerter plus d'un. Bad Astronaut a clairement osé s'affirmer et tracer sa voie, quitte à s'éloigner du punk rock, pour se positionner quelque part entre l'emo et un pop rock particulièrement complexe et torturé. BA est allé au bout de ses envies et a littéralement laisser déborder sa sensibilité artistique, au mépris des conventions; cet album est donc particulièrement difficile d'accès, et nécessite un bon nombre d'écoutes au préalable.

La tonalité de l'album est globalement mélancolique, et donne parfois un sentiment de malaise sur certaines chansons ("The passenger"), un peu comme certaines compositions de Ok Computer (Radiohead). C'est dire si on est loin de Lagwagon (surtout les premiers albums).
La plupart des chansons commencence par le piano couplé à la guitare acoustique et la voix de Joey, sur rythme (très) lent. Pour autant, chaque composition possède son identité propre, ses intonations, ses subtilités, sa tonalité, sa structure. On a le sentiment que chaque chanson a été écrite suivant un schéma singulier, indépendant, et a été inspirée par un sentiment, une situation, ou une sensation. BA écrit ses compos au feeling, sans chercher à "remplir" des couplets et des refrains, et à mettre des petits ponts ou solos juste après le 2è refrain... peu de groupes savent construire une composition en suivant les instincts ou envies, sans tenir compte du carcan couplet/refrain.
La non structuration rend les morceaux autonomes, imprévisibles et témoigne de la maturité du groupe.

En outre, le combo sait incorporer des éléments musicaux qui se marrient dans les compositions: violons, claviers, guitare acoustique, orgue, harmonica, effets vocaux, bruitages... Il y a une grande expérimentation de sons, d'instruments assez 'futuristes'dans ce cd. Bad Astronaut ne se fix aucune limite, du moment que celà permet d'enrichirla musique, de véhiculer l'émotion, de préciser les sensations.
Les guitares ne sont pas le pilier des compos et des mélodies: elles accompagnent souvent le piano ou offrent un contraste, apportent de la subtilité avec une multitude d'effets (wah-wah, chorus...), une saturation légère (crunch) sur les électriques, et beaucoup de profondeur, de rondeur avec les électro acoustiques ("The passenger")

L'émotion et l'énergie sont palpables tout au long de l'album, et notamment dans la voix de Joey, qui peut complètement s'exprimer dans cet album, d'un point de vue musical (sa voix n'a jamais été aussi belle, posée et limpide) et artistiquement (on sent que Joey s'est énormément investit dans cette création).
Bref, il se régale et ça s'entend. Il s'épanouit certainement plus artistiquement et musicalement parlant dans BA que dans Lagwagon.

Houston est un album subtil, profond, frais (j'entends par là spontané), et repsire la maturité (jeter un oeil sur les lyrics...)
C'est certainement la création de Joey et de Bad Astronaut la plus aboutie (artistiquement) à ce jour. Chaque chanson est une pure merveille. Un conseil: n'écoutez pas une seule chanson de l'album pour vous faire une idée mais plusieurs. (à titre indicatif "If I had a son", "Our greatest years", "Not a dull moment", "Solar sister").

Coup de chapeau donc, aux 7 compères, pour avoir eu le courage de s'exprimer pleinement, malgré l'exposition à un risque d'échec commercial.

A écouter : If I had a son ; Our greatest years ; Not a dull moment ; Solar sister

Acrophobe EP ( 2001 )

Les sides-projects se font de plus en plus nombreux, mais bien souvent c'est juste du punk fait avec d'autres personnes. Ici ce n'est pas ça, Bad Astronaut peut-être considéré comme un groupe à part entière, où Joey Cape utilise une partie de son talent qu'il ne peut pas exploiter avec Lagwagon. Il n'est pas non plus étonnant de le voir se lançant dans un projet pareil, il a toujours affirmé son affection pour le rock indé à la Radiohead. On aurait pu penser a une blague, écoutez Acrophobe et vous verrez a quel point le rock prend un coup de jeune grâce aux Bad Astronaut.

On sent bien que le bien-nommé Joey nous livre ici une partie lui même qu'on soupçonnait (sur Double Plaidinum par exemple) mais qu'on sentait aussi retenue. Acrophobe laisse la place à l'émotion, à la quiétude, à une non- définition de normes. Car c'est bien là l'intéret de cet album, les chansons sont très différentes les unes des autres tout en gardant une certaine continuité (je sais c'est bizarre mais c'est un peu ça).

L'album est riche de sons, d'expérimentations impossibles sur un disque punk conventionnel. "Anecdote" en est la preuve concrete: une intro basse-batterie, ensuite guitare remplit de distortion ou se cale la voix de Joey tout cela sans agressivité, un break a la guitare acoustique sous fond de chant très émo, une seconde accélération pour conclure la chanson et voilà, du génie en 2 minutes 45. Et des perles comme ça il y en a tout au long de l'album, de "Grey suits" (avec utilisation du synthé pour les choeurs) à "Needle In The Hay" (architecture complexe basé sur des distortions épaisses et de chant très poussé), en passant par "Quiet" (piano, chant presque intimiste). Le groupe se permet aussi de reprendre "500 miles" des Proclaimers, de faire du Lagwagon sur "Logan run's" (ça devait etre plus fort que lui), un trip rétro avec "Unlucky stuntman"...

Pour résumer Acrophobe n'est pas un disque comme les autres, il est bourré d'originalités qui nous sort des sentiers battus et qui nous rappelle que nous aussi on a un petit coeur qui bat.

A écouter : Needle in the hay ; Grey suits ; Quiet